Energie

« Il n’y a pas de nouveaux quartiers qui ne fassent appel aux réseaux de chaleur »

Mots clés : Efficacité énergétique - Gros oeuvre - Réglementation thermique et énergétique

Peu connue malgré sa place de numéro 1 en France et dans plusieurs autres pays européens, la branche Énergie Services de GDF Suez représente déjà près de 17 % du chiffre d’affaires du Groupe et affiche des objectifs ambitieux : faire croître  de 40 % le chiffre d’affaires du Groupe GDF Suez dans l’efficacité énergétique d’ici 2017. Rencontre avec l’Administrateur-Directeur général de la branche, Jérôme Tolot.

Comment s’est comportée la branche Énergie Services dans le contexte difficile de l’année écoulée ?

2011 a été une bonne année. Nous avons engrangé de beaux résultats, embauché 1 500 personnes en bilan net et conclu l’acquisition de Soccram, 3ème opérateur en France de réseaux de chaleur.

Nos trois métiers que sont l’ingénierie, l’installation-maintenance et les services énergétiques, ont connu une belle dynamique l’an dernier et nous avons encore amélioré notre carnet de commandes en ce début 2012.

Notre branche, qui emploie désormais 77 000 personnes, a réalisé un chiffre d’affaires de 14,2 milliards d’euros, en hausse de plus de 5 %, et dégagé un résultat net de 300 millions d’euros. GDF Suez Énergie Services représente ainsi près de 17 % du chiffre d’affaires du Groupe, 7 % de ses résultats tout en n’employant que 3 % de ses capitaux.

 

À quoi tient la croissance de vos activités ?

Nous développons des solutions d’efficacité énergétique intelligentes, qui intègrent de plus en plus les énergies renouvelables comme la biomasse, avec des coûts compétitifs. Nos contrats de partenariat avec les collectivités et les entreprises sont adaptés au cas par cas et évolutifs, ce qui convient à nos clients qui ont besoin de vision à moyen et long terme.

Dans le secteur des réseaux urbains, l’acquisition de Soccram nous permet de gérer 24 réseaux de chaleur supplémentaires en France. Ajoutée aux 12 délégations de service public remportées par ailleurs en 2011, nous sommes désormais un acteur de poids dans ce marché. Nous avons également connu de très belles réussites ces derniers mois en dehors de France : au Royaume-Uni avec entre autres les réseaux de Birmingham et de Leicester et en Slovaquie où nous avons considérablement renforcé notre réseau à Bratislava.

Dans les services d’efficacité énergétique pour les bâtiments, nous avons remporté des contrats majeurs, comme le 1er Partenariat de Performance Energétique (CPPE) en France dans le monde universitaire à Versailles. Signé pour 25 ans, ce contrat devrait permettre à l’Université Versailles Saint-Quentin de réaliser une économie de 33 % de la consommation d’énergie utilisée pour le chauffage, de 11 % de la consommation en électricité et de 19 % de la consommation d’eau. Couplées à l’utilisation d’énergies renouvelables, ces économies favoriseront la diminution des émissions de gaz à effet de serre de 20 %.

 

Comment est réparti, géographiquement, le chiffre d’affaires de la branche et comment est-il amené à évoluer ?

Près de la moitié du chiffre d’affaires est réalisée en France, 40 % en Europe en dehors de l’Hexagone et 7 %  hors Europe. Nous souhaitons doubler la part hors Europe et avons identifié quelques zones à privilégier. Le Canada, le Chili, le Brésil, l’Asie du Sud-est sont des zones où notre expertise et notre valeur ajoutée peuvent être source de croissance pour nos activités. Notre objectif global,  rappelé tout récemment par Gérard Mestrallet, est d’augmenter de 40 % le chiffre d’affaires des activités d’efficacité énergétique de notre Groupe d’ici à 2017, et de porter le chiffre d’affaires de notre branche à 18-19 milliards d’euros. Si l’économie connaît une croissance de 2 à 3 % à partir de 2013, et grâce à notre stratégie, nous devrions pouvoir y parvenir.

 

Ce développement passera-t-il par de la croissance externe, en France notamment ?

