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Il y a un an… «L’agilité des réponses à la crise dans l’immobilier est remarquable», Abbès Tahir, architecte
Abbès Tahir, architecte associé et directeur général délégué de l’agence Arte Charpentier Architectes. - © Arte Charpentier Architectes

Il y a un an… «L’agilité des réponses à la crise dans l’immobilier est remarquable», Abbès Tahir, architecte

Propos recueillis par Jacques-Franck Degioanni |  le 22/03/2021  |  ParisConfinementCoronavirusImmobilier

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Associé et directeur général délégué de l’agence Arte Charpentier Architectes, Abbès Tahir détaille, pour Le Moniteur, la manière dont l’année écoulée a changé sa vision de l’architecture, de la ville et de l’entreprise…

« Plus d’un an déjà, depuis le début de la crise. Dès janvier 2020, Arte Charpentier Architectes faisait face à la situation pour ses équipes retenues en Chine, sur les projets développés à… Wuhan. Les réflexions et les projections que nous formions en avril 2020 se sont, dans leur ensemble, avérées. Il y aura, de manière incontestable, un « avant » et un « après » la crise de la Covid-19. Les chantiers ont quasiment tous redémarré en avril 2020, avant même la fin du premier confinement. L’agence a pu maintenir la plupart des projets en cours. Et si certains se sont arrêtés, espérons que ce ne soit que temporaire. Le chiffre d’affaires a été maintenu sur 2020, en donnant tort à nos prévisions initiales. L’agence a conservé ses effectifs d’avant Covid et a su ainsi préserver ses emplois et ses compétences. Nous nous sommes d’ailleurs attachés à maintenir l’intégralité des salaires de tout le personnel, y compris en activité partielle, pendant cette période. Si les bénéfices dégagés restent modestes, nous avons la satisfaction d’avoir su garder la tête hors de l’eau durant la tempête.

Création et friction

L’ambiance de travail, qui est la marque de fabrique de l’agence, a évidemment souffert des stop-and-go successifs de l’exécutif. Les équipes avaient progressivement réintégré nos locaux à compter du 11 mai, et de manière notable dès le début du mois de juin, heureuses de retrouver le lien social et créatif propre à nos professions. Si l’agence avait ainsi renoué avec son ambiance entre juin et novembre 2020, une nouvelle organisation a dû être trouvée pour faire face au second confinement. Le fait que le BTP et l’architecture aient été désignés comme des secteurs d’activités essentiels a heureusement permis la poursuite du travail en présentiel de manière régulière, et notamment la poursuite du travail collectif de création et de friction indispensable à la conception architecturale. Le lien entre les collaborateurs ne se perd donc pas, même s’ils ne se voient plus quotidiennement. La distance et l’éloignement ont amplifié le besoin de lien et nous avons cherché à concilier distance et proximité dans une dynamique managériale. Comme toutes les entreprises, Arte Charpentier Architectes s’est mobilisée pour trouver la meilleure organisation du travail possible pour sauvegarder la santé, physique et psychique, de ses collaborateurs tout en maintenant le travail collaboratif, notamment avec nos partenaires et commanditaires.

Sur le même sujet «Nous avons expérimenté le concours en visio-conférence». Abbès Tahir, architecte

Effervescence et innovation

Nous avons cependant hâte de reprendre une vie normale, de pouvoir à nouveau voyager librement, de nous rencontrer, de nous réunir, etc. La distance imposée depuis plus d’un an à tous les acteurs de la profession, constitue un frein important au développement des projets. Cette anesthésie générale est préjudiciable, non seulement à notre activité, à notre développement économique, mais aussi au moral de tous. Nous vivons dans l’incertitude et l’impossibilité de nous projeter depuis de trop longs mois. Les échanges interhumains doivent reprendre au plus vite : c’est d’eux que naissent les projets. Je suis persuadé que, comme après chaque crise, les années à venir se révéleront effervescentes et riches d’innovations, comme de changements. Il suffit de se remémorer les années 1920 ou celles de l’après seconde guerre mondiale, voire des sixties. La crise économique est inquiétante, personne ne peut le nier, mais nous devons garder l’espoir que les années qui arrivent soient fertiles en transformations et en recentrage sur l’essentiel. En cela, je veux être résolument optimiste. Notre filiale à Shanghai a fait preuve de vitalité grâce à la facilité et la rapidité avec laquelle l’activité a repris en Chine, c’est là aussi un message d’optimisme quant à la reprise de l’économie en Europe

