Entreprises de BTP

« Il y a une convergence d’intérêts entre Libyens, Français et Tunisiens dans le BTP »

Mots clés : Entreprise du BTP - Travaux publics

Chokri Driss, le président de la fédération tunisienne des entreprises de bâtiment et de travaux publics, appelle à un partenariat tripartite pour conquérir le marché libyen de la construction.

 

Les perspectives qui se présentent dans la nouvelle Libye sont pleines d’opportunités, avec des travaux gigantesques qui seront engagés sur les quinze, voire vingt, prochaines années, aussi bien dans la reconstruction du pays que dans les programmes de développement.
La situation a beaucoup évolué depuis l’époque du régime de Kadhafi. Ce marché était accaparé par les entreprises turques et asiatiques, principalement chinoises et coréennes, durant la dernière décennie. Les entreprises françaises ont brillé par leur absence, effrayées par un marché qu’elles jugeaient à risque compte tenu de l’imprévisibilité du Régime.

De leur côté, les entreprises tunisiennes, majoritairement des PME familiales, ont parié sur le marché libyen après la levée significative de l’embargo sur ce pays en 2005. Au déclenchement de la révolution libyenne, le 17 février 2011, 30 entreprises tunisiennes de BTP étaient présentes en Libye, avec un volume d’activité de 1,5 milliard d’€, un taux de réalisation global de 45 %, 447 ingénieurs, 780 techniciens supérieurs et environ 2 500 ouvriers qualifiés. Des chiffres modestes par rapport à la masse de projets engagés, et dont les plus importants revenaient aux entreprises turques (notamment Güris construction et TAV), asiatiques (Daewoo et Hyundai), brésiliennes (Odebretch) et canadiennes (SNC-Lavalin).

 

Pas le moment d’hésiter


La situation est aujourd’hui différente : les entreprises françaises ont maintenant une chance exceptionnelle de se replacer sur le pays. Elles doivent la saisir. Le marché libyen ne leur est plus fermé grâce au soutien de la France au gouvernement provisoire libyen (CNT), qui a été déterminant pour l’évolution du conflit. D’autre part, les entreprises asiatiques ont dû quitter le territoire après que leurs gouvernements aient continué de soutenir le régime de Khadafi. Toutefois, ce marché est encore à gagner et non à prendre ! La concurrence turque est toujours présente, tandis que les Asiatiques reviendront probablement.
Ce n’est donc pas le moment pour les Français d’hésiter ou d’être frileux, en raison de craintes concernant l’insécurité dans le pays. Pour réussir leur entrée, je leur conseille de travailler dans un contexte de partenariat. C’est-à-dire en impliquant dans les projets des partenaires stratégiques déjà présents sur le marché, comme les entreprises tunisiennes qui disposent d’atouts de proximité géographique et culturelle avec la Libye. Par exemple, en ayant recours à la main d’oeuvre tunisienne.

 

Une main d’oeuvre tunisienne qualifiée

Nos ouvriers sont formés et qualifiés suivant des standards français. L’encadrement technique et de gestion des chantiers est rodé aux rouages de l’entreprise européenne, plus précisément, à la façon de travailler française. Ce sont donc des facteurs de synergie entre les entreprises tunisiennes et leurs homologues hexagonaux permettant de s’exporter ensemble en Libye. En parallèle, les autorités libyennes actuelles et les entreprises locales de BTP insistent sur la nécessité de nouer des partenariats avec les opérateurs étrangers. Les constructeurs libyens ne veulent plus laisser passer l’opportunité que représentent les grands projets de construction et demandent à participer aux travaux, grâce à des contrats en groupement ou en association intégrée pour acquérir l’expérience du management de chantier tout en s’impliquant aussi dans l’investissement (en particulier dans l’achat de matériels). De plus, la Libye est aujourd’hui vierge en termes de main d’oeuvre, car ses habitants n’ont presque pas d’expérience dans la construction. Les ouvriers africains, venus du Tchad, du Soudan et du Mali, qui représentaient une part importante de l’ossature des chantiers de BTP, ont fui le conflit. Un rapprochement permettra ainsi la formation du personnel libyen et lui donnera un minimum d’expérience qualifiante, permettant à leurs entreprises de disposer à terme d’une certaine autonomie et de réduire leur forte dépendance. La Tunisie peut facilement aider à ce mouvement, car nos ressortissants sont dispensés de visa pour accéder au territoire libyen (tout comme les Turcs).

 

Convergence


Il y a donc une véritable convergence d’intérêts entre Libyens, Français et Tunisiens. Avec un partenariat tripartite, nous réunirons les facteurs de compétitivité nécessaires pour pouvoir nous confronter aux autres opérateurs internationaux.
Les entreprises françaises peuvent constituer et piloter des groupements d’intérêts avec les entreprises tunisiennes et libyennes pour relever les défis, sans être obligées de déplacer l’intégralité de leurs outils de production et la logistique nécessaire. Il faut de l’audace, de la communication et de la confiance pour relever le défi. Voici notre perception des grandes lignes de ce partenariat, et nous espérons vraiment pouvoir le concrétiser.

 

Plus d’informations sur la construction à l’international avec le BEM

Focus

Au sommaire du BEM

 

ZOOM

BRATISLAVA Le centre-ville de Zaha Hadid se fait désirer
« Griffé » par le cabinet de la célébrissime architecte, le projet Culenova de complexe immobilier au coeur de la capitale slovaque est à présent annoncé pour 2014. Il se compose de sept tours.

ENTREPRISES

BILAN 2011 La perte sera plus élevée que prévu pour Hochtief
Le numéro 1 allemand a annoncé qu’elle passerait de 100 à 160 millions d’€ en raison de coûts exceptionnels, après la prise de contrôle par le major espagnol ACS. Mais le groupe reste optimiste pour 2012, grâce à sa nouvelle stratégie.

DOCUMENT SPÉCIAL

ANALYSE Panorama de la construction européenne et prévisions (2)
La rédaction et les correspondants du BEM font le point sur la situation du BTP en Europe.
Cette semaine : l’Irlande, l’Italie, la Norvège, la Pologne, la Suède, le Portugal, la Roumanie, le Royaume-Uni et la Slovénie.

TRIBUNE

Chokri Driss, le président de la fédération tunisienne des entreprises de bâtiment et de travaux publics, appelle à un partenariat
tripartite pour conquérir le marché libyen de la construction.

 

Et aussi : le fil d’actu, Projets & contrats, Marchés, En direct de Bruxelles, Entreprises, Pratique…

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X