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« Il faut réfléchir à la fin de vie des matériaux »
Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec - © BRUNO LEVY / LE MONITEUR
Interview

« Il faut réfléchir à la fin de vie des matériaux »

Propos recueillis par Raphaëlle Saint-Pierre |  le 17/01/2019  |  RecyclageDéchets de chantierMatériaux de constructionPaprec

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Le spécialiste du recyclage Paprec se prépare à l'objectif de 70 % de déchets de chantier traités en 2020.

Entretien avec Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec.

 

Le gouvernement souhaite revoir la réglementation relative à la gestion des déchets du bâtiment en 2019.

Quelles règles s'appliquent aujourd'hui ?

La réglementation, issue de la loi de transition énergétique pour la croissance verte, oblige à trier à la source cinq flux : papier/carton, métal, plastique, verre, bois. La notion de diagnostic doit intervenir en amont des chantiers de démolition-construction pour estimer au préalable les quantités de déchets générés. Mais ces diagnostics sont réalisés dans moins de 5 % des cas. La réglementation européenne prévoit de valoriser, dès 2020, 70 % des déchets de chantiers en matière première, secondaire ou énergétique. Sur les 250 millions de tonnes produites par le BTP chaque année en France, la majorité concerne les TP. Sur cette partie, l'objectif sera atteint. L'activité du bâtiment génère 48 millions de tonnes, avec des fractions valorisables : béton, bois, plastiques, fers et métaux, produits d'emballage, équipements électriques, anciennes fenêtres, etc. Environ 40 % sont valorisés. L'objectif des 70 % est accessible si les acteurs se mobilisent pour changer les habitudes sur les chantiers et travailler sur la captation et le tri à la source. De leur côté, les pouvoirs publics ont pris conscience qu'il fallait contrôler l'entrée des décharges de classe 3 (déchets inertes), car à 10 euros la tonne contre 100 euros en classe 2 (déchets industriels banals), elles attirent plus de monde… Avant de créer de nouvelles réglementations, il est possible de progresser en déployant concrètement les règles actuelles.

Quelle est votre stratégie face aux particularités du BTP ?

En Ile-de-France, nous traitons 30 % du marché de la construction-rénovation-démolition, soit 400 000 tonnes par an contre environ 200 000 dans le reste du pays. Pour que les déchets soient mieux valorisés, il faut trier à la source sur le chantier, et que les maîtres d'ouvrage, les maîtres d'œuvre et les entreprises aient une démarche de préparation des étapes de valorisation ultérieure. Nous proposons à nos clients de faire un pré-tri en leur fournissant des contenants dédiés par flux, des bennes de 3, 8, 12 ou 30 m3, des big-bag s et des sacs à gravats. Nous nous occupons de la captation des matières valorisables et nous pouvons aussi garantir que les gravats destinés aux décharges de classe 3 ne contiennent pas de matière pouvant polluer les nappes phréatiques.

« Depuis le scandale de la montagne insalubre, les entreprises se soucient de leurs déchets. »

Qui sont vos clients, les grands groupes ou les PME ?

Les deux. Les grands groupes, comme Eiffage, Bouygues, Vinci, sont très soucieux de la traçabilité de leurs déchets depuis le scandale de la montagne insalubre accumulée sans autorisation ni traitement par LGD Développement il y a huit ans. Nous cherchons aussi à traiter les déchets, plus diffus, des artisans.

Nous avons été les pionniers d'un principe aujourd'hui inscrit dans la réglementation : des déchetteries professionnelles installées directement sur les plates-formes de distribution de matériaux pour éviter les voyages à vide. Nous avons monté ce dispositif en bord de Seine en partenariat avec le négociant Raboni. Cette offre articulée autour des points de passage habituels des artisans pourrait disparaître en cas d'adoption d'une responsabilité élargie du producteur (REP) sans concertation avec les recycleurs. Cela risquerait d'ébranler un marché qui fonctionne et de favoriser de nouveaux dépôts sauvages.

Quels sont vos lieux de recyclage au niveau national ?

