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Illkirch-Graffenstaden Une vocation de ville-centre

jacques trentesaux |  le 21/02/1997  |  Bas-RhinDroit de l'urbanismeTransportsAménagementCollectivités locales

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-Cette ville de 24 000 habitants veut polariser sur elle le sud de l'agglomération de Strasbourg. -L'arrivée du tramway valorisera des quartiers excentrés et créera un axe est-ouest jusqu'alors inexistant.

Troisième ville de la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) pour sa population (24 000 habitants) comme pour sa superficie (22,21 km2), Illkirch-Graffenstaden dispose de solides arguments pour s'ériger peu à peu en ville-centre pour le sud de l'agglomération strasbourgeoise.

Historiquement, la commune a déjà joué ce rôle de centralité secondaire grâce à la SACM (Société alsacienne de construction mécanique), une usine de fabrication de locomotives et de machines-outils qui compta, au début du siècle, jusqu'à 4 000 salariés issus de tous les villages environnants.

Construite le long d'un axe nord-sud (la route de Lyon), la ville ne dispose cependant pas de vrai centre. Ses friches industrielles occupent un emplacement idéal, à la frontière entre les anciens bans des communes (1) d'Illkirch (au nord) et de Graffenstaden (au sud), et bloquent l'accès à l'urbanisation sur une partie des berges de l'Ill. Enserrée entre cette rivière à l'est et le canal du Rhône au Rhin à l'ouest, la commune vit désormais à l'étroit, car la pression foncière n'a jamais cessé. La population est passée de 9 600 habitants en 1962 à 16 300 en 1975, 22 300 en 1990 et près de 24 000 aujourd'hui. Entre 1968 et 1975, la croissance a dépassé les 40 % !

Des quartiers entiers ont fleuri de-ci, de-là, sans grande cohérence, ce qui a grandement nui à l'unité d'Illkirch. « La première volonté de la nouvelle municipalité élue en 1995 a été de s'assurer de la maîtrise urbaine », souligne Christian Meyer, directeur de l'urbanisme et des services techniques. Situé à la marge sud de la ville, le lotissement Albert-Schweitzer lancé par l'ancienne équipe municipale a aussitôt été révisé à la baisse. La Société d'aménagement et d'équipement de la région de Strasbourg (Sers), aménageur, a dû revoir sa copie en respectant quelques grands principes : la réorientation de la structure routière vers une fonction de desserte locale, l'accroissement de l'espace réservé aux piétons, la redéfinition de la place centrale, une recentralisation des commerces, et surtout une dédensification du projet. « Nous avons voulu éviter le plan de lotissement administratif et travailler à l'humanisation des lieux », poursuit Christian Meyer.

Autre exemple : les négociations menées par la municipalité pour la ZAC de « l'Escale », un vaste programme de 261 logements qui occupe toute l'île de la Niederbourg (3,5 ha). Le promoteur, France Construction Est, s'est engagé à baisser la hauteur de ses immeubles et à transformer l'un de ses dix immeubles en aire de jeux et placette publique. « Avec 21 000 m2 de Shon, le coefficient d'occupation des sols est inférieur à 0,6 », soutient Francis Meppiel, directeur général de France Construction Est, qui met en avant « l'importance des espaces libres ». La municipalité aurait sans doute souhaité davantage. Elle entame d'ailleurs une étude afin de diminuer le niveau de COS de certains quartiers.

Construire un centre

Le principal projet urbain public tient toutefois à la constitution d'un véritable centre-ville à l'emplacement d'anciennes usines destinées à la démolition ou à la réhabilitation pour les mieux préservées d'entre elles. Cette initiative, lancée par l'ancienne municipalité, a suivi une démarche originale de concertation menée par le conseil d'architecture, d'urbanisme et d'environnement (CAUE) du Bas-Rhin, et saluée au niveau national (voir encadré) . C'est sur cette base qu'a été organisé un concours de maîtrise d'oeuvre urbaine qui a débouché sur la désignation des cabinets d'architectes Hemmerlé et Mongiello-Plisson, assistés du paysagiste Ilex. Leur plan de composition a été approuvé en conseil municipal à l'automne 1996.

Celui-ci s'articule autour de l'allée des Bouleaux, un mail central et piétonnier de 40 m de large, orienté est-ouest. Il répond au souci de relier la ville à l'eau, et même, par l'intermédiaire d'une passerelle, au parc de loisirs du lac Achard, situé de l'autre côté de l'Ill. Le mail servira également à desservir le nouveau centre culturel L'Illiade qui est aujourd'hui excentré. Un quartier de 250 logements s'édifiera au sud de ce mail. Il sera doté d'un marché de plein air, de commerces de proximité et d'une moyenne surface alimentaire qui trouvera place dans un ancien hall industriel réaménagé.

