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« Il faut  tirer parti de l’identité de la Part-Dieu mais en inventer une pour la Gaîté », Winy Maas
L'architecte néerlandais Winy Maas a fondé l'agence MVRDV en 1993 avec Jacob van Rijs et Nathalie de Vries - © © Barbra Verbij

« Il faut tirer parti de l’identité de la Part-Dieu mais en inventer une pour la Gaîté », Winy Maas

Propos recueillis par Marie-Douce Albert |  le 14/02/2018  |  ArchitectureBâtimentAlpes-MaritimesRhôneERP

L’agence d’architecture néerlandaise MVRDV, dont Winy Maas est l’un des fondateurs, mènera d’ici à 2020 la transformation de deux centres commerciaux français datant des années 1970 : la Part-Dieu, à Lyon, et la galerie marchande Gaîté, à Montparnasse, dans le XIVe arrondissement. L’enjeu de ces chantiers est le même : accroître l’attractivité des deux sites gérés par Unibail-Rodamco. En y ajoutant cette touche de «?pop chic?» dont l’architecte Winy Maas a le secret. L’équipe de MVRDV présentera les deux projets à l’occasion du prochain Mipim, qui se tiendra à Cannes du 13 au 16 mars.

MVRDV entame actuellement la transformation de deux centres commerciaux gérés par le groupe Unibail-Rodamco. Est-ce un hasard ?

Winy Maas : Nous connaissons le groupe depuis 2004. Nous avons pris part, à cette date, à la première consultation sur le réaménagement des Halles, à Paris, et avons fait cette proposition de couvrir le centre commercial avec un grand dancefloor de verre multicolore. Puis, il y a sept ou huit ans, le groupe a fait appel à quelques agences d’architecture, dont la nôtre, pour réfléchir au futur de l’environnement commercial. Unibail-Rodamco gère un énorme portefeuille de lieux de commerce dans toute l’Europe, et maintenant aux Etats-Unis, et la question de l’adaptation de ces centres aux nouveaux usages se pose évidemment. Le groupe cherche à développer de nouveaux types de lieux. Beaucoup de choses sont imaginables aujourd’hui quand il s’agit de créer des équipements neufs. Ainsi, on voit le succès avec lequel se développent en Chine de nouvelles installations totalement à l’air libre. Pour Unibail-Rodamco, l’enjeu est cependant avant tout de remettre l’existant au goût du jour, et il leur faut pour cela composer avec beaucoup de contraintes économiques. Il n’est donc pas tant question de bouleversements radicaux que d’évolution.

Leurs implantations souffrent donc, comme d’autres, de la concurrence du commerce en ligne ?

W. M. : Le modèle du centre commercial classique n’est pas le seul à avoir atteint ses limites. Aux Pays-Bas, les centres-villes se vident de leurs magasins. Vous observez, d’ailleurs, le même phénomène en France. Puisque la part purement marchande de l’activité des grands complexes se réduit, il faut imaginer une nouvelle forme de leisure shopping, un alliage fait de commerces et de loisirs. Pour les enseignes, ces lieux sont davantage envisagés comme une vitrine, un point de services à la clientèle : les gens ne viennent pas forcément pour acheter mais pour poser une question, tester un produit avant de peut-être finaliser leur achat sur Internet. Et, dans le même temps, il faut augmenter l’offre de loisirs en proposant davantage de bars, de restaurants…

La future façade de la galerie marchande Gaîté sur l'avenue du Maine, dans le XIVe arrondissement de Paris.
La future façade de la galerie marchande Gaîté sur l'avenue du Maine, dans le XIVe arrondissement de Paris.

Quand avez-vous commencé à travailler concrètement sur les sites de la galerie Gaîté, à Paris, et de la Part-Dieu, à Lyon ?

W. M. : En même temps que nous réfléchissions à l’étude théorique, nous avons été associés à un autre travail prospectif mené par la Ville de Paris sur le quartier de la gare Montparnasse et qui associait Unibail-Rodamco. Nous avions alors esquissé une première idée pour leur centre commercial, et ce travail a abouti à une commande pour sa réhabilitation. Le projet de transformation du centre de la Part-Dieu a, lui, fait l’objet d’un concours international d’architecture que nous avons remporté en 2013.

Ces deux sites datent des années 1970. Mais peut-on comparer leurs difficultés ?

