« Mille logements locatifs sociaux sont produits par an à Marseille. Il en faudrait au moins trois mille », Patrick Amico, mairie de Marseille
Patrick Amico, adjoint à la Maire de Marseille en charge de la politique du logement et de la lutte contre l’habitat indigne. - © Ville de Marseille / Ange Lorente
Interview

« Mille logements locatifs sociaux sont produits par an à Marseille. Il en faudrait au moins trois mille », Patrick Amico, mairie de Marseille

Propos recueillis par Christiane Wanaverbecq (Bureau de Marseille du Moniteur) |  le 05/11/2020  |  Bouches-du-RhôneMarseilleHabitat insalubreHabitat insalubre à MarseilleLogement social

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Alors qu’un hommage vient d’être rendu aux huit personnes disparues lors de l’effondrement de deux immeubles dans une rue du centre-ville de Marseille, le 5 novembre 2018, Patrick Amico, le nouvel adjoint en charge de la politique du logement et de la lutte contre l’habitat indigne à la Ville de Marseille, présente les orientations de la politique municipale. La priorité demeure la lutte contre l’habitat indigne mais aussi une production adaptée du logement social.

Ce 5 novembre 2020, jour anniversaire de l’effondrement de deux immeubles, intervenu deux ans plus tôt dans la rue d’Aubagne au centre-ville de Marseille, vous avez rendu hommage aux huit victimes. Que comptez-vous faire de cette rue devenue un symbole de l’habitat dégradé ?

Ma priorité est de « re-banaliser » le quartier de Noailles, c’est-à-dire de le faire entrer dans la normalité. Cela passe par un dialogue dépassionné avec les habitants, les associations et les collectifs nés au lendemain du drame, pour construire un projet. Cela passe par un devoir de mémoire, d’où l’importance de la commémoration, et des gestes symboliques comme enlever une partie des barrières installées dans la rue d’Aubagne depuis le 5 novembre 2018. Un dernier acte a été la confirmation que nous ne démolirions pas, pour le moment, les immeubles pour lesquels la municipalité précédente avait pris des arrêtés de péril.

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Le 3 novembre, Audrey Gatian, la présidente de la SEM Marseille Habitat, a annoncé avoir été entendue par le juge d’instruction en charge de l’enquête pour déterminer les causes de l’effondrement des immeubles. Quelle est votre position ?

L’enquête menée par la justice sur cette affaire a donné lieu à des expertises. Il ne nous appartient pas de commenter la décision de justice, qui est celle de la mise en examen de Marseille Habitat, pas plus que ses fondements.

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« En 2015, le rapport Nicol a donné des premières estimations comptant 40 000 logements indignes à Marseille soit une part de 9,5 % en France »

Votre mouvement le Printemps marseillais est né avant le drame de la rue d’Aubagne. Il s’est ensuite construit autour de la problématique de l’habitat indigne...

En effet. Notre mouvement a vraiment pris corps après le drame de la rue d’Aubagne car c’était, hélas, un élément fédérateur qui a confirmé à tout le monde l’urgence d’un travail collectif et d’une approche globale.
En 2015, le rapport Nicol a donné des premières estimations comptant 40 000 logements indignes à Marseille soit une part de 9,5 % en France. Nous n’avons rien découvert. De plus, la dynamique lancée depuis le drame de la rue d’Aubagne par la Métropole Aix-Marseille-Provence avec l’ancienne municipalité et l’Etat est un cadre dans lequel on va s’inscrire. Il va y avoir bien sûr des adaptations, des recentrages, des repositionnements.

Quels seront-ils ?

Il faut corriger une situation caractérisée par un fort déficit de logement très social, de type PLAI, mais aussi un manque d’hébergement d’urgence. Le parcours résidentiel est bloqué partout faute de structures d’hébergement à la hauteur et en raison d’un logement social insuffisant et très mal réparti. Cela se manifeste par un taux de rotation très faible dans le parc social : 4 % en moyenne à Marseille contre 9 à 10 % sur le plan national. Cela s’explique non pas parce que les gens ne veulent pas bouger, mais parce qu’ils n’en ont pas la possibilité. Par ailleurs, le marché d’accession à la propriété se caractérise par de grands écarts de prix dans le neuf comme dans l’ancien. Dans les quartiers sud, il dépasse les 5 000 euros/m2. Ailleurs nous observons l’existence de petits marchés d’accession ou du logement dégradé, ce parc privé jouant le rôle de parc social de fait.

Vous deviez présenter, le 9 novembre, en conseil municipal, les orientations de votre politique en matière d’habitat. La pandémie a conduit la maire à le reporter. Pouvez-vous nous en présenter les grandes lignes ?

A ce jour, 1 000 logements locatifs sociaux sont produits en moyenne par an à Marseille. Il en faudrait au moins 3 000. Nous souhaitons en faire plus, mais différemment et partout. Cela implique de rééquilibrer l’offre. Dans les derniers permis de construire reçus, nous observons un grand nombre de PLS et de plus en plus de logements locatifs intermédiaires. En revanche, la part des PLUS ou des PLAI, là où le besoin est le plus fort, est en baisse. Cette situation a d’ailleurs conduit la préfecture à lancer une enquête pour comprendre la carence.
Par ailleurs, des arrondissements comptent plus de 40 % de logements locatifs sociaux, d’autres 4 %. Il s’agit de garantir une bonne répartition géographique sur le territoire.

