En direct

Ieoh Ming Pei, homme de l’harmonie et des formes pures
L'architecte américain Ieoh Ming Pei est décédé (1917 - 2019). - © © UIA
Disparition

Ieoh Ming Pei, homme de l’harmonie et des formes pures

Marie-Douce Albert |  le 17/05/2019  |  Ieoh Ming PeïPritzker PrizeMuséeProfessionParis

Ma newsletter personnalisée

Ajouter ce(s) thème(s) à ma newsletter personnalisée

Ieoh Ming Peï
Pritzker Prize
Musée
Architecture
Profession
Paris
Amériques
Asie
Vie du BTP
Valider

L’architecte américain, né en Chine en 1917 est décédé le 16 mai à l’âge de 102 ans. Aussi attentif au respect de l’esprit des lieux qu’il était pragmatique, Ieoh Ming Pei s’était fait reconnaître pour ses constructions aux géométries simples et puissantes. En France, l’architecte a surtout été l’auteur du projet du Grand Louvre et de sa pyramide qui, pour beaucoup, restera « la pyramide de Pei ».

La pyramide du Louvre a surgi dans le tumulte d’une de ces batailles que la France affectionne quand il est question de grands projets. Ce Hernani architectural des années 1980 a vu les uns hurler au fait du prince et au patrimoine défiguré quand les autres vantaient la modernité, le tout attisé par de bien plus triviales rivalités politiques. Mais s’il est une personne que l’on a pu difficilement soupçonner d’avoir voulu telle polémique, c’était sans doute son architecte, l’Américain Ieoh Ming Pei. De l’auteur du projet du Grand Louvre, décédé le 16 mai à New York à l’âge de 102 ans, on a en effet souvent loué la diplomatie et la patience. Et l’homme qui, derrière ses lunettes rondes, semblait ne jamais se départir de son grand sourire, reconnaissait accorder une grande importance à l’harmonie. « C’est sans doute mon côté chinois », ajoutait-il.

Sur le même sujet La pyramide du Louvre, 25 ans après


En effet, Ieoh Ming Pei était né à Canton, le 26 avril 1917. Et bien né : les Pei étaient une vieille famille de Suzhou, exquise petite ville avec ses canaux et ses jardins et parfaite traduction de l’union entre la nature et l’homme. Mais Ieoh Ming Pei a surtout grandi à Hong Kong puis à Shanghai, où son père menait une brillante carrière de banquier. A l’âge de 17 ans, il est parti étudier aux Etats-Unis et en 1940, est sorti diplômé en architecture du MIT (Massachusetts Institute of Technology). Il fut ensuite de cette génération de jeunes architectes à recevoir les enseignements de Walter Gropius, à Harvard. Mais Pei ne se considéra jamais comme un « disciple » du père du Bauhaus. « Ses théories n’ont jamais touché ma corde sensible », remarqua-t-il plus tard, avouant une plus grande admiration pour Mies van der Rohe. Après cela, le jeune Pei avait envisagé de rentrer en Chine, « mais le pays était en guerre. Mon père m’a dit de rester ». Il a alors participé à l’effort de guerre américain en devenant volontaire pour le Comité de recherche de défense nationale. En 1954, Ieoh Ming Pei était naturalisé Américain.

« Un art pragmatique »


Six années plus tôt, l’architecte avait rejoint la société de promotion immobilière Webb & Knapp, en tant que directeur de l’architecture. A force de se frotter à de grands projets urbains et architecturaux, Pei y avait acquis « sens du travail en équipe, réalisme, respect des contingences techniques et financières », estime le critique François Chaslin, dans sa notice de l’Encyclopedia Universalis. Bien des années plus tard, alors qu’il recevait le prix Pritzker, Pei a lui-même estimé que « l’architecture est un art pragmatique. [Elle] doit être fondée sur la nécessité. Pour moi la liberté d’expression consiste à évoluer entre les limites que je fixe pour chacun de mes projets ».
Une conviction qu’il a mise en pratique pour son propre compte dès 1955, quand il a fondé la firme Pei & Associates avec Henry Cobb et Eason Leonard, une société qui depuis 1989 porte le nom de Pei Cobb Freed & Partners.  La production de l’agence a classé Ieoh Ming Pei parmi la nouvelle génération des architectes modernes. Surtout, des réalisations comme l’Everson Museum of Art de Syracuse, en 1968, ou l’aile est de la National Gallery de Washington, dix ans plus tard, ont révélé son goût pour les volumes géométriques puissants et son sens de l’épure. Plus tard, l’architecte devait noter : « Pourquoi utiliser deux traits quand un seul suffit ? » Et de citer Lao Tseu, le sage taoïste, « qui éliminait les mots jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’essentiel. Je cherche moi aussi à simplifier. » Son côté chinois, encore.

