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HLM : un retour d'expérience sur les façades carrelées
Façade du groupe immobilier Boulainvilliers La Fontaine (Paris, XVIe). - © © H.d'E.

HLM : un retour d'expérience sur les façades carrelées

Hubert d'Erceville |  le 18/10/2013  |  ParisProduits et matérielsCarrelageLogement socialNormes

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Après seulement huit ans de présence, les carrelages extérieurs d’un immeuble parisien ont commencé à se décoller. Ce phénomène non-désiré n’est pas rare sur ce type de construction. D’autant qu’à l’époque, la pose n’était pas encadrée par le DTU 52.2.

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Le Moniteur.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés des Cahiers Techniques du Bâtiment. Il est extrait du numéro d'octobre, 1er numéro de la nouvelle formule. Profitez de tous les articles réservés, en cliquant ici .

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1 - Programme : Pose de grès cérame sur les façades d'un ensemble immobilier

Décoratif, étanche et peu salissant, certes. Pour autant, le carrelage de façade est-il une bonne solution technique à long terme?? De nombreux architectes le pensent. Attirés par la modernité de ce matériau généralement posé sur des maisons individuelles dans le Sud de la France, ils ont appliqué l’exercice sur de grands ensembles en région Ile-de-France, dans le courant des années 90.

C’est le cas de Roger Taillibert, architecte du Parc des Princes de Paris (1972) et du stade olympique de Montréal (1976). Il a conçu, ainsi, toutes les façades du groupe immobilier Boulainvilliers La Fontaine situé en face de la Maison de la Radio à Paris (xvie) et appartenant à un propriétaire locatif public (Paris Habitat?– OPH). L’ensemble est composé de trois tranches édifiées successivement en 1988, 1992 et 1995, chacune étant composée d’un bâtiment de huit étages de 80?logements en moyenne (60 pour le troisième).

Toutes les façades sont majoritairement revêtues d’un carrelage de type grès cérame des établissements Buchtal. La pose a fait l’objet d’un calepin spécifique suivant des formats précis pour traiter les bandeaux, souligner les encadrements et retour, voire mettre en avant des bordures de façon décorative. Les autres parties, cages d’escalier, intérieurs de balcons ou espaces renfoncés, bénéficient d’un traitement par enduit de type RPE (Revêtement de peinture épais) grésé.

Les premiers décollements et chutes de carrelage se produisent dès?1996 sur le plus ancien bâtiment, édifié en?1988. Le phénomène étant rare au début, le gestionnaire est intervenu en effectuant quelques purges très localisées, réalisées par des cordistes pour quelques milliers d’euros l’opération.

Cependant, au début des années 2000, les désordres s’accélèrent. Les purges devenant trop fréquentes, coûteuses et voire inopérantes à endiguer le phénomène, la façade est mise en protection avec l’achat et la pose de filets de sécurité non-récupérables, dès 2005. Entre-temps le second bâtiment, construit en 1992, connaît les mêmes désordres, mais de façon accélérée. Aujourd’hui, le troisième bâtiment, construit en 1995, présente les mêmes symptômes.

2 - Etat des lieux : Décollements en parties hautes et aux bordures

Les contraintes climatiques provoquent des variations dimensionnelles plastiques et élastiques.
Les contraintes climatiques provoquent des variations dimensionnelles plastiques et élastiques. - © © Stéphanie Cousin

Après avoir installé les filets de sécurité, Paris Habitat?– OPH lance un projet de remise en état du premier bâtiment. Le dossier aboutit en 2012 avec le lancement des travaux actuellement en cours. Un second appel d’offres sera lancé pour les deux autres bâtiments.

L’étude de pathologie montre que les principales zones dégradées, et qui posent problème, sont les angles, les parties hautes, les balcons ou acrotères non-protégés. Les surfaces proches des coins ou des bordures sont les plus atteintes. Ce sont les plus fragiles, puisqu’elles cumulent les contraintes mécaniques de la dilatation et du retrait avec celles de joints dégradés par les intempéries, les infiltrations d’eau, le gel-dégel. L’absence de couvertines en aluminium aux endroits très exposés à l’eau stagnante ou à l’humidité accélère le processus. Enfin, l’exposition joue un grand rôle dans le vieillissement des façades?: à l’ouest face aux vents et aux intempéries, au sud ou au nord selon l’ensoleillement et les changements de température. Seules les zones enduites ont bien vieilli, sans fissures, ni craquellements importants. La preuve de l’efficacité d’un tel revêtement.

