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Hong Kong De nouveaux projets se dessinent

LAURENCE BAGOT |  le 28/03/1997  |  InternationalLogementTransportsCollectivités localesImmobilier

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-Après les grandes infrastructures de TP et l'inauguration en 1998 de l'aéroport Chek Lap Kok, la Chine donnera la priorité au bâtiment. -Un boom de l'immobilier tertiaire a déjà démarré et 800 000 mises en chantier de logements sont prévues à l'horizon 2006.

A Hongkong, l'échéance du 1er juillet 1997, date à laquelle la colonie britannique repassera sous le giron chinois, n'effraie guère les entreprises françaises du BTP. Comme la plupart des filiales de groupes hexagonaux, qui opèrent à Hongkong, elles se montrent même plutôt optimistes sur les conséquences du changement de souveraineté, même si beaucoup redoutent l'apparition d'une corruption, pour l'instant inexistante, et une plus grande opacité dans la vie des affaires. Si ces craintes s'avèrent fondées, voilà qui pourrait mettre quelques obstacles dans la transparence de la passation des marchés et perturber tout le gotha international du BTP présent sur le territoire.

Le trou noir après 1998?

Pour l'heure, tous ces géants de la construction ont un souci en tête : la date fatidique de 1998 qui pourrait marquer la fin d'une époque bénie, au moment de l'ouverture du nouvel aéroport de la ville, baptisé Chek Lap Kok (l'inauguration est prévue en avril 1998 sur l'île de Lantau). Commencés en décembre 1992, les travaux auront englouti au total 110 milliards de francs d'investissements. Un tel budget place Chek Lap Kok au rang du premier chantier de génie civil du monde. Et il représente, en gros, un quart de ce que la France investit chaque année en infrastructures.

Les entreprise françaises (Dragages et TP, Bachy, Soletanche, VSL, Campenon Bernard SGE...) ont remporté près de 6 % du total des contrats. Pas directement impliquées sur le chantier de l'aérogare (Dragages, filiale de Bouygues, avait soumissionné en partenariat avec Gamon, mais n'a pas été retenu), elles ont surtout participé à l'ensemble des infrastructures annexes : Campenon Bernard SGE, par exemple, a réalisé avec l'allemand Franki le viaduc à huit voies de Kwai Chung (inauguré en février), VSL a construit les pylônes du pont de Tsing Ma, l'un des plus longs ponts suspendus du monde. Et Dragages est en train de bâtir le siège social et les cuisines de la compagnies aérienne de Hongkong, Cathay Pacific.

« La construction de cet aéroport a placé le marché de Hongkong dans une situation tout à fait exceptionnelle, fait remarquer Jean-Philippe Trin, aujourd'hui directeur général adjoint de VSL, après avoir passé plusieurs années en poste à Hongkong. Chek Lap Kok était une véritable manne ! » D'où la question qui pointe aujourd'hui sur toutes les lèvres : l'après 1998 va-t-il être un trou noir ? Cette incertitude est d'autant plus redoutée que la compétition s'est accélérée à Hongkong depuis 1992. « Chek Lap Kok a évidemment attiré ici tous les grands noms mondiaux du BTP, mais aussi des entreprises chinoises, auparavant inconnues, qui ont massivement investi dans du matériel », assène un observateur averti. Résultat : les marges ont fondu. Celles de Dragages et TP (Bouygues sont « faibles », selon son directeur général, Gérald Mille, qui tient cependant à préciser que le risque Hongkong est cependant « peu élevé ». Celles de VSL sont « légèrement positives », d'après Jean-Philippe Trin. A l'instar de Campenon Bernard SGE, certaines entreprises ont même perdu de l'argent sur des chantiers. Une compétition qui ne devrait pas ralentir, car aujourd'hui les équipes et le matériel sont sur place, il faut donc les rentabiliser.

