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Hans-Walter Müller, architecte de l'air

le 16/03/2018  |  ArchitectureRéalisationsEssonneParisRhône

Structures gonflables -

Ce concepteur aux multiples œuvres a fait de ses bulles des lieux où l'on peut aussi vivre.

Il a dédié sa vie à l'architecture gonflable et, à 82 ans, Hans-Walter Müller ne manque pas de souffle. Le 8 janvier dernier, aux Beaux-Arts de Lyon, cet Allemand d'origine a captivé l'assistance venue l'écouter lors d'une conférence-projection aux allures de performance. Et, pour ce printemps, l'architecte peaufine son dernier projet : un lieu d'accueil du public pour le Cyclop du sculpteur Jean Tinguely à Milly-la-Forêt (Essonne).

Au cœur de l'exposition « La vie à l'œuvre », actuellement présentée au CAUE Rhône Métropole (1), une frise chronologique illustrée donne la mesure du nombre et de la diversité des réalisations de Hans-Walter Müller. Se succèdent ainsi les images d'une centaine de projets : exposition au musée d'Art moderne de Paris, atelier gonflable pour le plasticien Jean Dubuffet, structure pour la Fête de l'Humanité, salle molle pour une exposition Dalí au Centre Pompidou, théâtre itinérant pour les Jeux olympiques de Barcelone, collaborations avec les chorégraphes Maurice Béjart ou Merce Cunningham, structures éphémères pour des grandes marques… On peut aussi voir l'un de ses plus récents projets, la bulle d'accueil du camp des migrants de la Porte de la Chapelle, montée en 2016 à Paris (XVIIIe ) [lire p. 86].

C'est par le biais de l'art cinétique que Hans-Walter Müller s'est intéressé au gonflable, une technique, précise-t-il, qu'il n'a pas inventée. Son diplôme d'ingénieur et d'architecte obtenu à Darmstadt en 1961, il vient étudier à Paris aux Beaux-Arts.

Ses recherches artistiques portent à l'époque sur des projections d'images. Pour rendre l'idée de mouvement, il commence par démultiplier les écrans de toile puis utilise des gonflables. Ces structures offrent l'avantage de pouvoir être pénétrées par les spectateurs. En se déployant sous la pression de l'air, l'architecture devient mouvement, elle est le prolongement de l'art cinétique.

Légèreté, transparence, mobilité. Hans-Walter Müller compare son travail à celui d'un couturier : « Une maison gonflable est comme une paire de pantalons dans laquelle on vit. » Sa méthode consiste à dessiner des gabarits, à découper ensuite les formes dans du plastique ordinaire de type PVC puis à les assembler par couture ou soudure à haute fréquence. Vient ensuite la phase de gonflage. Un ventilateur branché en permanence propulse de l'air à l'intérieur qui fait se tendre la toile plastique. L'architecte a également mis au point différents modes de lestages (sacs de sable, boudins d'eau, plots d'acier… ) et d'ancrages au sol (ventouse, piquets). Depuis 2005, un système de double retenue par sangles permet également de sculpter la forme de la structure.

Sa formation d'ingénieur lui sert toujours pour les calculs de résistance de la structure au vent. Dans le cahier des charges de ces projets figurent aussi d'autres contraintes techniques : résistance au feu, sorties de secours autostables pour ne pas s'écrouler en cas de dégonflage imprévu. Légèreté, transparence, mobilité sont quelques-uns des maîtres mots de cet architecte gonflé qui fait figure d'avant-gardiste. Hans-Walter Müller tient à souligner qu'une architecture gonflable peut être pérenne : depuis 1971, il vit sous une grande bulle, une maison-atelier qu'il a construite de ses mains, dans la forêt essonnienne de la Ferté-Allais.