Un mortier-colle peu souple

À l’époque de la construction, le support a manifestement mal été préparé pour la pose du carrelage. La mise en œuvre est grossière et le mortier-colle est appliqué au peigne côté mur et de façon insuffisante du côté du carreau. Par endroits, la pose semble avoir été réalisée en période humide ou froide (inférieure à 5?°C). Enfin, le mortier-colle employé était de mauvaise qualité, tout au moins pas assez souple pour résister aux contraintes pour encaisser les micromouvements du support, ou les variations dimensionnelles des carreaux dues à la dilatation. Ce qui n’a pas échappé à Stéphanie Cousin, architecte chargée de l’opération de rénovation pour Paris Habitat – OPH?: «?Lors de la dépose, nous avons constaté que le mortier utilisé à l’époque tenait mal, qu’il a été posé trop épais, sans double encollage, ni de façon homogène?», affirme-t-elle. Elle souligne que le calepinage est très irrégulier et approximatif et note l’absence de joints de fractionnement tous les 5?m, alors qu’il y en a sur les coulées du gros œuvre béton. Or, lors de la pose d’un carrelage soumis aux aléas climatiques, la présence de ce joint de fractionnement est obligatoire, à l’horizontale et à la verticale. Cela n’a pas été fait à l’origine.

Paris Habitat – OPH a voulu profiter des travaux pour améliorer l’isolation thermique du bâti. Mais le bilan énergétique réalisé au préalable n’a nécessité aucune modification.

Le mortier-colle
Le mortier-colle - © © H.d'E.


3 - Bilan : Travaux conformes au DTU 52.2

Les travaux de rénovation de façade débutés en novembre 2012 doivent se terminer au premier trimestre 2014. Cette fois, ils sont conduits conformément au DTU?52.2 homologué fin 2009, qui précise les règles de l’art applicables à “?la pose collée des revêtements céramiques et assimilés?– pierres naturelles?”.

Une fois l’ancien carreau déposé, le support béton est gratté, afin de retirer les traces de ciment-colle. Un ponçage minutieux est ensuite opéré, à la main, avec une ponceuse au diamant.

Le cahier des charges précise une pose en double encollage au peigne de?9?mm, avec un mortier-colle Weber.col au latex, souple et déformable, gris ou blanc, en veillant à laisser un espace pour le jointoiement d’une largeur d’au moins 6?mm pour des carreaux étirés.

Le joint est réalisé avec le mortier Weber.joint flex. Pour éviter de creuser la matière, l’éponge est ensuite passée diagonalement par rapport aux arêtes des carreaux. Tous les 5?m, un joint de fractionnement en polyuréthanne permettra d’encaisser les éventuels mouvements secondaires.

Sur les zones enduites, au niveau des fonds de balcons et des cages d’escalier, le travail est plus classique. Il consiste, après réparation des bétons, lessivage et pose d’une couche d’accrochage, à passer un enduit imperméable adapté au rouleau et au pinceau. Ici, c’est la gamme Natec qui est mise en œuvre. La météo est surveillée et la pose interrompue en cas de pluie, lorsque l’air est trop humide, ou quand la température est inférieure à?5?°C.

La première réception sur une façade côté rue montre que les travaux répondent parfaitement au cahier des charges de Paris Habitat – OPH. Ils sont réalisés dans les temps et le résultat est bien meilleur que la pose d’origine.

Fiche chantier

Lieu du chantier : Paris

Nature du chantier : Rénovation de 6?300?m² de façade carrelée

Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat – OPH

Maîtrise d’œuvre et architecte : Roger Taillibert pour la construction en 1988, IDF Architecture (MOE) pour la rénovation en 2013-2014

Entreprises : Rénovation réalisée par Socateb & Cie, avec Batscop (Sécurité-protection-santé, SPS) et BTP Consultants (bureau de contrôle)

Budget rénovation : 1,8?million d’euros (64?% travaux de carrelage, 13?% peinture-enduit, 10?% dépose-démolition, 10?% échafaudage, 3?% installation-études-énergie)

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