« Les rachats successifs d'anciens bâtiments industriels nous ont garanti une maîtrise foncière complète. Cette première tranche peut se boucler en cinq ans », estime Christian Meyer. Le plan d'aménagement d'ensemble devrait être réalisé pour l'automne 1997, période à laquelle interviendra le choix de l'aménageur. Quant aux travaux de réalisation du mail, « il est nécessaire qu'ils interviennent dès 1998 pour rentabiliser L'Illiade », insiste le maire Jacques Bigot. A plus long terme, le nouveau centre s'étendra plus au sud, et la connexion avec l'Ill sera encore renforcée. « Nous chercherons à mieux exploiter les berges. Symbole fort de la ville, l'usine hydroélectrique pourrait être restructurée en hôtel », n'hésite pas à imaginer Christian Meyer.

Des quartiers redynamisés par l'arrivée du tramway

Le plan de composition du futur centre a été conçu dans la perspective de l'arrivée du tramway. Les travaux de prolongation de la ligne A, qui ont débuté en novembre 1996, constitueront en effet l'autre grand bouleversement urbain à Illkirch-Graffenstaden, même si le chantier s'arrête dans un premier temps à 1,5 km du futur centre-ville. Le tramway entraînera une restructuration profonde de la ville, ne serait-ce que par la création d'un axe fort est-ouest, avec la construction du pont du Lixenbuhl sur le canal du Rhône au Rhin.

Certains quartiers situés à proximité des stations profiteront aussi de l'arrivée du tram. La station Campus dynamisera sans doute la zone universitaire voisine, avec l'ouverture - actuellement à l'étude - d'activités de petite restauration et d'un bureau de poste. Le Parc d'innovation d'Illkirch (PII), qui tourne actuellement le dos à la ville avec son architecture radioconcentrique, devrait également en profiter. « Le risque sera de ne pas trop concurrencer le centre-ville », reconnaît Christian Meyer.

Deux autres équipements majeurs, situés aux extrémités nord et sud de la ville, achèveront de bouleverser l'organisation spatiale d'Illkirch-Graffenstaden. La ville est en effet la mieux placée pour accueillir le futur palais des sports de Strasbourg, un projet de 400 à 500 millions de francs dont le lancement définitif est prévu pour 2001. Sorte de no man's land entre Strasbourg et Illkirch, le site des Fronts-d'Illkirch est suffisamment vaste pour recevoir cet équipement majeur ainsi que tous les parkings attenants. Une réservation de terrain a déjà été faite pour faciliter la création d'une station de tramway supplémentaire. La décision officielle doit tomber dans les prochaines semaines.

La ville d'Illkirch-Graffenstaden sera par ailleurs bientôt encerclée sur sa lisière méridionale par la rocade sud. Cet axe communautaire de contournement à deux fois deux voies, en cours de réalisation, se prolongera vers l'Allemagne par un pont - dont l'inauguration est prévue en 2001 - ainsi que vers la rocade est qui renforcera la desserte portuaire de Strasbourg. « La rocade sud profitera au PII et à la zone industrielle sud dont elle facilitera la desserte », espère Jacques Bigot, qui prévoit d'autres projets dans cette partie d'Illkirch-Graffenstaden à échéance plus lointaine. La ballastière, dont le contrat d'exploitation prend fin avec le siècle, pourrait ainsi devenir, avec le fort Uhrich et le Golfy - un centre privé de formation au golf en dépôt de bilan -, le point de départ d'« un projet de zone verte communautaire ».

Pour parachever le renforcement de la cohésion du territoire municipal, la ville aura enfin à se pencher sur le devenir de sa forêt et sur une meilleure insertion du canal du Rhône au Rhin qui la coupe en son centre sur toute sa longueur. « L'effet frontière du canal commence tout doucement à s'effacer grâce à la mise en service, il y a quelques années, des pistes cyclables », estime Jacques Bigot, pour qui des espaces intéressants en bordure de voie d'eau restent « à travailler à l'horizon d'une dizaine d'années ». Mais, avec la RD468, liaison rapide à deux fois deux voies qui longe le canal, ce pari sera difficile à relever.

(1) Les deux communes n'ont été réunies qu'à la Révolution française.

PLAN:

Le plan de composition du futur centre, autour de la mairie, de l'Illiade et de l'Ill, a été approuvé à la fin de 1996.

Il reliera la ville à l'eau par un mail d'est en ouest.

A l'ouest, le parc d'innovation profitera de la réalisation de la rocade sud et du nouveau pont sur le Rhin vers l'Allemagne.

PHOTO:

Maquette de la ZAC de « l'Escale » qui occupe toute l'île de la Niederbourg.

Le Parc d'innovation d'Illkirch avec son pôle d'application et de promotion de l'innovation devraient profiter de l'arrivée du tramway.

Pour renforcer la cohésion du territoire municipal, la ville aura à se pencher sur le devenir de sa forêt et sur une meilleure insertion du canal du Rhône au Rhin (à gauche). La ville est, par ailleurs, bien placée pour accueillir le futur palais des sports de Strasbourg, sur le site des Fronts-d'Illkirch, un projet de 400 à 500 millions de francs (ci-contre, à droite).

Les principaux projets et programmes

Centre-ville

Concepteur : cabinets Hemmerlé-Plisson-Ilex. Choix de l'aménageur, à l'automne 1997 ; premiers travaux, en 1998.