« Nous allons revoir tous les process de production du logement social avec, comme maître mot, la transparence»

Comment allez-vous procéder ?

Nous allons revoir tous les process de production du logement social à la fois dans l’attribution et la construction avec, comme maître mot, la transparence. Nous allons pour cela redéfinir les modalités de priorité d’affectation et demander des comptes rendus réguliers.
Des dispositifs prévus par la loi Elan vont se mettre en place en 2021, notamment celui de la gestion en flux. Cela va nécessiter des adaptations lourdes et des outils dont ne disposent pas nécessairement les bailleurs sociaux. C’est la même discussion avec la cotation. On nous oppose souvent Rennes qui s’est vite emparée de l’outil. Or, ce type de ville ne connaît pas la même pression en termes de demande de logement social que Lyon, Marseille ou Paris. Cependant, je vais essayer de promouvoir au sein de la Ville les dispositifs de cotation, ceux d’anonymisation des dossiers et la publicité des commissions ouvertes.

Etes-vous satisfait du PLUI ?

Nous souhaitons sa révision. Adopté en 2019 par la Métropole Aix-Marseille, il impose des servitudes de mixité sociale à partir de 80 logements. Nous préconisons de l’imposer à partir de 20 logements. Nous militons aussi pour une densification de la ville. Dans les quartiers sud, les plus cossus de la ville, nous avons vu apparaître des permis de construire pour des résidences à 79 logements alors que la constructibilité du terrain permettait d’aller jusqu’à 120.
Nous allons engager les discussions avec les promoteurs et en fonction des sites, de l’environnement, du marché, nous allons voir ensemble comment nous pouvons intégrer une part sociale dans leurs opérations. Nous avons pu avancer sur certains dossiers car il existe à Marseille la conviction, largement partagée, que la situation ne peut pas persister telle qu’elle est.

Quelle est la situation ?

Elle se caractérise par un manque de logements abordables, des prix qui explosent dans certains secteurs, des problématiques de foncier qui ne se résolvent pas, et un centre-ville dans une situation apocalyptique révélée par le drame de la rue d’Aubagne.
Sur ce dernier sujet, depuis une vingtaine d’années, les dispositifs d’intervention dans le centre-ville n’ont pas manqué : opération de restauration immobilière, Opah, Projet Grand Centre-ville, etc. Mais fort est de constater que la volonté de les faire aboutir a manqué. La GOU, le PPA, la SPLA-In, mis en place suite à l’effondrement de la rue d’Aubagne, ainsi que les concessions d’Urbanis et de Marseille Habitat pour racheter les immeubles en centre-ville, le plan de copropriétés dégradées, devraient porter leurs fruits. Mais il faut se hâter et être plus volontariste.

« Les financements ne sont pas un obstacle. Ils existent. Il suffit de les mobiliser »

Comment ?

Renforcer les moyens, réorganiser les services, respecter les procédures, faire monter en puissance les travaux d’office, mobiliser les crédits existants, tels ceux de l’Anah, porter aide et assistance aux propriétaires, etc. voilà, en quelques mots, les axes de notre politique en matière de lutte contre l’habitat indigne. Les financements ne sont pas un obstacle. Ils existent. Il suffit de les mobiliser. C’est sur quoi nous allons travailler.
Suite au drame de la rue d’Aubagne, la Ville a réorganisé en 2019 les services municipaux avec la création de la direction de la Prévention et de la Gestion des risques. Celle-ci gère, notamment, les arrêtés de péril et l’insalubrité. Elle emploie aujourd’hui 130 personnes, dont 100 affectées au logement. L’effectif devrait monter à 200 au global. Il faut ensuite repenser les mesures d’urgence.

Qu’entendez-vous par là ?

Les processus de relogement sont à repenser, non pas pour les réduire mais parce que la Ville de Marseille est confrontée à des besoins criants de logements d’accueil transitoires. Aujourd’hui, on a un volant de 400 logements d’urgence disponibles. Si on en avait 150 de plus, ce serait bien. Suite aux arrêtés de périls, près de 400 personnes vivent encore dans les hôtels ou les appart’hôtels(1). Mais le logement social ne doit pas être la seule réponse à la problématique et surtout n’a pas vocation à être une solution pérenne. La logique veut que la personne délogée occupe de façon provisoire un logement HLM ou privé, et réintègre, une fois celui-ci mis en sécurité, son appartement d’origine. C’est là que le bât blesse. Nous avons tout à repenser. Par exemple, le parc privé est très peu sollicité avec une part de 20 % maximum. Et la situation est d’autant plus complexe que la production de logements sociaux ne répond pas à la demande.

La SPLA-In qui mettra en œuvre le PPA du centre-ville de Marseille a été officiellement créée en juin 2020. Elle n’est toujours opérationnelle. Quels sont les freins alors qu’il y a urgence ?

Nous ne sommes pas maîtres du temps en la matière. La métropole et l’Etat détiennent la majorité des parts. On attend toujours que la fumée blanche sorte pour savoir qui seront le directeur général et le président de la future structure.

(1) Au 19 octobre, la Ville de Marseille avait effectué 3 266 visites de sécurité qui ont mené à 486 évacuations et à 450 arrêtés de péril. Sur les 4 400 personnes délogées, 390 personnes vivent dans des hôtels (23) ou des appart’hôtels (367) et 1 100 personnes ont été relogées.

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