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Ile Seguin : le bateau ivre par Sophie Berthelier
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Ile Seguin : le bateau ivre par Sophie Berthelier

Defawe Philippe |  le 03/11/2005  |  Seine-et-MarneVal-d'OiseYvelinesParisSeine-Saint-Denis

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Plus encore de donner des idées de programme sur l'ex-fondation Pinault, il me semble plus important de savoir pour qui et pourquoi nous (les urbanistes, architectes, paysagistes et décideurs politiques) allons intervenir.

L'île Seguin est maintenant une plaque isolée au milieu du fleuve et un potentiel énorme nous est donné de créer des événements et des mises en relation de thèmes qui pourraient être chers à tous (en rassemblant tous les points de vue). Le point de départ était d'ailleurs intéressant (art et technologie) et doit à notre avis être renforcé par d'autres thèmes. Lors du concours sur la façade enveloppe nous avions été consultés et le thème que nous avions développé prenait en compte une autre dimension ; celle de la convivialité et du loisir, une île aussi ouverte à tous par la création d'une promenade continue "dans les airs" sur laquelle s'ouvrait des zones de loisirs et de repos ; une plage suspendue, des restaurants, des parcours, couplée aussi avec des relations aux jardins à l'art aux logements et à la recherche.

Les musées doivent s'ouvrir sur la ville, l'art doit s'immiscer dans notre quotidien et ce lieu doit être visité, parcouru utilisé le dimanche et tous les jours de la semaine par tous et surtout ne pas devenir un lieu trop exclusif. Cette "tour Eiffel horizontale "reprenait ces différents thèmes de stratification horizontale et conservait cette idée d'homogénéité globale.

Vous cherchez un moteur mais je pense que c'est une erreur ; il faut chercher la réponse ailleurs et plutôt se poser la question du résultat que l'on souhaiterait avoir et donner à tous : un lieu convivial, habité, aussi visité que le viaduc de Millau, aussi fun que l'Aquaboulevard (sans l'architecture) et avec autant d'émotion que dans les grandes expositions de Beaubourg du temps de "Paris Berlin". Autrement dit, un mixage de tous ces lieux réunis, mélangés et réunis par un fil de plus de deux kilomètres de long qui pourra donner un sens à ce lieu unique. Je pense que nous avons une occasion rêvée de pouvoir lui redonner une âme.
Merci pour cette ligne ouverte et si cela vous intéresse, je vous joins le texte que nous avions remis au concours en association avec Patrick Raynaud (plasticien).


LE BATEAU IVRE, avril 2004

Renouveler l’image globale de l’Ile Seguin, en proposant une réalisation qui devra être conçue à partir du souvenir de la forme générale de l’Ile, compacte unitaire et en surplomb du fleuve, tel est l’enjeu défini dans cette consultation.
L’Ile Seguin est en soi, un lieu unique, un morceau d’architecture flottant sur l’eau, une masse visible en trois dimensions dont l’inaccessibilité actuelle renforce et « exalte » notre imaginaire.
Plus qu’une façade de deux kilomètres de long, c’est un paquebot qui s’offre à notre regard, un ouvrage de l’ère industrielle, une masse de métal et de béton qui s’est incrustée dans l’île pour devenir le symbole de la production automobile de Renault.
Or, tous ces composants émotionnels vont disparaître pour laisser place à l’île des deux cultures ;
un lieu d’exception, dont la fondation François Pinault pour l’art contemporain fait partie.
La réinterprétation de Tadao Ando est à ce titre extrêmement juste et poétique, il conserve l’idée de masse bâtie monolithique, il réinterprète la façade de Laprade et la surélève. Il gère la proue du vaisseau en monument dédié à l’art contemporain assis sur les vestiges d’un vaisseau industriel.
Cette interprétation poétique n’est pas sans incidence sur le reste de l’Ile et elle doit être également un élément de réflexion à notre étude.
Elle nous laisse en effet percevoir que le mimétisme n’est peut être pas la juste réponse au problème posé et l’analyse objective de ce lieu doit d’avantage en faire ressortir ses composantes incontournables, entre autre le socle artificiel sera conservé et maintient le niveau de la plate-forme existante. Il permettra de maintenir la ligne horizontale et servira aussi d’assise verticale à la promenade au bord de l’eau prévue au pourtour de l’île permettant d’en lire son échelle, d’en parcourir son périmètre.
Ce socle constitue le premier élément de notre étude puisqu’il définit la base de référence d’un dispositif à créer pour exprimer la mémoire du lieu, marquer la continuité de la silhouette de l’île et maîtriser l’effet de morcellement.