« L'Escale » (261 logements en dix immeubles sur l'île de la Niederbourg)

Promoteur : France Construction Est. Démarrage des travaux en janvier-février 1997 ; fin prévisionnelle de l'opération, à la mi-1998.

Lotissement Albert-Schweitzer (22 ha, 107 000 m2 de Shon ; 26 % d'activités, 7 % de tertiaire, 49 % d'habitat collectif, 18 % de maisons individuelles)

Aménageur : Sers. Concepteur : Eric Gauthier. Coût global d'aménagement, terrains inclus : 86 millions de francs HT.

Tramway (extension de 2,8 km)

Déviation de réseaux : novembre 1996 à août 1997. Voiries préparatoires, plate-forme et rails : avril à décembre 1997. Voiries définitives : juillet 1997 à mars 1998. Mise en service : été 1998.

Création du centre : une démarche initiale originale

« Faire émerger l'inconscient collectif de la forme urbaine. » C'est ainsi que Guy Hilbert, directeur du CAUE du Bas-Rhin, définit le long travail d'analyse préalable mené par son organisme afin de « confronter des données urbaines objectives au vécu de la population » et d'« aboutir à une préprogrammation » du projet de centre-ville. L'étude de définition des besoins a été complétée par l'envoi de 17 000 questionnaires à la population et aux usagers de la ville d'Illkirch.

Les résultats ont permis de mettre en évidence la nécessité de raccorder la ville à l'eau, dont la présence a été peu à peu confisquée par les usines, et de préserver le souvenir du patrimoine industriel. La nécessité de créer un centre a été clairement exprimée, et celui-ci a pu être localisé précisément. Cette méthode de travail originale, qui permet de s'affranchir des bases réglementaires (schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme, plans d'occupation des sols...) pour reprendre une réflexion urbaine à zéro, a été saluée par le ministère de l'Equipement et sa direction de l'architecture et de l'urbanisme, en 1995, dans le cadre du programme « Innovation urbaine et architecturale ».

PHOTO:

Le centre-ville sera construit à l'emplacement d'anciennes usines. Le mail desservira le nouveau centre culturel de l'Illiade, ci-dessous.

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ENTRETIEN JACQUES BIGOT « Créer un lieu d'identité » Le nouveau maire d'Illkirch-Graffenstaden veut faire de sa ville une « anti-cité-dortoir ».

Quels sont les grands axes de votre politique urbaine ?

jacques bigot.L'avenir d'Illkirch-Graffenstaden ne peut se concevoir sans regarder son environnement. Le Parc d'innovation d'Illkirch (PII), la rocade sud, le deuxième pont sur le Rhin, par exemple, s'inscrivent clairement dans un cadre communautaire. Au côté de Strasbourg, qui joue un rôle central de capitale européenne, Illkirch doit pouvoir devenir un lieu d'identité et jouer un rôle de centralité au sud de l'agglomération.

Comment y parvenir ?

En créant un véritable centre-ville qui mise sur la convivialité et la qualité de la vie ; en travaillant à l'aménagement des berges de l'Ill et à une meilleure gestion de la forêt communale ; ou encore en luttant contre la pression de l'urbanisation. Une révision du plan d'occupation des sols me semble nécessaire, car le COS reste trop élevé dans certains quartiers.

Nous devons aussi casser l'articulation nord-sud de la ville. Illkirch se perçoit comme une île coincée entre le canal, à l'est, et l'Ill à l'ouest. Elle a besoin de s'ouvrir. Du centre-ville vers le lac Achard et vers le PII, ou de l'île de la Niederbourg vers Ostwald. J'aime à dire qu'Illkirch-Graffenstaden doit devenir une ville de banlieue avec tout le charme du mot banlieue.

Qu'attendez-vous de la venue du tram qui s'arrête pour l'instant à 1,5 km du centre ?

Le tramway contribuera justement à assurer une jonction est-ouest qui constitue une nouveauté pour la ville. Il valorisera également des quartiers jusqu'à présent peu animés. Nous allons ensuite tenter de convaincre la communauté urbaine de Strasbourg de l'intérêt qu'elle aurait à prolonger rapidement la ligne jusqu'au centre. En peaufinant par exemple l'idée d'installer un parking relais de l'autre côté de l'Ill, non loin de L'Illiade.

J'ai bon espoir dans la réalisation de cette petite extension supplémentaire avant dix ans.

Avez-vous les moyens de votre politique urbaine ?

Les finances de la ville ne sont pas bonnes. Les seules charges de remboursement de la dette se sont élevées à 25,5 millions de francs en 1996, et elles augmenteront encore en 1997 en raison d'importants reports de charges pratiqués par l'ancienne municipalité.

Heureusement, des dépenses pour 14 millions de francs ont déjà été réalisées pour le projet du centre-ville, ce qui nous assure une maîtrise foncière totale. Il reviendra à l'aménageur d'équilibrer l'opération. Quant au tramway, il ne représente pas de supplément pour les finances locales, mis à part les travaux d'accompagnement urbain. De toute façon, il faudra réaliser des économies. D'autant qu'après la hausse de 33 % de la fiscalité en 1996, je souhaite limiter celle-ci à moins de 5 % pour 1997.

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