Du génie civil au bâtiment

Les perspectives, en réalité, sont beaucoup moins catastrophiques que ce que l'on pourrait imaginer. « Le BTP à Hongkong a toujours vécu par cycle de quatre ans, témoigne Martin Pratt, directeur général de Bachy/Soletanche à Hongkong. Il y a eu les travaux du métro dans les années 80, puis un creux en 1986-1987. Un boom de l'immobilier a suivi. Nouveau ralentissement en 1991-1992. Et enfin l'aéroport. » Selon cet Anglais qui dirige 700 personnes et a réalisé près d'un milliard de francs de chiffre d'affaires en 1996, « la situation va juste redevenir normale pour quelque temps, puis s'accélérer à nouveau ». En effet, les projets ne manquent pas, même si beaucoup sont encore au stade de l'étude (voir encadré).

Principal projet : la construction d'une nouvelle ligne ferroviaire reliant Hongkong à la Chine. Mais l'évolution notoire qui risque d'avoir lieu dans les prochaines années est le glissement des chantiers du domaine du génie civil à celui du bâtiment. Le prochain chef de Hongkong, Tung Chee-Wha (qui prendra ses fonctions le 1er juillet) a en effet fait du logement sa priorité, n'hésitant pas à décréter que l'habitat était un problème plus important à Hongkong que les libertés démocratiques ! Récemment, le gouvernement a annoncé la construction de 800 000 logements sociaux d'ici à 2006. Il est vrai que la population du territoire devrait bondir de 6,3 millions à 8,1 millions de résidents d'ici à 2011.

Folie immobilière

Cette forte demande de logements sociaux trouve son pendant dans l'immobilier privé. En témoigne le boom des bureaux et appartements luxueux depuis 1996. En un an, la valeur du mètre carré résidentiel a grimpé en moyenne de 61,4 % et le prix du mètre carré de bureaux a bondi de 41,7 %. Exemple de cette folie immobilière, le rachat, en novembre dernier de l'Entertainment Buiding, un grand immeuble de bureaux situé dans le quartier de Central, pour 2,6 milliards de francs. Ou la vente, en décembre, d'une belle villa dans le quartier chic du Pic Victoria pour 378 millions de francs. Jamais, hormis en 1994, Hongkong n'avait connu une telle flambée des prix.

« Il est encore trop tôt pour mesurer les conséquences de ce boom sur la construction, juge un spécialiste. Mais il est certain que les programmes immobiliers vont se multiplier. » En effet, la plupart des acheteurs sont, en fait, des investisseurs du continent chinois. Ceux-ci devraient être de plus en plus nombreux lorsque Hongkong repassera sous la houlette de Pékin.

La réaction des Français face au changement

Comment les entreprises françaises vont-elles affronter ce changement de nature du marché ? Dragages, qui réalise un chiffre d'affaires de 1,5 milliard de francs à Hongkong (soit un peu plus d'un tiers de son activité Asie), compte bien s'adapter : « Nous avons la chance d'avoir l'étiquette génie civil en tant que Dragages, mais bâtiment en tant que Bouygues, note Gérald Mille, nous changerons de casquette. » Exceptés quelques chantiers prestigieux (comme le Convention Center, le centre de conférences actuellement en phase d'achèvement et qui accueillera la cérémonie de la rétrocession le 30 juin prochain), la filiale asiatique de Bouygues n'a jamais vraiment exercé à Hongkong ses talents dans le bâtiment résidentiel. « Jusqu'à présent, les logements sociaux étaient trop bas de gamme pour nous. Les prix étaient trop faibles, explique Gérald Mille. Or, aujourd'hui, les autorités publiques veulent augmenter les standards de qualité. Une aubaine pour nous ! »

Bachy/Soletanche compte bien profiter à fond de sa niche : « Tous les immeubles ont besoin de fondations très techniques du fait de leur hauteur et de la spécificité des sols, » se réjouit Martin Pratt. Le spécialiste de la précontrainte, VSL, qui réalise 45 % de son chiffre d'affaires total en Asie (dont 160 millions de francs à Hongkong), a depuis quelques années assuré ses arrières. « En précontrainte pure, nous répondons à Hongkong à un appel d'offres par mois aujourd'hui, contre cinq en 1995-1996, compare Jean-Philippe Trin. Pour compenser, nous avons ouvert depuis 1994 des bureaux au Vietnam, en Corée, au Japon, aux Philippines et à Taiwan. »