La façade enveloppe envisagée dans le programme, reprend l’emplacement de la façade Nord traitée par Albert Laprade et doit contribuer à la cohérence et à la mémoire de l’île.
Au-delà de cette demande, nous pouvons nous poser la question de la légitimité d’une telle intervention ou plutôt de savoir si cette intervention verticale va contribuer à signifier la mémoire du lieu, son intériorité et sa forme unique.
Ce lieu ne laisse pas insensible. Tous les regards sont portés vers le devenir de l’île Seguin. Les anciens ouvriers de Renault veulent conserver la mémoire du lieu, certains pensent qu’il faut dégager des vues, ouvrir des perspectives, d’autres, enfin, prônent la conservation de ce lieu magique. Hélas, ce lieu ne sera plus et au-delà de tous ces débats, nous pensons que le dénominateur commun pourrait être le mot singulier.
Cette singularité pourrait exprimer la mémoire du lieu par l’évocation, par la création de deux lignes de force venant cadrer ce qui n’est plus.

Ce projet doit avoir aussi une dimension d’usage qui puisse s’inscrire dans la vocation touristique de l’île dont la « promenade au bord de l’eau » (qui part de – et mène à -- la fondation Pinault) nous paraît être l’argument essentiel.
On sait l’engouement des familles, mais aussi des artistes, des chercheurs, des philosophes (« mon esprit ne va si mes jambes ne l’agitent » disait déjà Montaigne) pour les lieux de promenades, spécialement sur les sites consacrés à la culture. La déambulation et la contemplation y sont une fin en soi, une invitation à la détente, à la rêverie, mais aussi à la méditation, et à la recherche …
On sait aussi que les points de vue élevés sont parmi les lieux de promenade préférés des hommes : les belvédères, les remparts des châteaux, les ponts des navires …
Cette image du pont d’un navire, la « promenade au bord de l’eau » l’évoque immanquablement: les promeneurs, comme les passagers d’un navire en croisière jouissent sans fin de la vue à l’entour, et du flux continu de l’eau.

Quant à la forme architecturale oblongue, verticale, claire, à l’à-pic sur l’eau du fleuve, induite par la façade de Laprade, elle fait référence de façon évidente à une embarcation, un bateau, un paquebot.
Du reste, la lecture des documents et témoignages divers concernant les usines Renault de l’île Seguin, fait apparaître le caractère récurent de cette métaphore du navire : la forme de la promenade au bord de l’eau peut donc figurer le pont inférieur et la partie haute de la façade de Laprade, tronquée de la partie occupée par la Fondation Pinault, le pont supérieur de ce navire sur la Seine...
La continuité visuelle depuis les rives est importante mais plus encore le serait un parcours. La vue depuis la rue Henri Savignac à Meudon, nous révèle son statut de paquebot abandonné, sa massivité se prolonge par l’idée de traiter ce lieu en épaisseur (et en usage), qui nous incite à traiter cet anneau en épaisseur.
La promenade haute, sorte de visite guidée d’un paquebot devenu imaginaire et qui pourrait se transformer en plaisir vertigineux au-dessus de la cime des arbres, d’un jardin « abandonné », ou en parcours de jogging dans les airs, révélant à tous des vues panoramiques sur les toits de Paris, la Tour Eiffel, Boulogne Billancourt, les jardins de Sèvres et les coteaux de Meudon.
Une trace continue et épaisse au-delà de l’évocation de la masse bâtie et linéaire apporterait à tout le plaisir d’une déambulation ponctuée par des événements reprenant les vestiges de l’île Seguin. Un restaurant abrité par le fronton de la pointe Amont à l’extrémité Est de l’île, une plage au Sud, à l’aplomb de l’ancien débarcadère ou encore un jardin suspendu, en saillie sur le fleuve à l’endroit exact de l’ancienne surélévation à l’Ouest du pont Daydé. Cette promenade se prolongerait en terrasse devant le centre d’art contemporain, permettant une vue frontale sur la fondation.
Cette trace aérienne serait relayée par une trace lumineuse et poétique au niveau de l’assise du socle, prolongeant la métaphore. Nous avons choisi de mettre en exergue de cette intervention, un texte évoquant non pas les croisières tranquilles au long des fleuves, mais « le bateau ivre » d’Arthur Rimbaud, qui donne la parole à un navire abandonné par ses occupants et qui dérive au long d’un fleuve.

En effet, lorsque l’usine-bateau Renault en 1992, se trouve fermée abandonnée, vidée, démâtée, pourrait-on dire, c’est la métaphore du bateau dérivant au fil de l’eau, qui s’impose, et la référence au Bateau ivre d’Arthur Rimbaud qui donne la dimension historique et émotionnelle à cette évocation.
Nous avons décidé de découper les premières strophes du poème en autant de lettres isolées de grande taille qui, présentées sur des caissons lumineux fixés en partie haute du socle de l’île permettent d’inscrire en une ligne continue de deux kilomètres, ce texte de Rimbaud, sur la promenade
COMME JE DESCENDAIS LES FLEUVES IMPASSIBLES, JE NE ME SENTIS PLUS GUIDÉ PAR LES HALEURS : DES PEAUX - ROUGES CRIARDS LES AVAIENT PRIS POUR CIBLES, LES AYANT CLOUÉS NUS AUX POTEAUX DE COULEURS. J’ETAIS INSOUCIEUX DE TOUS LES EQUIPAGES, PORTEUR DE BLES FLAMANDS OU DE COTONS ANGLAIS. QUAND AVEC MES HALEURS ONT FINI CES TAPAGES, LES FLEUVES M’ONT LAISSE DESCENDRE OU JE VOULAIS. DANS LES CLAPOTEMENTS FURIEUX DES MAREES, MOI, L’AUTRE HIVER, PLUS SOURD QUE LES CERVEAUX D’ENFANTS, JE COURUS ! ET LES PENINSULES DEMARREES, N’ONT PAS SUBI TOHU-BOHUS PLUS TRIOMPHANTS. LA TEMPETE A BENI MES EVEILS MARITIMES. PLUS LEGER QU’UN BOUCHON, J’AI DANSE SUR LES FLOTS QU’ON APPELLE ROULEURS ETERNELS DE VICTIMES, DIX NUITS SANS REGRETTER L’ŒIL NIAIS DES FALOTS ! ….

Ainsi, cette référence à une des œuvres majeures de la littérature française peut accompagner de manière continue le promeneur, qui déchiffre au fur et à mesure de sa déambulation le contenu du texte, de la même façon que l’automobiliste qui circule sur l’un ou l’autre des quais de Seine longeant l’île Seguin. L’aspect ludique de cette perception qui nécessite un certain effort, un certain jeu, aiguise la curiosité naturelle des adultes comme des enfants et crée un intérêt culturel supplémentaire autour de cette promenade. Le texte intégral du poème se retrouvera quelque part, dans sa mise en page habituelle à l’une des étapes du parcours.
Les caissons lumineux permettent une bonne lisibilité permanente, y compris la nuit durant laquelle ils éclairent la promenade, se reflètent dans l’eau de la Seine, et dessinent une ligne de lumière discontinue parallèle à celle de la passerelle suspendue. Ces deux traits lumineux dans la nuit évoquant la volumétrie disparue de l’usine.

Les limites hautes et basses de la façade de Laprade ont donc été choisies comme niveaux d’intervention architecturale et plastique de ce projet, en évoquant de façon induite et « non-figurative » le souvenir du bâtiment (au sens maritime autant que terrestre) Renault, mais aussi les ponts-promenades d’un navire imaginaire sur le fleuve…
Outre sa valeur d’usage et sa dimension poétique, ce parti pris a le mérite de délimiter précisément la place de la façade disparue, sans pour autant occulter la vue sur les rives du fleuve, depuis l’intérieur de l’île, et des bâtiments qui y sont prévus.
Cette intervention à l’échelle du site exprime l’idée de ce lieu ineffable : un bateau ivre en perdition.
Ces deux traces superposées symboliseront la linéarité de cet ancien paquebot en exprimant le souvenir de sa forme passée et leurs fonctions révéleront à tous, l’échelle du site tout en donnant un nouvel usage qui malgré sa mémoire ne sera plus.

Les Anneaux :
Ces deux rubans cadrent l’absence de la façade de Laprade et ces deux lignes continues assurent l’unicité annulaire de l’île.
Peu importe l’épannelage des bâtiments ou les vides. Au contraire, l’alternance de jardins, de constructions ou de surélévations rendra encore plus composite les sensations éprouvées sur la promenade, celle-ci viendra s’encastrer dans les bâtiments ou traversera les jardins en permettant des visions transversales.
L’impact de ces deux anneaux symbolisera « la présence d’une absence ».
Les traitements distincts de ces rubans expriment les différentes lectures depuis les rives, l’aspect plus diaphane en haut et le socle bas, mais expriment aussi les fonctions distinctes des deux promenades. La promenade basse lignée par les strophes du bateau ivre est didactique et les caissons lumineux traités à l’échelle du site reprennent basiquement la forme des pièces d’un Scrabble ou encore d’une enseigne lumineuse et assure l’éclairage et la sécurité. La promenade haute assure un parcours panoramique et se déroule à l’image d’une plaque pliée structurelle autoportante, elle assure une fonction de sécurité car elle est enveloppée sur toutes ses faces par un tissu métallique sans occulter la vue, mais en créant un brouillage de la structure.
L’anneau permet un parcours à l’échelle de la rue de Rivoli, en promontoire sur la Seine et les visions à 180° des deux rives.
Sur cet anneau, viennent s’accrocher ponctuellement, des espaces enveloppés dans des parois translucides qui reprennent les gabarits des différentes surélévations dans lesquelles différentes fonctions sont présentes ; restaurant, serres ou kiosques, qui rythment le parcours du visiteur.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, la promenade haute exprimera à la fois, l’épaisseur et la légèreté par sa conception. La masse ajourée de sa structure permettra une lecture frontale transparente et plus dense dans le sens de défilement du fleuve. Sa conception permettra des portées de 50m, sans appui intermédiaire et ce tube transparent sera conçu en référence à des plaques ajourées structurelles assurant un rôle autoporteur.
Cette promenade traversera les airs au-dessus de la cime des arbres, s’encastrera dans les immeubles du Sud de l’île en R+5 ou viendra se poser sur les terrasses.
Celle-ci contournera les trois ouvrages que nous conservons, le portail d’entrée du pont Daydé, le fronton de la pointe Amont et également le fronton Nord du point Seibert.
Sa forme permettra de gérer plusieurs usages : la promenade le long de la rive, le repos ou la détente surélevée servant de banc linéaire le long du fleuve.
La surélévation du promontoire permettra aussi d’isoler les usagers des bâtiments à l’image des promenades le long des bords de mer en créant des espaces semi-privatifs.
La promenade sera ponctuée par des séquences liées à la mémoire du lieu, un bâtiment créé autour du fronton amont destiné à recevoir un restaurant, un deck sera aménagé en façade Sud, reprenant le thème de Paris Plage, ou encore une serre en surplomb sur le fleuve à l’endroit exact du surplomb existant ou encore au Sud au droit de la terrasse jardin, des kiosques ou buvettes pourraient être aménagés. Ces boîtes surélevées reprennent certains gabarits existants de l’île, les façades translucides évoquent aussi l’absence et la mémoire. Les escaliers d’accès extérieurs sont implantés le long de certains pignons des bâtiments, de façon à les déconnecter visuellement de l’anneau. Toutes les hypothèses envisagées par le maître d’ouvrage peuvent être envisagées ; L’implantation des rampes d’accès à la plate-forme de l’île depuis la promenade basse ou encore les traitements en rive des bâtiments.
Notre proposition est issue de notre désir de cadrage de l’absence et de la mémoire tout en gardant l’idée de faisabilité de cette proposition de 1,5 kilomètre de long...

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