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« Il ne faut pas penser en termes de camps mais de nouveaux quartiers »

le 16/10/2017  |  ArchitectureParis

CYRILLE HANAPPE, ARCHITECTE (AIR ARCHITECTURES, ACTES & CITÉS) -

Selon vous, il faut mettre de côté la notion d'urgence…

La notion d'urgence conduit à se préoccuper uniquement des besoins physiologiques - être à l'abri, se nourrir - et crée les conditions de l'exclusion. Il faut au contraire partir du postulat que les personnes vont rester longtemps, car même si elles partent, d'autres arrivent. A Calais, la situation dure depuis trente ans. On sait que lorsqu'on détruit un camp, un autre se crée ailleurs. Dans la « jungle », il existait un parlement des exilés. Avec l'ONG Acted, des représentants de chaque communauté y organisaient des travaux d'aménagement : viabilisation de routes, création des réseaux d'eau, etc. Au sud de Damas, avant la guerre, le camp de Yarmouk était devenu un quartier dynamique, avec une vie culturelle. Il ne faut donc pas penser en termes de camps mais de nouveaux quartiers.

Comment intégrer autant d'arrivants en ville ?

Au sein de l'association Actes & Cités, nous avons monté un groupe de recherche autour du concept de "ville accueillante".

Nous reprenons les principes du rapport Bruntland, qui place le développement durable au croisement du social, de l'économique et de l'environnemental, et y incluons le concept de mobilité.

Cette ville serait capable d'accueillir et d'intégrer des personnes qui arrivent en masse, dans des proportions qui excèdent les capacités qu'offrent l'architecture et l'urbanisme classiques. Les bidonvilles ne sont pas détruits mais humanisés, sécurisés, rendus salubres et, au final, intégrés dans la ville. J'utilise le mot bidonville de manière assumée, car ce sont des villes tremplins, comme l'ont été Little Italy et Chinatown à New York. A Grande Synthe, nous avions commencé à donner une petite urbanité au camp avant qu'il ne brûle, simplement par une répartition pensée des modules d'hébergement, au lieu de simples alignements de boîtes. Il faut remplacer le terme de camp par celui de nouveau quartier, en continuité avec la ville existante. Même s'ils doivent pouvoir être montés et démontés rapidement, ces quartiers rentreraient dans un schéma de développement urbain, avec tout ce que cela implique au niveau programmatique.

La manière de concevoir l'habitat temporaire change-t-elle ? [...]

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