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«Il nous faut 13 millions d’euros par an à réinjecter dans la maintenance du campus», Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux
Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux. - © © Olivier Got / Université de Bordeaux

«Il nous faut 13 millions d’euros par an à réinjecter dans la maintenance du campus», Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux

Orianne Dupont (Bureau de Bordeaux du Moniteur) |  le 12/12/2017  |  BâtimentGirondeInternationalERP

Dans le cadre de la loi sur l’autonomie et la dévolution du foncier aux Universités, le site de Bordeaux a fait la démarche de devenir propriétaire des 187 hectares de foncier qui appartiennent aujourd’hui à l’Etat. Manuel Tunon de Lara, président de l’Université de Bordeaux, évoque ses ambitions.

Pour quelles raisons avez-vous souhaité devenir propriétaire des 187 hectares de foncier de votre campus, aujourd’hui propriété de l’Etat ?

Manuel Tunon de Lara: Nous faisions partie des candidats potentiels identifiés par Thierry Mandon [ex-secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, NDLR]. Récupérer ce foncier correspondait à notre souhait, car je suis convaincu que si on ne fait pas de l’immobilier un atout, il devient une charge.

Où en est aujourd’hui cette démarche ?

M. T. de L.: Le protocole d’accord a été signé en mars dernier avec Thierry Mandon. La ministre de l’Enseigne­ment supérieur et de la Recherche, Frédérique Vidal, a confirmé sa volonté de poursuivre la dévolution du patrimoine. Le conseil d’administration s’est prononcé favorablement et la décision de transférer définitivement le patrimoine à l’Université de Bordeaux devrait intervenir au premier trimestre 2018.

Quels sont vos objectifs ?

M. T. de L.: Ces deux dernières années, nous avons réalisé, avec le cabinet d’experts en immobilier Colliers International et des notaires, un inventaire détaillé des 198 hectares de foncier et 600 000 m2 de bâti pour voir quels étaient leurs caractéristiques, localisations, destinations et l’environement de ce foncier (PLU, constructibilité, etc.). Notre objectif est de cibler ce qui doit être maintenu pour les missions régaliennes de l’Université et ce qui peut être valorisé. J’ai également rencontré la plupart des maires des communes pour voir comment nos projets peuvent prendre corps avec les leurs.

De quelles ressources avez-vous besoin pour l’entretien ?

M. T. de L.: Il nous faut 13 millions d’euros par an à réinjecter dans la maintenance du campus. Si vous ne fournissez pas un outil de travail à la hauteur des attentes des chercheurs et des étudiants, c’est problématique. Nous avons donc besoin de dégager des marges grâce à notre foncier.

Quels projets envisagez-vous ?

M. T. de L.: Nous ne sommes pas là pour faire de l’immobilier au sens large. Notre priorité est le logement pour étudiants, actuellement en crise. Nous imaginons également des logements intergénéra­tion­nels, car nous avons une préoccupation de mixité sociale forte. Le foncier occupe une place stratégique sur le campus, mais il n’est pas habité durant certaines périodes de l’année: c’est paradoxal ! Nous avons besoin de créer des activités, d’accueillir des commerces… Qu’il y ait une vie au sein du campus. Nous avons par ailleurs un plan très ambitieux concernant les équipements sportifs: rénovation des terrains de rugby, projets d’activités sportives connectées, etc. Nous pouvons partager tout cela avec les habitants, les entreprises… Nous nous intéressons également à l’habitat innovant, via un «smart campus» au sein duquel nous pouvons expérimenter des nouveaux déplacements, des véhicules électriques, l’écoconstruction… A travers ces projets, nous voulons retrouver la valeur ajoutée de l’Université.

Souhaitez-vous vous rapprocher des entreprises ?

M. T. de L.: Je suis très favorable à l’accueil des entreprises. Bordeaux doit passer d’une attractivité résidentielle à une attractivité économique. Quand on met 1 euro sur une Université qui a des forces de recherche, le retour sur investissement se situe entre 4 et 6 euros. Nous nous sommes intéressés au modèle d’Universités australiennes qui ont fait venir des activités économiques sur leur site. L’Université peut s’insérer sur un territoire urbain.

De quelle manière l’Université peut-elle participer au développement de son environnement ?

M. T. de L.: Jusqu’à présent, les Universités étaient trop refermées sur elles-mêmes avec une certaine crainte des entreprises et des collectivités qui ne voyaient pas en elle un partenaire de leur essor économique qui pouvait jouer un rôle social. Cette époque est révolue, il y a une convergence des trajectoires. L’Université s’ouvre et se pose les questions de responsabilité sociale et économique et les collectivités — la région, notamment — ont perçu le retour sur investissement en termes de croissance économique. Même chose pour les entreprises. Désormais, il faut construire ensemble. J’ai un projet avec tous les maires concernés par le campus, avec des entreprises derrière et un développement économique potentiel. Et pour cela, être propriétaire de son foncier est une nécessité.

Le transfert des terrains est-il assorti d’une aide financière ?

M. T. de L.: Non, nous avons négocié la possibilité de pouvoir émarger au contrat de projets Etat-région, s’il y a de grands projets immobiliers, comme l’opération campus, ils seront éligibles aux grands projets immobiliers de l’Etat. Nous souhaitons que l’Etat permette aux Universités d’emprunter et que le principe de spécialité soit assoupli. On veut des activités en lien avec l’Université et auxquelles elle donne une plus-value — logements, innovation, médiation culturelle, l’entreprise, etc.— cela ne nous intéresse pas d’installer un McDonald’s !

Vous risquez d’être soumis à la pression immobilière, tout comme les collectivités…

M. T. de L.: Aujourd’hui, nous sommes dans la plus mauvaise situation, car nous avons les mêmes possibilités de pressions, les devoirs du propriétaire, sans être propriétaire ! Si une action est faite, là, vous en avez encore moins la maîtrise… Cette pression existe déjà, mais il faut l’assumer. On ne peut pas avoir les avantages sans les inconvénients.

Votre idée n’est pas de disséminer votre patrimoine, mais bien de le valoriser.

M. T. de L.: Je veux sanctuariser le patrimoine dévolu à l’enseignement, la recherche et à la vie étudiante, voire le hisser à un meilleur niveau. J’aimerais avoir un campus bien entretenu, où il fasse bon vivre et que les étudiants soient bien chauffés. Et l’Etat n’a pas les moyens de faire cela. C’est mon objectif premier et j’ai conscience que je peux valoriser une partie de mon patrimoine pour l’atteindre.

Vous trouvez qu’il y a une certaine inertie dans la gestion du foncier par l’Etat ?

M. T. de L.: La marge de manœuvre était trop faible. C’est au moment de l’opération campus que l’on a vu naître des projets ambitieux. L’Université moderne doit se saisir de son patrimoine et en faire une force, c’est indispensable pour son modèle économique.

Un premier projet en cours d’élaboration

La Fabrique métropolitaine, société publique locale chargée de l’opération 5O OOO logements pour Bordeaux Métropole, travaille actuellement sur un projet d’immeuble d’habitations avec la start-up bordelaise Habx, sur un terrain d’1,5 hectare sur le campus. «Habx constitue actuellement un panel de primo-accédants pour lancer le projet», précise Jérôme Goze, directeur général délégué de la Fab. Un travail réalisé en partenariat avec l’Université de Bordeaux. Si le programme est en cours d’élaboration, des logements à un prix maîtrisé (2 5OO euros/m2) devront obligatoirement y figurer. La consultation des opérateurs sera lancée au premier semestre 2O18.

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