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Habitat - Sous le grand chapiteau humanitaire

Entre bretelles du périphérique, voies de chemin de fer et boulevards extérieurs a pris place, en octobre 2016, le centre humanitaire Paris-Nord : un vaste chapiteau à la toile bariolée qui lance un cri d'espoir dans la grisaille du paysage de la porte de la Chapelle (Paris XVIIIe ). Dans la tragédie actuelle que connaissent les populations migrantes, c'est bien une sorte de défi au malheur que semble incarner cet ouvrage ludique et festif où les exilés qui arrivent à Paris trouvent un premier accueil : une volonté de la Ville et d'Emmaüs Solidarité de les accueillir avec humanité au lieu de laisser proliférer les campements indignes.

C'est Julien Beller, architecte engagé dans la valorisation des délaissés urbains via des activités humanitaires ou culturelles, qui a été chargé de l'aménagement du site. « Cette friche ferroviaire étant destinée à devenir l'un des sites du futur campus Condorcet, il était important de démontrer qu'on peut faire bon usage des terrains provisoirement vacants pour répondre à des besoins vitaux et, de manière générale, produire une ville accueillante, vivante, sans cesse mouvante », explique-t-il. Urgence oblige, il a trois mois pour réaliser l'équipement sous la houlette d'Emmaüs Solidarité, gestionnaire du site. Adepte de la co conception, il constitue une équipe composée d'architectes, ingénieurs, paysagistes, artistes, graphistes. Tous sont mus par une même conviction : créer un lieu où les arrivants, après un voyage parsemé d'épreuves à travers mers et terres, trouveront un premier abri et du confort.

Conçue avec le maître de l'architecture gonflable Hans-Walter Müller, le chapiteau, appelé « La Bulle », est formé d'une toile PVC mise en tension par de l'air sous pression. A l'intérieur règne un silence inattendu. Le plan en forme de trèfle à trois feuilles (généré par la rencontre de trois demi-sphères) délimite trois zones : une pour mineurs, femmes isolées et familles ; une autre pour hommes seuls ; une troisième fait office de salle d'attente et d'accueil. Les bureaux des travailleurs sociaux, abrités dans des conteneurs maritimes, forment sous la tente une sorte de mini-immeuble. A côté de la Bulle, le pôle santé est construit selon le même principe.

De la bulle au module. La première catégorie de population étant orientée le jour même vers le centre d'hébergement d'urgence d'Ivry-sur-Seine, un pôle d'hébergement de 400 places pour hommes seuls est aménagé au bout du site, dans un hangar désaffecté. S'y déploie un village sous abri, distribué par des ruelles bordées de modules préfabriqués, chauffés, ventilés et isolés. Chacun sur son socle, ils présentent l'aspect de maisonnettes : mini-perron pour faire sécher le linge et, à l'intérieur, quatre coins-lits délimités par des bouts de cloisons et des placards. Aux bouts des allées, les espaces collectifs (salon, salle à manger) sont réalisés à partir d'échafaudages et de bâches PVC. La détente étant ici considérée comme un besoin à part entière, la grande surface du hangar autorise aussi des projections de films sur une toile tendue, des tournois de baby-foot, le repos dans un jardin d'hiver…

Maîtrise d'ouvrage : Emmaüs Solidarité. Maîtrise d'œuvre : Julien Beller (architecte mandataire), L'Atelier des Fluides (BET thermique et fluides), Hans-Walter Müller (architecte, ingénieur), Liliana Motta (artiste, botaniste, paysagiste), Surface totale (graphistes), Delphine et Elodie Chevalme (artistes). Entreprises : Hans-Walter Müller (structure gonflable), Capsa, Progeco, LVP Energie (containers maritimes), Picheta, Cortico (VRD et traitement du sol), Tempere (plomberie-chauffage-ventilation), Eiffage Energie (électricité), Bâches de France, Blas (toile tendue), Maître Cube, Alter-Bâtir, Depuis 1920 (modules bois). Surface : 4 534 m2 . Montant des travaux : 5,7 M€ HT.

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