Croissance externe en Europe, mais pas ou peu en France, compte tenu de notre taille. Nous examinons des projets d’acquisitions en Allemagne, en Angleterre, dans les pays de l’Est et dans les zones évoquées précédemment. Notre objectif de 40 % dans l’efficacité énergétique devrait ainsi être atteint pour un quart environ grâce à ce type d’opérations.

 

En ce début d’année 2012, la conjoncture économique vous soucie-t-elle ?

Nous ne sommes pas inquiets mais nous restons vigilants. Nous tablons sur une croissance légèrement positive de nos activités. Le début d’année 2012 nous conforte dans cette idée mais ce n’est que fin juin que nous pourrons estimer correctement les résultats de l’année. Les réseaux de chaleur sont un axe fort de développement. Les collectivités sont très intéressées, il n’y a plus de nouveaux quartiers qui n’y fassent pas appel. Nous venons ainsi tout juste de conclure un nouvel accord avec la ville de Nantes, qui représente un chiffre d’affaires de 25 millions d’euros par an pendant 20 ans. C’est Cofely qui va prendre en charge l’extension et l’exploitation du réseau de chaleur nantais qui desservira l’équivalent de 41 000 logements. Après celui de Paris, ce réseau « vert » sera le plus important exploité par Cofely en France. Comme vous le savez, ces réseaux de chaleur, mis en place par les collectivités sur leurs territoires, permettent de mobiliser d’importants gisements d’énergie renouvelable, la biomasse notamment, qui viennent compléter ou se substituer aux énergies conventionnelles.

 

La biomasse, comme les autres énergies renouvelables, peine à atteindre la fameuse « parité réseau ». Qu’est ce qui pourrait la rendre plus compétitive ?

Cela tient, selon moi, à la chaîne du bois-énergie qui devrait être plus efficace et moins coûteuse. Le prix des énergies alternatives a son importance mais gardons à l’esprit néanmoins que  la biomasse est une énergie qui ne déséquilibre pas la balance commerciale, et qui contribue au développement de l’emploi dans nos territoires. Si l’on prend en compte ces externalisations, on remet la biomasse à sa juste place. Et le potentiel est là : les projets développés à ce jour ne font que consommer le tiers de l’accroissement annuel de la forêt française.

 

GDF Suez Energie Services est aussi très présente dans les appels d’offres biomasse-électricité de la Commission de Régulation de l’Énergie.

Oui, nous avons été retenus pour 5 projets dans le cadre du 4ème appel d’offres de la Commission de Régulation de l’Électricité, aussi appelé le « CRE 4 ». Ce sont des projets de 30 à 70 millions d’euros et des engagements, pour les industriels qui en bénéficient sur 15 à 20 ans.

Pour notre part, nous avons d’ores et déjà réalisé trois projets importants, de 50 à 60 millions d’euros d’investissement chacun, ce qui correspond aux deux tiers de ce qui nous avait été accordé. Un quatrième projet est en cours de construction à Forbach. Les centrales de cogénération biomasse ont été construites sur le site du groupe Sofiprotéol de Grand-Couronne, en Seine-Maritime, sur celui du papetier Norske Skog à Golbey, dans les Vosges et sur celui d’International Paper à Saillat-sur-Vienne.

 

Cofely a remporté le contrat de construction, financement et exploitation du réseau de chaleur et de froid du Parc Olympique de « Londres 2012 ». Une grande fierté ?

Oui, une très grande fierté. C’est un contrat de 120 millions d’euros d’investissement, remporté face à quatre candidats sérieux. Il s’agit d’une concession de 40 ans sur une nouvelle zone du Grand Londres qui se développera après les JO : un nouveau quartier de Londres avec 10 000 logements, des équipements sportifs et des bureaux.

 

Vos propos laissent à penser que la préoccupation en matière d’efficacité énergétique est vraiment entrée dans les mœurs. Or, d’autres nient la volonté en la matière, remettent en cause la politique menée…

La préoccupation en ce sens n’a jamais été aussi forte, c’est l’effet « Grenelle de l’environnement ». Il a pu y avoir des déceptions mais la visibilité des réalisations est difficile sur un sujet aussi diffus. Sur le terrain, quoi qu’il en soit, on sent l’emprise de cet engagement au quotidien. Une raison pour GDF Suez Énergie Services de renforcer ses positions cette année afin de gagner en visibilité pour remporter de nouveaux contrats.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X