Préservation des ressources et qualité de vie

De manière générale, je suis étonné de notre capacité d’adaptation collective aux nouvelles contraintes, et de la vitesse à laquelle elles s’intègrent dans nos vies. L’agilité des réponses à la crise des secteurs économiques impactés, y compris dans l’immobilier, est remarquable. Les propos que je tenais l’an dernier ici même me paraissent encore d’actualité. Il est évident que nos modes de vie, de travail et de consommation seront durablement modifiés. Il est certain que la technologie a envahi encore davantage nos vies, en nous ayant tous permis de continuer à travailler comme si de rien n’était. Ou presque… Et j’insiste sur ce point. De mon point de vue d’architecte, la conception de la ville résiliente de demain et d’un bâti aux usages multiples est l’aspect le plus prégnant. Nous devons nous interroger sur notre rôle dans la ville et sur ce que nous pouvons apporter à nos concitoyens en termes de cadre de vie. Une de nos préoccupations à nous, architectes, doit être la préservation des ressources et l’amélioration sur le long terme de la qualité de vie des habitants des villes. Je vois avec plaisir que de nouveaux modèles s’installent aujourd’hui, comme je l’appelais de mes vœux en avril dernier. Le récent Pritzker décerné à des architectes français soucieux de la dimension sociale et de l’usage est un message fort qui changera la donne. Il nous faut espérer que cette prise de conscience collective sera durable et que le bien-être de ceux qui vivent et travaillent dans les bâtiments que nous construisons sera au cœur de nos préoccupations.

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Smart building / safe building

Il est évident que cette crise a considérablement modifié notre conception des espaces, des bâtiments, de leurs usages, de leur emplacement, de leur impact environnemental, mais aussi de nos habitudes de vivre, communiquer, voyager et travailler. Un constat qui concrétise et accélère une mutation dans chaque secteur, qu’il s’agisse du bureau, du logement, des centres commerciaux ou de l’hôtellerie. Nos bâtiments doivent donc s’adapter à cette nouvelle donne : modularité des espaces, amovibilité des séparatifs, meubles multifonctions, développement de murs parlants et de détecteurs sans contact, large ouverture sur l’extérieur avec des espaces privatifs ou collectifs, remise en question de l’open space, flexibilité des espaces ajustables dans leurs usages, dans l’espace et le temps. Ils doivent être à la fois des smart buildings, et même des safe buildings, capables de nous offrir un environnement sain, agréable et protecteur face à un monde extérieur anxiogène.
Le bureau vit ainsi une révolution qui était en germe, mais qui est accélérée et décuplée. Le télétravail ne supplantera pas le bureau. Ainsi continueront probablement de coexister les trois modes actuels de travailler : home office, bureau et nomadisme. Cette coexistence rend essentielle l’importance de la localisation géographique des bureaux, leur connexion avec les réseaux de transports, les possibilités de mobilité douce, les services autour et à l’intérieur des bâtiments, la mixité des usages, l’existence de lieux de vie et pas seulement de lieux de travail. La révolution numérique offre des possibilités de communication et de réalité augmentée qui profitent incontestablement à la nouvelle donne écologique de décarbonation de l’économie : conversion pérenne à la réunion virtuelle, limitation des déplacements, etc. Toutes les entreprises devront s’adapter.

Accompagner les désirs

Les centres commerciaux offrent un bon exemple de résilience et d’adaptation. Les enseignes continuent à se projeter et de faire évoluer leur modèle. Elles ont lancé une digitalisation à vitesse soutenue, entamé de nouvelles relations avec leurs clients, plus proches et personnalisées... En tant qu’architectes de centres commerciaux, nous sommes heureusement frappés de cette faculté d’adaptation de ces grandes sociétés que nous sommes ravis d’accompagner dans la définition de nouveaux formats de centre et de nouvelles architectures. L’hôtellerie connaît également de profondes mutations qui étaient, elles aussi, déjà en germe, et que la crise va généraliser. C’est probablement la fin du gigantisme et de l’uniformisation des hôtels, un milieu de gamme qui disparaît progressivement au profit de structures plus petites, plus proches des clients et de la nature, type boutique-hôtels, qui permettent une relation plus personnalisée avec des clients à la recherche de plus en plus d’authenticité et de sens. Là aussi, l’architecte accompagne ces désirs et s’adapte aux besoins nouveaux.

La posture de l’aïkidoka

Au-delà de l’empreinte carbone, de l’intégration des critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG), il me semble important que les entreprises comme les nôtres définissent aujourd’hui leur politique RSE. Notamment dans le milieu de la construction, qui doit aujourd’hui massivement se tourner vers l’utilisateur final et la communauté. A l’agence, nous avons pris la mesure des changements et avons rédigé et publié une charte  RSE au cours de l’année 2020 afin de définir publiquement les principes qui guident notre action et les valeurs que nous défendons au quotidien. Dans la continuité de notre démarche ISO 9001, déjà ancienne, nous nous dirigeons vers l’ISO 14001 et son volet environnemental afin de tendre vers une empreinte carbone vertueuse pour encadrer les bons usages numériques, faire des achats plus responsables, réduire nos consommations énergétiques et optimiser nos déplacements qu’ils soient professionnels ou entre domicile et travail. On le voit, la pandémie et ses effets obligent - et obligeront encore pendant longtemps - nos sociétés d’architecture à l’agilité, à l’adaptation permanente, à des remises en question incessantes. Je ne sais pas si l’on peut dire sans cynisme qu’à quelque chose malheur est bon, quoi qu’il en soit, il faut adopter la posture de l’aïkidoka et tirer notre force de celle de cet adversaire sans visage qu’est la Covid-19. »

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