En direct

Henry Buzy-Cazaux, vice-président de Tagerim :
Henry Buzy-Cazaux : "on ne peut plus se payer le luxe d'avoir un tissu d'organismes HLM aux performances inégales". - ©

Henry Buzy-Cazaux, vice-président de Tagerim : "les promoteurs sont prêts à construire des logements sociaux"

Defawe Philippe |  le 21/12/2007  |  ImmobilierLogementsFrance entière

Distribution du livret A, ouverture au privé de la mission de construire des logements sociaux, évaluation de l'efficacité des organismes d'HLM… pour Henry Buzy-Cazaux, vice-président du groupe immobilier Tagerim, le discours de Nicolas Sarkozy refonde de la politique du logement social. Entretien.

Le président de la République a-t-il lancé une refondation de la politique du logement social, dans son discours de Vandoeuvre-les-Nancy?
Ce discours recèle en effet deux ou trois idées relevant d'une refondation plutôt que d'une simple évolution.
Il y a d'abord la banalisation de la distribution du livret A. Je l'approuve. Tout le monde savait que l'on bénéficiait d'une exception française et que cette banalisation interviendrait. On ne peut pas s'en indigner, au nom de la modernité économique. Je suis convaincu, en outre, que la multiplication des guichets va permettre une collecte plus abondante. Le taux du livret A va monter. Je ne vois pas quel produit plus attrayant les banques pourraient proposer.

Faut-il remettre en cause la centralisation des fonds?
La volonté affirmée au sommet de l'Etat de relancer la production de logements sociaux me semblerait s'épanouir correctement dans la centralisation. C'est un gage à donner à ceux qui sont inquiets.
Plus fondamentalement, la plus grande avancée du discours de Vandoeuvre n'est pas dans la banalisation du livret A mais dans l'ouverture au privé de la mission de construire des logements sociaux.
Au niveau européen, la définition du logement social vient de l'utilisateur final. C'est parce que l'occupant est sous plafond de ressources qu'on peut dire qu'il habite un logement social, quand bien même celui-ci a été construit par un privé. C’est la définition du logement social que les autorités européennes ont fait prévaloir.
Des acteurs comme Nexity, Bouygues ou nous-mêmes doivent donc bénéficier du même régime financier et fiscal que celui des HLM. Les promoteurs sont prêts à construire des logements sociaux pour autant qu'ils aient accès à une ressource bon marché. Le discours de Vandoeuvre a permis une avancée sur cette question.

Voyez-vous d'autres changements?
Le président de la République a aussi abordé la question de l'évaluation de l'efficacité des organismes d'HLM. Je ne fais pas partie de ceux qui condamnent le mouvement HLM. C'est un outil remarquable que d'autres pays nous envient. Mais je fais partie des rares qui disent qu'il y a des disparités entre les organismes, entre ceux qui construisent et ceux qui se contentent de gérer. Certes, ces derniers sont les plus vertueux mais ils ne font pas le travail pour lequel ils ont été créés. L'arrivée d'acteurs privés va entraîner une émulation et une mise en cohérence des organismes.
Il y a de vraies disparités qui ne viennent pas de facteurs politiques, ni de la localisation mais des hommes et du dynamisme entrepreneurial. Or, aujourd'hui, on ne peut plus se payer le luxe d'avoir un tissu d'organismes HLM aux performances inégales.

Que pensez-vous de la remise en cause du droit au maintien dans les lieux?
J'ai clairement défendu l'idée d'un vrai surloyer qui soit suffisamment fort pour inciter les personnes concernées à aller vers le parc privé. C'est une mesure d'équité: on ne peut soutenir que ceux que la vie a mieux servis et dont la condition s’est améliorée reçoivent toujours la même aide de la collectivité et de façon définitive. Si les locataires dans la tranche supérieure de revenus quittent le parc, cela ne bouleversera pas la mixité. Il est d'ailleurs hors de question de faire des HLM un parc de pauvres et de démunis. Mais on a besoin d'équité et d'affichage d'équité car il y a un vrai sentiment d'injustice de la part des classes moyennes.
La remise en question du droit au maintien dans les lieux est le corollaire de tout cela. C'est un concept décalé, poussiéreux, qu'il est difficile de continuer à soutenir au moment où l'on tient un discours de responsabilité sur le thème: la collectivité n'a plus les moyens d'assurer une aide définitive et aveugle, au moment même où on réhabilite la valeur travail, l'effort et le mérite.

Les nuages s'accumulent sur le 1% logement. Comment faire une politique du logement sans son apport?
Je m'indigne des procès d’intention auxquels on assiste actuellement. Il y a eu en 1998 une refondation fondamentale du 1% logement, avec la création de la Foncière Logement puis de l'ANRU. L'heure est peut-être venue d'une évaluation de l'action de la Foncière, dont je continue à penser que c'est un outil majeur…

Comment s'assurer qu'elle soit faite objectivement?
Il conviendrait de la confier à des sociétés privées et indépendantes spécialisées dans les notations. Au passage, je propose d'ailleurs d'élargir cette démarche de notation aux organismes d'HLM.

Ne voit-on pas se profiler une remise à plat des aides au logement, notamment celles à la personne?
C'est certain. L'APL sera remise en cause dans ses contours actuels. J'en suis sûr. Les aides à la personne augmentent exponentiellement de 10% par an mécaniquement: on va droit dans le mur.
La refonte du système est d’ailleurs le corollaire des mesures de resolvabilisation prises, telles que la maîtrise de l’évolution des loyers. Mais nous sommes face à deux solutions:
Soit tout ce qui se profile prépare une remise à plat favorable des systèmes actuels
Soit c'est plus pervers. Je fais partie de ceux qui constatent que le ministère de l'Economie, chaque fois qu'une grande réforme se prépare, est assez pervers pour que les moyens alloués soient moindres. Or, si on veut atteindre les objectifs, il faut s'en donner les moyens. Il n'est pas pensable aujourd'hui que l'effort de la collectivité en faveur du logement soit inférieur à 2,5% du PIB. On est aujourd’hui plus proche de 1,5 %.

Propos recueillis par Françoise Vaysse

Commentaires

Henry Buzy-Cazaux, vice-président de Tagerim : "les promoteurs sont prêts à construire des logements sociaux"

Votre e-mail ne sera pas publié

Librairie du Moniteur

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Amélioration et renforcement des sols - AMSOL - Tomes 1 et 2

Prix : 0.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Traité de contentieux de la commande publique

Traité de contentieux de la commande publique

Livre

Prix : 87.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur