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Hadid taille sur mesures un pavillon nomade pour Chanel
Debout devant la maquette de "Mobile Art", le 29 octobre 2007 à Londres (de gauche à droite) : Thomas Vietzske, architecte en chef du projet ; Zaha Hadid, architecte ; Bruno Pavlovsky, président des activités mode chez Chanel et Fabrice Bousteau, curateur de l'exposition (images ci-dessus). Toiture, façade d'entrée et plan du bâtiment (images ci-dessous). - ©

Hadid taille sur mesures un pavillon nomade pour Chanel

CHESSA Milena |  le 30/10/2007  |  InternationalArchitectureEuropeParisProfessionnels

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Le corps vêtu d'une robe noire à la découpe sophistiquée et le poignet droit agrémenté d'un bracelet facetté orange, Zaha Hadid, architecte irakienne basée à Londres (Royaume-Uni), a offert lundi un avant goût du futur pavillon d'exposition itinérant "Mobile Art" (720 m2), conçu pour la maison de haute couture Chanel. Une vingtaine d'artistes contemporains y présenteront durant deux ans leurs œuvres inspirées par l’identité de la marque. Première étape en janvier 2008, aux pieds des gratte-ciels de Hong-Kong.

Un prototype à échelle 1
"Le pavillon n'est pas composé d'éléments répétés, mais déclinés, indique Zaha Hadid. Les logiciels d'image numérique et les techniques de construction ont rendu possible des formes entièrement organiques, au lieu de ces séries répétitives qui caractérisent l'architecture du XXe siècle industriel." L'architecte chef de projet, Thomas Vietzske, en précise les détails techniques. "Il s'agit d'un prototype à échelle 1, commente-t-il, constitué de 700 pièces uniques qui au final créent une surface continue entre façade et toiture. Les panneaux sandwich (3 cm d'épaisseur), fixés à des arches métalliques, disposent d'une couche externe en plastique renforcé à base de fibres (FRP), teintée couleur crème. En toiture, les verrières zénithales disposées au-dessus du patio et aux extrémités du projet sont formées de coussins d'air avec membrane translucide ETFE (éthyle tétra fluor éthylène)." Trois semaines seront nécessaires au montage des quelques 180 tonnes de la structure (29m x 45m, 6 m de hauteur maximale), et seulement deux pour l'opération inverse. La taille de ces éléments structurels est limitée à 2,25 m de large car ils devront voyager de ville en ville à l'intérieur de conteneurs (56 au total).

Nouveau type de communication
"Karl Lagerfeld, notre directeur artistique, a voulu travailler avec Zaha Hadid car il avait une vraie passion pour son travail en matière d'architecture et de design", raconte Bruno Pavlovsky, président des activités mode chez Chanel. En juin 2007 à Venise (Italie), lorsque le couturier avait présenté pour la première fois le projet Mobile Art au côté de la conceptrice, il avait déclaré qu'"elle est la première architecte à avoir trouvé un moyen de se distinguer de l'esthétique omniprésente post-Bauhaus", ajoutant que "ses concepts sont comparables à de la grande poésie, et le potentiel de son imagination énorme". Plus ancré dans la réalité des choses, Bruno Pavlovsky considère le pavillon itinérant par Chanel comme "un nouveau type de communication qui, dénué de toute contrainte commerciale, valorise la marque autour de la créativité et de l'un de ses emblèmes : le sac à main". Malgré les questions, le président est resté muet sur le coût de l'opération - l'estimant "du même ordre qu'une publicité faite avec un grand réalisateur" -, ainsi que sur le lieu d'implantation temporaire à Paris (six semaines fin 2009-début 2010) - "un lieu exceptionnel dont la localisation ne devrait pas être tranché avant les prochaines élections municipales".

Œuvre d'art totale
Fabrice Bousteau, curateur du contenu du pavillon nomade, rappelle que "Mobile Art, ovni architectural et artistique gratuitement accessible à tous (inscription préalable sur Internet), entamera à partir de janvier 2008 un périple de plusieurs années autour du monde pour se poser en plein coeur de plusieurs grandes villes d'Asie (Hong Kong, Tokyo), des Etats-Unis (New York, Los Angeles) et d'Europe (Londres, Moscou, Paris)". L'exposition, explique-t-il, "confronte les valeurs de Chanel au travers de son accessoire emblématique - le sac matelassé - à ceux d’une vingtaine d’artistes internationaux" (voir liste ci-dessous). Les œuvres résultantes sont regroupées suivant sept séquences, "comme un film en trois dimensions (environ 50 minutes) qui ne peut se voir et se comprendre qu'en parcourant - seul avec son baladeur numérique - le bâtiment", précise Fabrice Bousteau. Conscient de matérialiser "un projet fou, utopique, d'œuvre d'art totale", ce "réalisateur" - comme il se qualifie - s'investit actuellement auprès de l'équipe SoundWalk qui mixe la bande son, puis participera dans quelques jours à l'enregistrement des voix de comédiennes qui liront le scénario, et règlera encore quelques détails avec les artistes entre Buenos Aires, Hong Kong et Paris. Le curateur n'a rien dévoilé à la presse des projets artistiques car , dit-il, "ce serait comme raconter un film, et dans ce cas là vous n'auriez pas envie d'aller le voir…"
De notre envoyée spéciale à Londres, Milena Chessa

Visite virtuelle du pavillon en vidéo

A voir : "Zaha Hadid : Architecture and Design", exposition rétrospective jusqu'au 25 novembre 2007 au Design Museum de Londres (Royaume-Uni).

Cliquer sur les visuels pour les agrandir. - ©
Trois questions à Zaha Hadid, architecte


- Selon vous, existent-ils des différences entre un bâtiment de courte et de longue durée ?
Oui, nous développons une échelle, un mode constructif et des matériaux qui ne se sont pas les mêmes. Et dans notre cas, à tout cela s'ajoute le principe de transhumance, car le bâtiment va voyager à travers le monde dans des conteneurs. Mais vous savez, nous n'allons ni reconstruire l'Acropole, ni créer un édifice censé durer toute l'éternité, même si deux années pour un pavillon temporaire, c'est assez long.

- Comment dessinez-vous un bâtiment sans en connaître le contexte ?
On peut avoir un point de vue critique sur la notion de contexte, car elle comporte bien d'autres paramètres que celui du site ou de la vue environnante. Il y a notamment la place des usagers. Et puis notre projet représente aussi une expérience à vivre. Finalement, c'est un pavillon, et un pavillon fabrique son propre contexte.

- Quels genres de sentiments souhaitez-vous que les visiteurs ressentent ?
Qu'ils s'émerveillent de ce qui se passe autour d'eux, de la créativité qu'on leur montre. Qu'ils expérimentent tous les aspects de cet espace bâti qui connecte plusieurs points du monde.
Propos recueillis par Milena Chessa

Les artistes participant à Mobile Art


- Nobuyoshi Araki (Japon)
- Lee Bul (Corée)
- Sophie Calle / Soju Tao (France / Japon)
- Loris Cecchini (Italie)
- Wim Delvoye (Belgique)
- Leandro Erlich (Argentine)
- Sylvie Fleury (Suisse)
- Yang Fudong (Chine)
- Subodh Gupta (Inde)
- Fabrice Hyber (France)
- Pierre et Gilles (France)
- Y.Z. Kami (Iran)
- David Levinthal (USA)
- Michael Lin (Taiwan)
- Blue Noses (Russie)
- Stephen Shore (USA)
- Tabaimo (Japon)
- Yoko Ono (Japon)
- Stephan Crasneanscki / SoundWalk (France)

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