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«Il faut organiser durablement l’offre de logement de notre territoire», Michel Cadot, préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris
Michel Cadot, préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris. - © © Hamilton/REA HAMILTON/REA

«Il faut organiser durablement l’offre de logement de notre territoire», Michel Cadot, préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris

Propos recueillis par Nathalie Moutarde (Bureau Ile-de-France du Moniteur) |  le 09/01/2018  |  Paris

Premier bilan des ateliers territoriaux de l’habitat et de l’hébergement, lancés en septembre dernier, adoption du Schéma régional de l’habitat et de l’hébergement (SRHH), politique de l’agrément…Le préfet de région, Michel Cadot, évoque les différents sujets d’actualité dans le secteur du logement francilien.

On n’a jamais autant construit en Ile-de-France depuis 40 ans. En 2017, quelque 100 000 logements ont été autorisés et 83 000 mis en chantier. A quoi tiennent ces bons résultats ?

Michel Cadot: L’évolution est positive depuis cinq ans mais on assiste à une accélération de la construction depuis deux ans. Ces bons résultats sont d’abord le fruit d’une mobilisation de tous les acteurs du secteur. Ils tiennent ensuite à la reprise économique et au lancement des grands projets métropolitains de transport comme le Grand Paris Express qui a suscité autour des gares une anticipation du besoin de construction. La politique d’acquisition en «Vente en l’état futur d’achèvement» (Vefa) des organismes HLM et la loi SRU ont aussi dynamisé la production de logements sociaux: environ 30 000 auront été agréés en 2017. Incontestablement, le contexte économique s’améliore. Il s’agit maintenant de maintenir l’effort sur la durée, d’autant que nous allons rentrer dans la seconde phase du cycle municipal qui traditionnellement se traduit par des mises en projets moins nombreuses.

Comment réussir à maintenir cet effort ?

M.C.: Je ne pense pas que nous puissions réussir une politique du logement si elle n’est pas construite dans un esprit de dialogue avec les élus et notamment les maires et si nous ne partageons pas collectivement l’idée qu’il faut organiser durablement le développement de l’offre de logement de notre territoire à un moment où nous atteignons des limites en termes d’environnement, de qualité de vie, de temps de transport et de capacité du réseau de transport. Nous devons construire une vision collective, politique, au sens de gestion de la cité, des stratégies sur le logement. Le défi est d’avoir un territoire ouvert sur le monde mais qui en même temps soit attractif pour ses habitants. Avec les élus franciliens, nous devons donc parvenir à planifier la production de logements sur plusieurs années. L’enjeu est double. Il faut répondre à une demande extrêmement forte: le délai théorique d’attente pour obtenir un logement social est de huit ans et le nombre de demandeurs atteint les 700 000. Il faut aussi aboutir à une meilleure répartition de l’offre d’habitat sur le territoire francilien tout en évitant l’étalement urbain. Pour organiser la réflexion, j’ai mis en place, en septembre dernier, les ateliers territoriaux de l’habitat et de l’hébergement.

Comment ces ateliers s’articulent-ils avec le Schéma régional de l’habitat et de l’hébergement (SRHH) ?

M.C.: Le SRHH, dont j’ai signé l’arrêté de publication le 19 décembre, définit la stratégie au niveau régional et donne un cadre de coordination et de convergence des politiques de l’habitat. Les ateliers territoriaux sont des lieux de réflexion qui permettent d’échanger, de dégager des pistes d’action sur quelques sujets clés: la maîtrise du foncier, l’équilibre bureaux-logements, les formes de logements à produire ou à remettre sur le marché pour faire face à la demande qu’il s’agisse du logement privé, intermédiaire… ou encore du logement abordable.

De premières pistes d’action se dégagent-elles ?