Nous avons quatre unités dédiées aux déchets de chantiers, à Gennevilliers et Wissous en région parisienne, à Marseille et à Toulouse, avec des chaînes de tri spécialisées supportant des éléments lourds comme les gravats. Nous n'en développons pas ailleurs tant que le marché est dans l'attente d'une éventuelle REP.

Quelle dynamique observez-vous selon les régions ?

La région Ile-de-France a été leader sur le développement de techniques de valorisation. Ailleurs, des initiatives sont prises par des intercommunalités qui décident de mettre en place un partenariat avec le privé pour monter un réseau de déchetteries professionnelles avec les distributeurs ou les recycleurs.

Comment traitez-vous la question du transport pour ne pas encombrer les routes ?

Dans la capitale, une péniche effectue l'enlèvement sur trois sites : Ivry-Paris 13, Bercy et Paris 15. Un tiers des déchets du BTP que Paprec traite en Ile-de-France passe par la voie d'eau. Dans l'urbain dense, notre objectif est de développer la collecte en fluvial mais, pour cela, il faut créer des lieux de regroupement intermédiaires. Une péniche transporte entre 300 et 500 tonnes de déchets contre 20, au maximum, pour un camion. En parallèle, nous développons une offre de ramassage en big-bag sur les petits chantiers par un camion qui se remplit au fur et à mesure.

Que deviennent les déchets une fois triés ?

Nous possédons des usines mécanisées avec des chaînes de tri dans lesquelles s'opèrent plusieurs étapes de séparation.

D'abord le tri par granulométrie dans un tambour appelé trommel, puis l'évacuation des matériaux volatils comme la laine de roche par soufflerie, la captation électromagnétique du métal par Overband, la séparation des gravats et du bois par flottaison, et enfin un tri manuel. La matière valorisable est expédiée dans d'autres lieux dédiés au recyclage. Le plâtre part dans les usines Placoplatre à Vaujours (Seine-Saint-Denis) et Siniat à Auneuil (Oise), le plastique va dans notre usine de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) où nous en faisons des granulés que nous fournissons ensuite à des entreprises pour fabriquer des tuyaux et raccords à destination du bâtiment. Le bois broyé, dépoussiéré et démétallisé, est destiné à la filière du panneau de particules et à celle du bois énergie pour la production de vapeur d'eau et d'électricité.

Quel regard technique portez-vous sur les matériaux ?

Les panneaux de fibres MDF ou Isorel sont difficilement valorisables. Il faudrait travailler sur leur écoconception. Nous sommes consultés par certains fabricants, mais pas de façon systématique. La Fédération professionnelle des entreprises du recyclage pousse à la création d'un centre technique du recyclage qui pourrait être le référent pour intégrer l'écoconception. La maquette numérique doit également l'inclure. Aujourd'hui, il n'y a pas non plus de solution de recyclage pour les composites. Ce serait une erreur de développer des nouveaux matériaux sans avoir une idée de leur fin de vie. Il faut que cela rentre dans les mœurs.

Comment anticipez-vous les chantiers du Grand Paris ?

Nous apparaissons comme sous-traitant des grandes entreprises du génie civil qui gagnent certains lots.

Pour l'instant, nous devrons traiter environ 20 % des déblais. Il y a de telles contraintes logistiques qu'il faut réfléchir en amont, notamment pour favoriser le transport propre et mettre le moins possible de camions sur les routes.

Pour une gestion plus fine des flux logistiques, nous mettons en place l'application mobile Paprec'N Click qui permet aux chefs de chantier de commander directement une benne ou de demander une modification dans le cadre d'une tournée.

Comment vous projetez-vous dans l'avenir avec les exigences de recyclage accrues ?

C'est une véritable opportunité de développement. Nous pouvons alimenter tout un écosystème créateur d'emplois en France et imaginer de travailler en boucle fermée, comme les tuyaux qui redeviennent des tuyaux. Une des clés du XXIe siècle est de revisiter les modes de fabrication de produits finis en intégrant des parts de plus en plus importantes de matières issues de recyclage. Le parcours du recyclage nécessite beaucoup moins d'énergie qu'une production à partir de la nature, et c'est vrai pour tous les matériaux.

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