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Il était une fois la reconquête végétale de Troyes
La réouverture d'un canal de la Seine a transformé l'ambiance urbaine au début de la décennie 2010 - © © ville de Troyes

Il était une fois la reconquête végétale de Troyes

Laurent miguet |  le 08/12/2017  |  ArchitectureAménagementAubeFrance entière

Spontané en entrée de ville, ordonné dans le centre ancien, le végétal accompagne la métamorphose de Troyes. Ces deux faces du fleurissement urbain dessinent un modèle, comme l’ont constaté les 350 participants aux 15èmes assises des villes et villages fleuris de France réunies dans le chef-lieu de l’Aube, les 30 novembre et 1er décembre.

Inauguré fin novembre, le parvis de la cathédrale flamboyante marque une nouvelle étape dans le recul de l’emprise automobile à Troyes. Comme souvent, la ville a choisi la maîtrise d’œuvre en régie directe. « Le calepinage traversant identifie l’espace comme une liaison entre le musée d’art moderne, aménagé dans l’évêché, et le musée des beaux-arts », explique Samuel Boussu, chargé des espaces paysagers. Dans l’ensemble du centre de la ville champenoise dont le périmètre, par un miraculeux hasard, dessine un bouchon de champagne, les services municipaux déroulent depuis 20 ans les orientations du schéma directeur proposé par Jean-Michel Wilmotte. Le calcaire de Comblanchien en constitue l’une des signatures minérales, dans des espaces ponctués par un mobilier urbain gris anthracite. Le choix initial du buis, comme colonne vertébrale verte, nécessite aujourd’hui des adaptations : la ville teste des espèces plus résistantes aux ravageurs, comme le houx crénelé, le chèvrefeuille ou le troène à pousse lente.

Thérapeutique

La faible surface de verdure, dans le centre historique, a stimulé la volonté des élus et l’imagination des techniciens et ingénieurs territoriaux : en écho au musée de l’apothicairerie sur le parvis de l’hôtel Dieu construit du XIIème au XVIIIème siècle, Roger Duval, ancien directeur des espaces verts, a conçu et mis en oeuvre en 2009 le jardin thérapeutique quadrillé par des plessis en châtaigner. La rénovation de 2016 n’a pas dérogé aux prescriptions de réversibilité dictées par le classement du pavage au titre des monuments historiques. « La mise en place d’une structure en treillis soudé renforcera la résistance des bacs, ce qui allégera les travaux lors de la prochaine rénovation, dans 7 ans », précise Samuel Bossu.

Roger Duval, ancien directeur des espaces verts de Troyes, a dessiné le jardin thérapeutique de l'hôtel Dieu, réalisé en 2009.
Roger Duval, ancien directeur des espaces verts de Troyes, a dessiné le jardin thérapeutique de l'hôtel Dieu, réalisé en 2009.

Médiéval

Les plessis de châtaigner se retrouvent dans les vitraux de l’église Sainte-Madeleine et dans son « jardin des innocents », d’inspiration médiévale, signé par le même jardinier avec des floraisons où domine le blanc, couleur de l’innocence. En mai dernier, la ville a ouvert le jardin Renaissance de l’hôtel Juvenal des Ursins (1526) : sur d’anciens déblais et remblais, Cécile Gagnepain, architecte municipale, a ordonnancé le dialogue entre les broderies de troène à pousse lente et les carrés potagers. Tous ces aménagements récents prolongent et amplifient le choc paysager des années 2009 2011 : sous maîtrise d’œuvre de TN Plus (Bruno Talant), la ville a pulvérisé la chape de béton qui cachait le canal. Les quais forment une promenade jalonnée de sculptures et de parterres, où se séparent le corps et la tête du bouchon de champagne.

Spontané

A l’horticulture soignée des jardins centraux, s’oppose l’aménagement minimaliste engagé en 2009 et en voie d’achèvement, sur les 15 hectares du parc du Moulin, dont 10 rachetés à la famille Marot, exploitant historique des deux anciens moulins, au nord de Troyes. « Pour répondre à la forte demande de végétal exprimée par les troyens lors du lancement de l’Agenda 21, la ville a renoncé à l’opération immobilière initialement prévue », explique Marc Bret, adjoint au maire chargé du cadre de vie et du développement durable. La maison des maraîchers, inaugurée le 17 novembre, renforce l’identité des deux hectares confiés aux associations de jardinage, dans un domaine conçu comme vecteur de lien social, comme en témoigne son aménagement par des entreprises d’insertion. Sur les anciens remblais entreposés par des entreprises locales qui avaient anticipé l’urbanisation du site, une plaine de jeu prendra forme en 2018. L’année suivante, l’ancienne maison de maître d’Etienne Marot aura trouvé sa vocation de maison des loisirs, après sa réhabilitation conduite par Pierre Saab.

Populaire

« Sans contrainte de délais, nous aménageons le site par petites touches et en fonction de l’observation des usages », explique Yoann Maugard, chargé de projets urbanisme et aménagement. Fin juin, les  quelque 5000 personnes qui se rassemblent à la fête des Moulins plébiscitent la démarche municipale. L’écoute des riverains se conjugue avec celle de la nature : les travaux n’ont guère touché aux boisements qui ont colonisé la friche, pendant sa décennie de déshérence. Des platelages sinueux permettent de marcher à pied sec dans la forêt marécageuse, et le tracé des autres cheminements a consolidé les pratiques spontanées des usagers. L’aménagement minimaliste inspire l’autre projet urbain en cours de démarrage au sud-est de Troyes : le futur écoquartier mettra en valeur les rives de Seine, sur les emprises d’un lotissement des années 70 aujourd’hui regardé comme l’expression de l’étalement urbain.

Trait d’union entre les jardins patrimoniaux du centre et les foyers de biodiversité en périphérie, la Seine poursuit sa reconquête urbaine. Avant noël, Troyes désignera l’assistant à maître d’ouvrage qui l’aidera à programmer le réaménagement de deux km de rives, pour écrire les prochains chapitres de son conte écologique et urbain.

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