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HART BERTELOOT - RÉNOVATION DE THÉÂTRE CHALON-SUR-SAÔNE

Alice Bialestowski |  le 13/11/2018  |  Saône-et-LoireFrance entière

HEBBELINCK -

Ancienne maison de la culture d'André Malraux inaugurée en 1971, la scène nationale de Chalon-sur-Saône vient d'être rénovée. Une intervention audacieuse où l'activation des espaces de vie du théâtre s'établit à travers sa reconnexion avec la cité et la dilatation de ses intérieurs.

Le bâtiment est un ovni brutaliste. Conçu par l'architecte lyonnais Daniel Petit, inspiré du club Roussakov à Moscou de Melnikov, son élégant rationalisme structurel pourrait également évoquer Terragni. Classé monument historique en 2013, compact et puissant, il arbore un saisissant porte-à-faux doté de gigantesques griffes de béton. A la savante imbrication de ses masses s'ajoute l'ordonnancement de la déclinaison de sa texture, ce qui lui donne une aura plus raffinée que ne le laisse paraître son expressivité structurelle. S'il fallait mettre aux normes et moderniser cette « machine à cultiver » - en particulier ses salles de spectacles et l'accueil -, les architectes ont réussi à lui donner une identité contemporaine tout en préservant son âme fondatrice. Ils ont notamment joué sur cette oscillation entre l'objet brut et celui fini, afin de créer une tension expressive, rendue indissociable de la mise en place d'une stratégie spatiale dépassant la valeur historique et constructive de l'édifice. S'interrogeant sur l'héritage d'une modernité perdue, ils ont désenclavé les classiques questions patrimoniales.

« L'enjeu était de s'approprier son patrimoine immatériel, de faire parler les pierres », dit Pierre Hebbelinck. Grâce à l'historien Richard Klein, le projet a d'emblée intégré une dimension narrative favorisant « une écoute active » à l'égard du bâti et de ses « blessures ». La restauration n'est pas totale, opérée par tableaux après un diagnostic précis. Dans un souci d'économie - moins de 900 €/m2 - et d'intégrité intellectuelle vis-à-vis de l'œuvre, les pansements appliqués sur le béton originel sont assumés, comme certaines traces infligées par le temps.

Découpes à la Gordon Matta-Clark

Faire que le bâtiment - partie intégrante d'un grand ensemble -rayonne non seulement auprès des publics mais irradie le territoire a constitué une part importante de cette restructuration, dont la dimension urbaine est toujours soulignée, du dehors au dedans, du sol jusqu'au ciel. Reconnecté à la ville, il a été délesté de son socle opaque - le lien avait été rompu dès la livraison, en 1971, avec l'inclusion d'un parking au rez-de-chaussée et la surélévation de l'entrée au premier niveau.

L'entrée principale a été ramenée au niveau du parvis et, côté rotonde, la dalle haute a été démontée pour créer une surhau-teur. Ses pans vitrés et son mur-rideau offrant en regard le spectacle des intérieurs s'enchâssant dans une éblouissante cohérence.

« C'était un labyrinthe que nous avons dilaté afin d'établir une continuité, explique Mathieu Berteloot. La gestion des flux est le nœud gordien du projet. » Et, mise en œuvre, cette fluidité participe d'un geste architectural aussi radical dans sa forme que par la teneur de la spatialité qu'il développe, à la croisée de Petit et d'un Gordon Matta-Clark. Entre le patio central, la rotonde et le grand hall, les altimétries ont été réglées à coup de décaissement et, littéralement, de découpes dans les planchers avec des têtes laissées à nu.

Ce choix d'une technique low cost peut s'interpréter comme un acte performatif et poétique, une ode à la vérité constructive, telle la trace de la scie révélant les couches successives de sa composition - du béton ferraillé jusqu'à l'ancienne pierre de Bourgogne de l'étage disparu. Et quand, du rez-de-chaussée qui surprend par son plafond bas, on emprunte le nouvel escalier pour pénétrer dans le hall, c'est un grand vide qui vous happe, développe ses jeux de plongée et de contre-plongée, sous-tendus par la puissance et le spectacle des poutres-colonnes. Les coffrages des poteaux ont [...]

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