Campenon Bernard SGE a l'intention d'accroître sa présence, tandis que la Lyonnaise des eaux, en revanche, ne compte pas renforcer ses équipes. De son bureau de Hongkong, la Lyonnaise se contente de piloter ses opérations dans la Grande Chine (Chine, Taiwan, Macao...) et, notamment, son contrat de concession de l'eau et de l'électricité de Macau qu'elle détient jusqu'en 2010. Très confiante dans l'avenir de Hongkong, la Lyonnaise a aussi installé, il y a six mois, la direction Asie Pacifique du groupe dans le territoire. Celle-ci est dirigée par Martin Nègre, ancien directeur international du groupe. Le choix de cet homme clé montre bien qu'à défaut de se développer à Hongkong, la Lyonnaise compte bien étendre ses activités en Asie (4 % de son chiffre d'affaires pour le moment).

PHOTO : Chantier de la ville nouvelle de Tung Chung qui accueillera 200 000 habitants en 2001.

Les chantiers à venir

Infrastructures

Western Corridor Railways : ligne de train reliant Kowloon à Canton en passant à l'ouest des nouveaux territoires (l'actuelle et unique liaison ferroviaire, le Kowloon Canton Railways passe à l'est et est devenue insuffisante). Ce KCR bis se doublerait d'un shuttle pour du fret. Pour l'instant rien n'est encore officiellement lancé (des études sont en train d'être réalisées, notamment une campagne de sondage de sols à laquelle participe Bachy/Soletanche). Ce projet, dont les travaux pourraient débuter à la mi-1998, relancerait l'activité TP à Hongkong : l'ensemble du chantier a été évalué jusqu'à 50 milliards de francs.

Prolongement du métro jusqu'à Tseumg Kwan O : cinq stations de métro supplémentaires jusqu'à Tseumg Kwan O (située au sud-ouest des nouveaux territoires, cette ville nouvelle de 195 000 habitants est très mal desservie). Les travaux devraient commencer en 1999) et le budget est estimé à 17,5 milliards de francs.

Doublement de la ligne de métro au niveau de la station de Quarry Bay : pour désengorger l'actuelle ligne de métro qui traverse l'île, la MTRC veut prolonger la ligne de métro de Kwun Tong. L'appel d'offres sera prochainement lancé (budget : 3 milliards de francs).

Pont de Lingdingyang : enjambant la rivière des Perles, ce pont de 27 kilomètres de long relirait la zone économique spéciale de Zuhai à Lan Kol Tsui, à l'ouest des nouveaux territoires. Ce projet de 8,4 milliards de francs a reçu l'accord de la Beijing Statte Planning Commission et les travaux ont commencé côté chinois. Mais ce projet n'a pas encore été approuvé par le comité sino-britannique en charge des infrastructures à Hongkong.

Bâtiments

800 000 logements sociaux de qualité d'ici 2006 : 85 000 appartements par an jusqu'en 2001 puis 73 000 par an jusqu'à 2006.

Transformation du site de l'aéroport de Kai Tak, laissé vacant, en une ville nouvelle. Les consultations portent actuellement sur l'aménagement de ce site (réparation résidence/bureaux/centres commerciaux).

Les deux tours de la MTRC de 400 mètres et de 88 étages doivent être réalisées par la Mass Transit Railways Company, la société qui gère le métro de Hongkong. L'architecte en charge du projet est l'Américain Cesar Pelli. L'appel d'offres pour les fondations vient d'être lancé.

Ville nouvelle de Tung Chung : située près de Chek Lap Kok, sur l'île de Lantau, elle sera la première de Hongkong à être érigée sur une île. Le projet sera développé en trois phases et, au terme de 2001, Tung Chung devrait compter 200 000 habitants. Un consortium comprenant Swire Properties, Hang Lung Development, Henderson Land Development et New World a obtenu le droit de mener la première phase. Les travaux sont en cours.

Projets immobiliers autour de stations de métro : au dessus de la gare de Kowloon, un projet 1,05 million de mètres carrés, incluant une tour de 88 étages. Le consortium mené par le Singapourien Wing Tai construira la première phase. Un autre projet de 0,6 million de mètres carrés autour de la station de Tai Ko Tsui est mené par Sino Land.

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