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Habitat 800 000 jeunes sont mécontents de leur logement

le 07/11/1997  |  LogementEtatEducationImmobilierParis

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-45 % des jeunes de 18 à 28 ans vivent encore chez leurs parents. -La moitié de ceux qui ont pris leur indépendance perçoivent une aide publique.

Pour les jeunes, majorité est loin de rimer avec indépendance. Une enquête menée pour la fédération Relais par l'institut Louis-Harris montre en effet que 45 % des 18-28 ans vivent encore chez leurs parents, souvent harmonieusement.

Deux facteurs modifient cette situation : l'âge et le travail. Ainsi, 72,4 % des moins de 21 ans habitent encore chez papa-maman, proportion qui s'élève encore à 53,8 % pour les 21-24 ans et à 19,8 % pour les 25-28 ans. En outre, les deux tiers des 18-28 ans ayant trouvé un travail ont quitté le domicile familial.

On constate aussi que les parents hébergeant leurs enfants sont pour les deux tiers propriétaires de leur logement. Pour leur part, les jeunes ayant pris leur indépendance sont dans 81 % des cas locataires (55 % dans le parc social et 27 % dans le parc privé), 10 % seulement étant propriétaires. Le pourcentage d'étudiants est supérieur dans le parc locatif privé que dans le social (25 % contre 15 %) où l'on trouve plus de couples (74 % contre 57 %) et plus fréquemment des enfants (53 % contre 23 %). Plus du quart des locataires du parc privé reçoivent des subsides de leurs parents, dont le montant dépasse dans la plupart des cas 1 500 francs par mois. L'étude montre en outre une « tendance à la reproduction du statut parental » : les enfants de locataires d'HLM sont plus souvent logés dans le parc social. De même, pour ceux du privé.

On assiste chez les jeunes au même phénomène que chez leurs aînés : une grande majorité se déclare satisfaite mais une minorité est très mécontente. 87 % des jeunes interrogés jugent, ainsi, leurs conditions de logement « tout à fait » ou « assez satisfaisantes » alors que 12 % sont peu ou très mécontents. Le degré d'insatisfaction est plus élevé chez ceux qui ont quitté le cocon familial, montant à 17 % (dont 4 % de très mécontents).

La charge financière est lourde, surtout pour les chômeurs

Plusieurs causes d'insatisfaction peuvent être retenues.

2,8 % des personnes interrogées déclarent connaître des conditions objectivement insupportables (pas de confort, un logement exigu, un coût trop élevé...).

2 % occupent un logement acceptable mais trop cher pour leurs ressources.

3,2 % sont dans des logements qui devraient être significativement améliorés (au-delà du manque d'espace, installation de l'eau, d'une cuisine, d'un WC intérieur...).

Sachant que l'on recensait au début de l'année 9,5 millions de jeunes de 18 à 28 ans, 800 000 seraient donc susceptibles de faire l'objet d'une « action logement », explique Michel Mouillart, professeur à Paris X-Nanterre, animateur du comité scientifique qui a chapeauté l'enquête nationale. Pour 35 % d'entre eux, il y a même urgence et le professeur Mouillart chiffre à 100 000 le nombre de logements supplémentaires qu'il faudrait mettre rapidement sur le marché.

Car 74,2 % de ces mal logés souhaitent déménager. Ils se heurtent alors à des obstacles de deux ordres :

- économiques et financiers : montant des loyers (82 %), insuffisance de revenus (70 %), chômage (65 %)... ;

- difficultés pour entrer dans le logements demande de garanties par les bailleurs (63 %), méfiance à l'égard des jeunes (36 %), manque d'information (30 %).

Bien qu'importantes, les aides à la personne ne couvrent pas l'ensemble de la population des 18-28 ans : 47 % de ceux qui n'habitent plus chez leurs parents ne perçoivent aucune aide publique et 22 % bénéficient d'un soutien familial plus ou moins régulier (13,8 % cumulent les deux)... Il n'est donc guère étonnant que près d'un tiers d'entre eux déclare assumer difficilement la charge financière du logement, surtout s'ils sont chômeurs (39 %). Un sur deux consacre plus de 20 % de son budget à son logement.

S'ils sont locataires du parc HLM, ces aides leur permettent d'alléger leur taux d'effort et d'accéder au confort. Dans le parc privé, il en est autrement : elles permettent d'accéder au logement et de s'y maintenir, « mais sans prétendre à la qualité et au confort », comme le montre le degré élevé d'insatisfaction. Mais, « en général, les aides au logement s'adressent aux jeunes qui en ont le plus besoin », chômeurs, étudiants ou inactifs, selon l'étude.

Les étudiants sont de loin les jeunes recevant le plus fréquemment des aides : 73,1 % perçoivent une allocation et 79,8 % un soutien familial. Néanmoins, ce sont eux qui se heurtent aux conditions de logement les plus dégradées : 28,8 % connaissent une situation insupportable, difficilement supportable ou améliorable. « Pour eux, il est clair que les aides servent à entrer ou à rester dans un logement mais certainement pas à choisir sa qualité et son confort », écrivent les auteurs. « Au total, conclut Michel Mouillart, même s'il est indéniable que les conditions de logement des jeunes se sont améliorées par le passé, beaucoup reste à faire. Et l'évocation des 92 % de jeunes dont les conditions de logement sont satisfaisantes voire très satisfaisantes ne peut constituer un argument suffisant pour l'oublier », conclut Michel Mouillart.

GRAPHIQUES

OU LES JEUNES SONT-ILS LOGES?

55% des 18-28 ans ont quitté le domicile des parents. Peu d'entre eux sont logés dans des structures dédiées.

COMMENT ESTIMEZ-VOUS VOS CONDITIONS DE LOGEMENT ACTUELLES?

DE QUELLE AIDE BENEFICIEZ-VOUS ACCTUELLEMENT ?

DE FACON GENERALE,ARRIVEZ-VOUS A ASSUMER VOS DEPENSES DE LOGEMENT ?

Les jeunes sont une minorité à connaître des problèmes de logement. Le coût est un problème majeur.

Forum national sur le logement des jeunes

Le forum repose sur une enquête réalisée par l'institut Louis-Harris auprès de 1 028 jeunes de 18 à 28 ans interrogés du 17 au 26 mars. Elle s'accompagne d'une enquête qualitative réalisée dans quatre régions auprès de jeunes en difficulté et d'intervenants sociaux. Elles s'inscrivent dans le cadre d'une enquête européenne menée parallèlement dans six autres pays (Allemagne, Belgique, Espagne, Portugal, Suède et Ecosse) sous la coordination de la fédération Relais, avec le concours de la Commission européenne.

Le casse-tête du logement étudiant

Les étudiants franciliens qui n'ont pas la chance d'avoir des parents fortunés et/ou disposant sur place d'un logement de grande superficie continuent à avoir beaucoup de mal à se loger. Si des académies comme Limoges ou Besançon logent 16 % de leurs étudiants en résidences universitaires - la moyenne nationale étant de 8 % -, celle de Paris et de Créteil, pour prendre deux exemples franciliens, n'en logent respectivement que 0,4 % (1) et 1,6 % !

« C'est vrai, constate Jean-Francis Dauriac, directeur du Crous (centre régional des oeuvres universitaires et scolaires) de Créteil, je ne dispose actuellement que de 2 400 lits pour près de 100 000 étudiants. Mais il faut savoir que la population estudiantine répondant aux critères sociaux fixés par l'Etat n'est que de 6 000 environ. Si je parviens à construire 3 000 lits supplémentaires, ce problème du logement serait en grande partie réglé. »

Adjoint au maire de Paris, en charge des affaires scolaires et universitaires, Claude Goasguen reconnaît volontiers que le logement étudiant constitue un problème majeur dans la capitale et que la ville de Paris va s'investir davantage à ce sujet. « Pourquoi ne pas créer un nouveau ..quartier latin..sur la ZAC Paris-Rive gauche et pourquoi ne pas transformer des bureaux en studios ou appartements pour étudiants ? », affirme-t-il.

Il y a quelques années, le secteur privé s'est intéressé au « marché » du logement étudiants. De nombreux programmes sont alors sortis de terre. Mais on ne peut pas dire qu'ils aient remporté un franc succès, les prix proposés étant souvent trop élevés. Conséquence : se loger demeure, pour la plupart des étudiants parisiens et franciliens, un véritable casse-tête. A l'exception, une fois de plus, des universités nouvelles, type Cergy-Pontoise. « Près de 2 500 étudiants sont logés en cité universitaire et dans des résidences où des studios leur sont réservés », remarque à cet égard Bernard Raoult, le président de l'université de Cergy-Pontoise. « Tous les ans, au moins un millier de nouveaux logements voient le jour à Cergy-Pontoise, dont un pourcentage non négligeable pour la population étudiante », précise pour sa part François Bouchard, directeur général de l'Etablissement public d'aménagement de Cergy-Pontoise.

(1) En 1995, l'académie de Paris a accueilli 212 572 étudiants. Pour une telle population, le Crous de Paris n'a disposé que de 2 187 lits !

Un cordon ombilical difficile à couper

Les jeunes vivant en famille sont encore plus contents de leur condition de logement que les autres : ils les considèrent à 92 % « tout à fait » ou « assez » satisfaisantes. Moins d'un tiers estime que cette situation les empêche de fonder une famille et ils sont même moins nombreux que la moyenne à vouloir déménager. 62,6 % d'entre eux déclarent d'ailleurs que la cohabitation avec les parents se passe très bien et 34,5 % assez bien. Reste à savoir si cette satisfaction est de façade : lorsqu'on leur demande avec qui ils vivraient s'ils avaient le choix, les jeunes ne sont plus que 11 % à souhaiter rester dans le cocon familial...

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