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Pour Jean Bergougnoux,« la RT 2012 favorise le gaz ». - © © DR

"Il faut le dire brutalement, la RT 2012 favorise le gaz"

Propos recueillis par Eric Leysens |  le 10/05/2013  |  BergougnouxEquipementRéglementation thermiqueFrance entièreImmobilier

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Ancien directeur général d'EDF, membre du comité d'experts sur la transition énergétique et du Conseil d'analyse stratégique, Jean Bergougnoux est également président d'Equilibre des énergies, association principalement soutenue par les Groupes Atlantic et Muller, industriels du chauffage électrique, et qui milite pour la modification du moteur de calcul de la RT 2012.

Mercredi 24 avril, le Conseil d'Etat a approuvé un recours déposé par le Groupement Interprofessionnel des Fabricants d'Appareils d'Equipement Ménager (Gifam) -  syndicat défendant l'intérêt des fabricants d'appareils thermiques électriques - contre l'arrêté portant approbation de la méthode de calcul de la RT 2102.  Les ministères de l'Ecologie et du Logement ont fait savoir qu'ils considèrent que la décision de l'institution du Palais-Royal repose sur «un motif de forme » et ont annoncé que la méthode de calcul ne sera pas retouchée. Mais, pour Jean Bergougnoux, la décision du Conseil d'Etat offre la possibilité de revenir sur une réglementation qui « favorise le gaz ».

Les ministres du Logement et de l'Ecologie ont publié conjointement un communiqué où ils indiquent qu'ils ne toucheront pas à la méthode de calcul de la RT 2012. Pensez-vous tout de même pourvoir disposer d'une oreille attentive à vos revendications ?

Le Président de la République, en lançant le débat national sur la transition énergétique, a affirmé la priorité qu'il attachait à la réduction des  émissions de gaz à effet de serre. Or, la production d'électricité en France est et restera faiblement émettrice de CO2 ; aujourd'hui, grâce au nucléaire et à  l'hydraulique, demain grâce au développement des  énergies renouvelables.

Le bâtiment qui utilise l'électricité pour la production d'eau chaude et le chauffage des locaux, consommant cette électricité « décarbonée » et contribuant à la régulation du système électrique est le  complément naturel des énergies renouvelables que François Hollande veut voir croitre au sein de notre mix énergétique. Or, chaque fois qu'il y a confrontation directe des solutions électriques avec les solutions gaz, comme c'est le cas, par exemple, dans le logement collectif neuf, la RT2012 avec ses paramètres actuels promeut le gaz au détriment de l'électricité, ce qui ne va pas évidemment dans le bons sens au regard des objectifs de la transition énergétique.

Du côté de l'Elysées, de Matignon et de Bercy, il me semble qu'on ne souhaite pas voir s'accentuer encore le déficit de la balance commerciale en accroissant  l'importation de Gaz.  Et, au ministère de l'Ecologie, on parle beaucoup de SmartGrids pour peaufiner l'adéquation entre offre et demande d'électricité. Jusqu'à nouvel ordre, il n'existe pas de réseaux intelligents de Gaz utiles à cet égard. Quant au Ministre du Redressement productif, il ne devrait pas être ravi de voir nos sites fabriquant des matériels électriques innovants, radiateurs performants, chauffe-eau thermodynamique, pompes à chaleur, fermer.

Pensez-vous qu'il y a, à la Direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages (DHUP), une attitude hostile vis-à-vis de la filière électrique ?

J'ai remarqué que le Député Jean-Yves Le Déaut, Premier Vice-Président de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, a demandé au Directeur de la DHUP d'éclaircir le rôle joué par des salariés du gaz au sein de la DHUP.

Pour notre part, nous nous étonnons qu'il ait fallu batailler pour que les pompes à chaleur double service (assurant le chauffage de l'air et de l'eau) puissent bénéficier d'un titre V – dérogation pour la prise en compte des produits innovants par la RT - alors que les solutions micro-cogénération au gaz sont passées comme une lettre à la poste.

Il existe sans doute des inquiétudes légitimes vis-à-vis de la consommation de pointe (pic de demande électrique vers 19h-20h en jour froid à l'heure où les personnes rentrent du travail et où s'allume l'éclairage). Mais les usages thermiques de l'électricité, chauffage de l'eau et des locaux dans les bâtiments neufs pourront être gérés de manière à lisser ce genre de phénomène.  Nous craignons, par contre  de voir se développer des maisons « faux bois ». Autrement dit, des habitations où sont installés des poêles à bois afin de se conformer aux exigences de la RT 2012 au moindre coût mais qui, par manque de confort thermique, seront complétés, après la livraison, par des chauffages électriques d'appoint.

Dans les logements collectifs, hier les solutions électriques dominaient  largement, aujourd'hui ce sont les solutions au Gaz, ne peut-on pas y voir une mauvaise adaptation des fabricants de pompes à chaleur (PAC) aux nouvelles exigences énergétiques du collectif ?

Les fabricants  de PAC se sont peut-être intéressés un peu tard au collectif. Le chauffage de l'eau via une PAC une solution prometteuse. S'agissant du chauffage des locaux, une PAC coûte cher et les consommations d'électricité pour le chauffage dans un logement très bien isolé sont très faibles. Le temps de retour sur investissement est donc long. C'est pourquoi, le chauffage électrique à effet joule performant d'aujourd'hui, finement régulé et « commandable », présente des avantages qu'il faut considérer.

Nous avons comparé des logements collectifs et des maisons individuelles équipés d'une solution de chauffage individuelle au gaz à condensation, respectant la RT 2012, avec d'autres disposants d'un chauffage à effet joule et chauffe-eau thermodynamique et dont le coût d'investissement global (enveloppe et équipements) est identique. Les simulations nous montrent que, bien que la solution électrique ne permette pas de respecter la RT 2012, elle engendre un coût de fonctionnement nettement plus faible (ramonage et abonnements de gaz pris en compte) et un niveau global d'émissions de  CO2 considérablement   plus bas.

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