W. M. : Hormis le fait qu’ils appartiennent à une même génération d’équipements, ils sont très différents. Tout d’abord, Lyon Part-Dieu, avec ses 135 000 m², surpasse largement en taille la Gaîté, qui ne représente actuellement que 16 000 m². D’un autre côté, le projet parisien ne concerne pas que le centre commercial, qui fera, à terme 28 000 m² SP. Il est de bien plus vaste ampleur et porte sur une grande mixité de programmes. Les travaux démarrés l’an dernier et qui seront menés jusqu’en 2020 visent aussi à rénover l’hôtel Pullman, logé dans la tour construite par Pierre Dufau, à relocaliser une bibliothèque aujourd’hui en sous-sol, ainsi qu’à réaliser 62 logements sociaux, une crèche et 12 000 m² de bureaux.

Un autre aspect différencie les sites lyonnais et parisien. Idéalement situé entre la gare et la ville historique, Part-Dieu a dès son ouverture, en 1975, tiré parti de l’image forte que lui a donné sa façade de panneaux de béton beige aux motifs de carrés entrelacés. Une génération de Lyonnais a vécu avec cette présence dans la ville, notre projet se devait de s’appuyer sur cette histoire.

En revanche, la galerie Gaîté n’a aucune identité et il fallait lui en inventer une. Nous avons donc imaginé une casbah, faite de volumes empilés. Puis nous avons développé un catalogue de fenêtres de tailles différentes qui permettront d’ouvrir les programmes sur la ville. Elles laisseront entrevoir ce qui se passe à l’intérieur. Dans cet assemblage d’ouvertures, les portes d’accès seront immenses pour rendre le lieu plus perméable. En dessinant à grands pixels cette façade nous espérons donner une échelle plus humaine à la fois à ce lieu et à l’ensemble du site. L’environnement est en effet très abrupt avec cette quasi-autoroute qui passe devant et les bâtiments imposants alentour : la gare, la barre de logements de Jean Dubuisson et, bien sûr, la tour Montparnasse…

« Des nuances de gris »

Au départ, votre projet parisien était une imbrication de cubes de couleurs vives. Pourquoi s’est-il tant assagi ?

W. M. : Quand nous en étions au stade de la première étude, nous avions même imaginé des volumes un peu plus fous, encore plus fragmentés, comme si le bâtiment avait été composé de barres brisées. Par la suite, il nous a fallu prendre en compte les exigences du PLU puis rationaliser cette idée de départ en fonction des contraintes économiques. Puis nous avons dû passer l’étape de l’architecte des bâtiments de France ; je me souviens, que lors de cette réunion, le mot que j’ai le plus entendu a été « non ». Notre interlocuteur a expliqué que Paris avait besoin de calme. Nous avons essayé de négocier sur un large panel de couleurs, que nous réduisions de plus en plus au fil de la discussion. Finalement, nous n’avons réussi à nous accorder que sur des nuances de gris. Cette histoire a pour moi une certaine beauté en ce sens qu’elle raconte ce qu’il est possible de faire aujourd’hui à Paris… ou à Pa(g)ris, plutôt !

Le centre-commercial de la Part-Dieu, à Lyon, tel qu'il apparaîtra en 2020.
Le centre-commercial de la Part-Dieu, à Lyon, tel qu'il apparaîtra en 2020.

A Lyon, votre travail a aussi essentiellement porté sur la conception de la façade…

W. M. : L’intérieur du centre commercial existant a été déjà partiellement rénové. Ce travail ne nous a donc pas été demandé. En revanche, Unibail-Rodamco a souhaité rajouter des pièces au puzzle. A l’issue du chantier de construction qui doit débuter dans trois mois pour s’achever, lui aussi, en 2020, le site aura atteint environ 181 000 m2 de surface de plancher. Il y aura davantage de commerces mais aussi de nouvelles fonctions : un cinéma, des restaurants… Cette fois-ci, pour éviter l’effet collection de volumes et donner une quiétude à l’ensemble de ce très grand site, nous nous sommes concentrés sur une enveloppe unitaire. Nous avons travaillé sur un motif de façade qui reprend le dessin géométrique d’origine. Nous allons répéter ces figures en les faisant comme s’évaporer. De cette façon, nous créerons de grandes échancrures transparentes dans les façades qui permettront, là aussi, de rendre le complexe plus ouvert sur la ville. Cet enchevêtrement du verre et du béton donnera un effet « lever de rideau » au bâtiment.

Un autre aspect essentiel de ce projet lyonnais sera enfin de rendre les toitures accessibles. A l’avenir, d’autres tours viendront entourer le centre commercial. Nous voulions faire de celui-ci une sorte de promontoire,  un lieu d’où l’on peut embrasser le paysage du regard. Nous voulions également créer un parc public dans ce site très urbain. C’est d’ailleurs le paradoxe des centres commerciaux de nouvelle génération : ce sont d’un côté des bâtiments privés et, de l’autre, ils peuvent offrir des espaces libres, des lieux de rencontre dont nous avons besoin. Ce n’était pas le cas auparavant.

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