Vie de l'entreprise

Handicap : l’inclusion reste difficile dans le BTP

Mots clés : Entreprise du BTP - Handicap

700 jeunes s’apprêtent à s’affronter à coup de pinceaux, casseroles, sèche-cheveux, truelles… Jusqu’au 11 mars, ils participent à la finale nationale des Olympiades des métiers, organisée à Bordeaux. Vingt-quatre de ces candidats accompagnés par l’association Abilympics France sont porteurs d’un handicap et relèvent pourtant le même défi. Une belle vitrine pour prouver aux entreprises qu’un salarié handicapé n’est pas un handicap. Dans le BTP, l’inclusion reste difficile, mais les entreprises cherchent à s’ouvrir.

Comme ça, ça ne se voit pas… Et c’est tout le problème ou l’intérêt du handicap : il est rarement visible. Si Pierre, dyslexique et dysorthographique, a peiné pour obtenir son CAP de peinture et son BP, il a toujours réussi à compenser. «J’ai une très bonne mémoire», explique-t-il. Et surtout, son handicap ne l’empêche pas de faire son travail. Il a d’ailleurs été sélectionné lors des finales régionales des Olympiades des métiers et s’apprête à relever le défi, heureux de «découvrir d’autres techniques». Sa «reconnaissance qualité de travailleur handicapé» (RQTH) ne l’a pas empêché de trouver du travail, aujourd’hui il est peintre dans la société qui l’a formé durant son apprentissage.

Jérémy, lui, a toujours été séduit par les engins de chantier. Avec une agénésie (absence de formation) de l’avant-bras gauche, sa voie dans les travaux publics n’était pas toute tracée. Pourtant, le jeune Toulousain ne renonce pas, «je suis né avec, j’ai toujours trouvé des solutions», lâche le jeune homme de 19 ans. «J’ai eu du mal à intégrer un lycée, reconnaît-il tout de même, je pense qu’ils avaient peur de me prendre. Il effectuera son CAP conducteur d’engin et son bac pro travaux publics au lycée Fernand-Léger de Bédarieux (Hérault). «Tout s’est toujours bien passé lors de mes stages.» Et c’est un enseignant qui le pousse à s’inscrire aux Olympiades des Métiers: aux finales régionales, il remporte la médaille d’or. En ce moment, il cherche du travail et se dit stressé, mais pour l’heure, il se concentre pour faire de son mieux aujourd’hui, avec Adrien, son binôme pour l’épreuve canalisation.

 

Du reclassement plutôt que du recrutement

 

«C’est toujours un gros travail de démonstration, ils doivent montrer de quoi ils sont capables», acquiesce Rémi Germain, responsable des partenariats France chez Abilympics. Lui-même ancien patron de PME dans la surélévation en ossature bois, il reconnaît que l’inclusion n’est pas évidente. «C’est un problème de culture». «Je me suis intéressé à la question quand j’ai dépassé les 20 personnes dans ma structure et j’ai réalisé que j’avais déjà une personne en situation de handicap dans mon équipe qui faisait le même travail que les autres. Son handicap ne l’empêchait pas de travailler dans le BTP.»

Le sujet reste difficile dans le secteur et il s’agit surtout de reclassement de personnes handicapées, plutôt que d’embauche. Même s’«il est possible d’adapter jusqu’à un certain point, explique Olivier Salleron, président de la FFB Nouvelle-Aquitaine, en faisant des sacs de ciment moins lourds, des caisses à outils sur roulettes, des échafaudages électriques, des outils que ne vibrent pas, des horaires aménagés, etc.» Le travail est plus accessible, mais en général, les reclassements se font plus facilement dans les bureaux, «et des postes dans les bureaux, nous n’en avons pas beaucoup», avoue le président de la FFB.

Il existe tout de même des initiatives locales comme celle des Compagnons bâtisseurs qui intègrent des personnes en situation de handicap sur leurs chantiers-formations ou ERDF qui a lancé dans l’ex-région Midi-Pyrénées une formation aux métiers de l’électricité. Mais le taux de chômage des personnes handicapées reste le double de celui de la population globale.

 

Plus d’ouverture d’esprit

 

Chez Coren (groupe Cassous), dont la marque Coren Access est spécialisée dans les travaux d’accessibilité, le patron, Arnaud Maly, a reclassé un de ses salariés, victime d’un accident du travail. «Il était chef d’équipe, maçon et charpentier, il est devenu homme de parc et gère les entrées et sorties des consommables dans l’un de nos dépôts.» « On a tout intérêt à avoir notre taux, mais dans nos métiers, c’est compliqué», reconnaît le patron. Spécialiste de l’accessibilité, il a voulu recruter une personne handicapée pour s’occuper de cette activité, mais «c’est dur de trouver le bon profil». Là où Rémi Germain parlait de «culture», lui évoque «l’ouverture d’esprit». C’est d’ailleurs dans cette optique que Batiform et des entreprises, dont Coren, ont créé le Fibage (Finition Bâtiment Groupement d’Employeurs), un groupement d’employeurs sous forme d’association qui embauchent des gens «qui ont envie d’apprendre et de travailler», précise Arnaud Maly. «Embauchés par l’association, les salariés, même sans compétences, vont dans plusieurs entreprises et suivent des formations. Nous avons l’exemple d’un ancien carreleur qui ne travaillait plus à la suite d’un accident de moto, à cause d’une prothèse à la jambe et qui a réintégré le métier.» Il pourrait à terme être embauché par l’une des entreprises. Il ne s’agit peut-être pas de chercher à tout prix un profil, mais plutôt de ne fermer la porte à aucun d’entre eux.

 

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