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« Il existe des solutions agiles et sobres en investissement pour favoriser le transport multimodal », André Broto, Association mondiale de la route
André Broto est membre de l'Association mondiale de la route (AIPCR) et expert mobilités au sein de Vinci autoroutes. - © © ALOHAFRED

« Il existe des solutions agiles et sobres en investissement pour favoriser le transport multimodal », André Broto, Association mondiale de la route

Propos recueillis par Jessica Ibelaïdene |  le 12/12/2017  |  EntreprisesTransports mécaniques

Les Assises de la mobilité se clôturent ce 13 décembre, avec la remise des rapports des différents ateliers. Parmi eux, l’un était spécifiquement dédié à une « mobilité plus intermodale ». Ses conclusions doivent permettre de nourrir les réflexions pour améliorer les offres de services et les besoins nécessaires en termes d’aménagement. Certains disent qu'elles tiendront une bonne place dans la future loi sur les mobilités, présentée au premier semestre 2018. Ce qui ne serait par pour déplaire à André Broto, expert en mobilité chez Vinci autoroutes et membre de l’Association mondiale de la route (AIPCR), qui estime qu'il est urgent d'agir en faveur de la multimodalité, pour lutter contre « la ségrégation spatiale » actuelle.

Pourquoi la question de l’intermodalité est-elle devenue un enjeu majeur pour les villes ?

André Broto : Nous partons trop souvent des solutions et non des besoins en termes de transports. Ce qui a mené, après le Grenelle de l’environnement, à mettre l’accent sur les transports en commun en site propre dans les villes, la rénovation des TER, la construction de nouvelles lignes à grande vitesse. Or, les problèmes autour de la mobilité du quotidien nous rattrapent, et il est nécessaire de changer de logique.

Des données de l’Insee montrent que sur 26 millions d’actifs, près de 17 millions ont un emploi en dehors de la commune où ils résident. Un chiffre qui augmente d’année en année. Parmi eux, 13 millions utilisent leur véhicule, et 8 millions parcourent plus de 15 km pour se rendre au travail. En Ile-de-France, 55% des personnes y vont en voiture (une part qui monte à 92% dans le reste du territoire), 45% prennent les transports en commun. Les actifs s’éloignent des villes-centres, or les systèmes de transports ont été conçus à l’échelle de la ville ou pour les longues distances. Il existe une zone orpheline, sans TER et sans autre solution que la route, à quelques dizaines de kilomètres autour des villes-centre. La ségrégation spatiale s’est invitée sur le territoire.

Comment peut-on remédier à ce problème et mettre en place une politique intermodale efficace ?

A.B. : Il y a deux catégories de flux à prendre en compte. Pour les déplacements d’un territoire rural vers un autre, nous avons peu de chances de parvenir à massifier les flux. La solution est la route, avec le covoiturage par exemple. A l’inverse, d’un territoire rural vers les grandes villes, il est possible de massifier ces flux. Par exemple avec des lignes de cars qui s’arrêtent peu, prennent l’autoroute et mènent à une gare. Il faut alors faire en sorte que les grands réseaux routiers et ferroviaires soient raccordés, créer un enchaînement fluide d’un mode de transport à un autre grâce à des pôles multimodaux performants. Imaginer comment relier un réseau de transport en commun en site propre aux autoroutes ou voies rapides qui desservent la périphérie.

Existe-t-il des solutions de ce genre en France ou à l’étranger?

A.B. : Cela existe assez peu en France, contrairement à l’Amérique latine ou, plus proche de nous, à Madrid, qui compte 350 lignes de ce genre. Là-bas, les usagers n’ont aucune déperdition de temps grâce aux pôles multimodaux qui mettent à disposition les lignes de bus urbaines en surface, celles d’autocars eu niveau -1, et les trains ou métro en souterrain.

En région parisienne, il est possible d’imaginer la mise en place de pôles autour de certaines gares actuelles de RER, car beaucoup de stations se trouvent à proximité de voies rapides. Il existe une ligne de car au départ de Dourdan, à 50 km de Paris, avec un arrêt à Briis-sous-Forges, pour aller vers la gare de RER de Massy en empruntant l’autoroute. Un car part toutes les 5 minutes, 2600 personnes utilisent cette ligne qui roule sur une voie dédiée sur l’autoroute A10 pour parcourir les derniers kilomètres (inaugurée il y a quelques semaines). C’est une bonne solution pour désencombrer l’autoroute et pour l’environnement. Bordeaux aussi étudie la possibilité de mettre en place des lignes de cars qui parcourent 30 ou 40 km, avec 3 ou 4 arrêts maximum, pour rejoindre les trams et bus urbains.

Quels investissements seront nécessaires pour y parvenir ?

A.B. : Le niveau d’investissement est faible car les infrastructures existent déjà. Il faut acquérir un peu de foncier pour construire des parkings en milieu rural, au niveau des arrêts. On peut mettre en place rapidement et à moindre frais une voie spécifique, comme sur l’A10, et permettre à ceux qui font du covoiturage d’emprunter ces zones réservées (mais il faut, dans ce cas, faire évoluer le code de la route). Il est aussi nécessaire d’aménager les gares routières pour ne pas faire perdre de temps aux usagers. Mais ce ne sont pas de gros travaux. Ce sont des solutions sobres en investissements, agiles, rapides à mettre en place et polyvalentes.

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