M.C.: Si l’on prend le sujet du foncier, de nombreuses propositions sont actuellement à l’examen, y compris en termes fiscal et réglementaire. On peut évoquer des mesures visant à simplifier les procédures actuelles, en cas, par exemple, de surélévation d’un bâtiment. Certaines normes pourraient être allégées, par exemple, pour la création de places de parking lors de la transformation d’un immeuble de bureaux en logements implanté à proximité d’une station de métro. Concernant les formes de logements à produire, l’une des difficultés les plus aiguës à laquelle l’Ile-de-France est confrontée est celle du logement abordable. Aujourd’hui, ces logements sont souvent construits dans des zones éloignées où l’on trouve le foncier le moins cher. Il est souhaitable de renforcer leur localisation en première couronne là où des entrepôts, des cités artisanales, de petits logements… pourraient être reconvertis et où il serait possible de développer une certaine mixité des usages.

Certaines propositions seront-elles reprises dans le projet de loi Logement ?

M.C.: Il faut distinguer entre deux types de propositions. L’Ile-de-France étant en tension en matière de logement, certaines solutions préconisées par les ateliers devraient intéresser toutes les régions françaises et pourraient à ce titre être intégrées dans le projet de loi Logement. Le calendrier le permet. Lorsque les ateliers s’achèveront en mars prochain, le projet de loi ne devrait pas être totalement finalisé. Les ateliers formuleront aussi des propositions correspondant aux problématiques particulières du territoire urbanisé francilien en adaptant les règles nationales. Elles feront sans doute l’objet d’une loi spécifique, au moment des choix sur le Grand Paris.

La décision du gouvernement de baisser les APL ne va-t-elle pas freiner la dynamique de production de logements ?

M.C.: Je ne pense pas que cette décision soit de nature à casser la dynamique, car des mesures compensatoires de financement sont actuellement étudiées. Mais c’est un élément de préoccupation. Il va falloir trouver avec les organismes sociaux les solutions permettant de ne pas ralentir une offre de logements indispensable, que ce soit en production neuve ou en rotation dans le parc.

Vous avez évoqué le SRHH. Son adoption est restée bloquée pendant plusieurs mois. Qu’est-ce qui a permis de sortir de cette situation ?

M.C.: Pour être adopté, le SRHH doit être approuvé par le Comité régional de l’habitat et de l’hébergement (CRHH) qui est composé d’élus locaux et d’acteurs du logement et de l’hébergement. Pendant presque un an, le SRHH est resté bloqué car le CRHH n’avait pas donné d’avis favorable sur le volet territorialisation de l’offre de logements au motif que celui-ci avait été insuffisamment concerté et que les objectifs fixés à certains territoires étaient excessifs par rapport à leur capacité de production. Pour régler cette difficulté, nous avons proposé une territorialisation portant sur la seule année 2018 alors que le SRHH est établi pour cinq ans. Pour les quatre années suivantes, nous avons pris l’engagement de revoir éventuellement la règle de territorialisation en fonction d’un certain nombre d’éléments qui pourraient ressortir des ateliers des territoires.

Certains élus franciliens regrettent la lenteur avec laquelle sont actuellement accordés les agréments bureaux…

M.C.: J’ai effectivement souhaité envoyer quelques signaux de plus grande maîtrise de la politique de l’agrément bureaux. Cette décision s’inscrit dans notre volonté de rapprocher davantage les logements des emplois. L’immobilier d’entreprise francilien se porte très bien. Nous assistons à une forte progression du nombre de demandes d’agrément: +20% en 2017 par rapport à 2016 et +60% par rapport à 2015. Les dossiers concernent tous les départements mais se concentrent encore davantage dans certains territoires de l’ouest parisien. Il faut bien sûr continuer à construire les tours de La Défense, c’est une question essentielle d’attractivité internationale mais cela n’interdit pas d’engager une réflexion sur la production de logements à Courbevoie, Puteaux ou dans les communes voisines. Nous nous inscrivons bien dans une démarche de dialogue et d’aboutissement des grands projets de bureaux. Les porteurs de ces projets ne devraient pas hésiter à s’impliquer aussi sur le logement de proximité.

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