Invité par François Mitterrand


D’ailleurs Pei n’a jamais rompu avec ses racines et il a réalisé divers projets dans son pays natal, ainsi qu’à Taiwan et à Hong Kong. Ainsi, dans cette dernière ville, il livrait en 1989 la tour de la Bank of China. Et un de ses tout derniers projets fut pour le berceau familial, Suzhou, où il dessina le musée d’arts anciens inauguré en 2006. Par ailleurs, il créa une bourse pour les jeunes Chinois souhaitant venir étudier l’architecture aux Etats-Unis. Il y consacra les 100 000 dollars de la prime qu’il avait obtenue avec son prix Pritzker en 1983.
C’est en cette même année 1983 qu’était arrivée la fameuse invitation lancée par le Président de la république française, François Mitterrand en personne, pour transformer le prestigieux mais alors très vieillot musée du Louvre. Le nom de Pei était déjà un peu connu, notamment parce qu’il avait rendu une esquisse - un peu trop ? - monumentale pour le projet Tête-Défense en 1971. La commande présidentielle n’en a pas moins surpris l’architecte. La proposition de François Mitterrand était formidable et le défi, terrible. D’ailleurs, Pei n’a pas accepté tout de suite. Après plusieurs mois de réflexion, il était surtout persuadé qu’on ne pouvait pas bousculer la vénérable institution et a proposé de mener l’essentiel des aménagements en sous-sol, en creusant sous la cour Napoléon. On était loin de l’outrage et de la provocation. Mais il y avait aussi cette idée de nouvelle entrée du musée. Pour l’abriter, Pei avait sorti une pyramide de sa poche. Littéralement. Alors qu’il présentait son projet, on raconte que l’architecte avait fait apparaître un morceau de verre qu’il avait posé au milieu de la maquette.

Sur le même sujet Sous la pyramide du Louvre, le public retrouve le sens de la visite


Alors que l’opinion se déchirait, Pei estimait que cette forme était pourtant « la plus compatible » avec l’ancien palais. Et à ceux qui l’interrogeaient sur la pertinence de cette silhouette héritée de l’Egypte antique dans le Paris historique, il rétorquait, toujours souriant, que les monuments de pierre égyptiens étaient faits pour abriter les morts alors que son bâtiment de verre et de métal, tout en transparence, allait accueillir la vie dans Le Louvre. La suite devait lui donner raison. La « pyramide de Pei », comme il était devenu coutume d’appeler l’édifice inauguré en mars 1989, allait même être victime de son succès. Pensés pour recevoir trois millions de visiteurs, les espaces conçus par l’architecte américain ont fini par en accueillir le triple. En juillet 2016, les lieux étaient dont de nouveau inaugurés après avoir été réaménagés par l’agence française Search mais non sans avoir d’abord obtenu l’accord de Ieoh Ming Pei. Officiellement, même s’il avait continué à livrer des projets jusque dans les années 2000, l’architecte avait, lui, pris sa retraite en 1990.

1917 Ieoh Ming Pei naît le 26 avril à Canton (Chine).

1935 – il part étudier l’architecture aux Etats-Unis.

1954 - Il est naturalisé Américain.

1955  - Il fonde I. M. Pei & Associates avec Henry N. Cobb et Eason H. Leonard.

1983 - Il reçoit le Prix Pritzker et est élu membre associé étranger de l’académie des Beaux-Arts en France.

1989 – La pyramide du Louvre est inaugurée à Paris. Il reçoit le Praemium Imperiale.

1990 – Pei se retire de l’agence Pei Cobb Freed & Partners.

2006 – Achèvement du musée de Suzhou, en Chine, et du Mudam (musée d’art moderne) de Luxembourg

2008 – Ouverture du musée d’Arts islamiques de Doha.

2010 -  Il reçoit la Royal Gold Medal d’or du RIBA (Royal Institute of British Architects)

Commentaires

Ieoh Ming Pei, homme de l’harmonie et des formes pures

Votre e-mail ne sera pas publié

ehmoi02

17/05/2019 11h:26

un sage parmi les grands , une architecture simple mais symbolique, merci de nous avoir communiqué votre savoir, vous avez été notre maître...que votre architecture reste à travers les temps. Bernard Barroo

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur Le Moniteur boutique

Éclairage des espaces extérieurs

Éclairage des espaces extérieurs

Date de parution : 05/2019

Voir

L'assurance construction

L'assurance construction

Date de parution : 04/2019

Voir

La concession d'aménagement et ses alternatives

La concession d'aménagement et ses alternatives

Date de parution : 04/2019

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur