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Grenelle : l'amendement Ollier fait monter la température
Patrick Ollier, président de la commission des Affaires économiques de l'Assemblée. (c) AFP - ©

Grenelle : l'amendement Ollier fait monter la température

Pouthier Adrien |  le 06/10/2008  |  SantéEnergieRéglementationTechniqueFrance entière

Le texte propose de favoriser les énergies peu productrices de gaz à effet de serre et en relevant le seuil de consommation. Dans un communiqué intitulé "Au secours, Ollier m’a tuer !", Effinergie, NegaWatt et l'association d'industriels de l'isolation Isolons la Terre contre le CO2 (Lafarge, Saint-Gobain, Isover ou Knauf notamment) dénoncent l'amendement proposé par le président UMP de la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale.

Le Grenelle de l'Environnement semblait jusqu'à présent faire totalement consensus au niveau de la consommation énergétique des bâtiments et de la production de gaz à effet de serre. L'objectif de performance des constructions neuves en termes de consommation d'énergie, fixé à 50 kilowattheures par mètre carré à partir de 2012 et promis jusqu’à présent par Jean-Louis Borloo après un compromis subtil, avait satisfait tous les participants aux groupes de travail. Mais voici qu'un amendement adopté à l'unanimité par la commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale, vient relancer le débat entre les partisans du simple "consommer mieux" (énergies moins polluantes) et les partisans de l'économie d'énergie pure et simple. L'amendement Ollier, du nom du président de la commission, Patrick Ollier, entend en effet relever le seuil de consommation. "Pour les énergies qui présentent un bilan avantageux en termes d'émissions de gaz à effet de serre, ce seuil [le seuil de 50 kWh/m2/an ndlr] sera relevé à raison inverse des émissions de gaz à effet de serre générées par l'énergie utilisée". Traduction par les associations Isolons la Terre contre le CO2, négaWatt et le collectif Effinergie, si ce texte était adopté, il permettrait : "une consommation d’énergie primaire au moins deux fois plus élevée que les 50 kWh affichés." Dans leur communiqué commun publié vendredi 3 octobre, intitulé "Au secours Ollier m'a tuer !", ils enfoncent le clou : " cet amendement vient menacer toute la cohérence du Grenelle pour les bâtiments (...) Par la réglementation thermique 2012, on pourra se contenter de construire des bâtiments neufs équipés de chauffage électrique consommant 120 kWh/m²/an. Ces bâtiments pourront avoir des enveloppes (murs, fenêtres) beaucoup moins bien isolées. Or la qualité de l’enveloppe du bâtiment est une priorité puisqu’elle est là pour cinquante ans voire plus. Si pour une raison quelconque la nature des systèmes de chauffage changeait demain, il faudrait alors gérer la mauvaise qualité des enveloppes...."

Ambiance électrique
Pour ces professionnels, l'énergie visée et favorisée par cet amendement est l'énergie électrique, censée être moins polluante en France à cause de son origine nucléaire. Avec cet amendement, il s'agirait donc selon elles de "ne pas handicaper le chauffage par convecteurs électriques qui représentent 80% de la construction neuve". Influence des grands professionnels de l'énergie électrique ? Le député UMP Christian Jacob, raporteur du texte, s'en cache à peine. "Le texte pose clairement les objectifs français de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons porté de 20 à 23 % l'objectif de production d'énergie renouvelable. Sur les 50 KWH, le texte initial revenait à exclure la filière électrique de la construction neuve. Nous ne sommes pas là pour favoriser une filière par rapport à une autre".
Effinergie, NegaWatt et les professionnels de l'isolation n'en tirent pas moins la sonnette d'alarme : "reposant sur trois postulats faux (voir encadré), ses conséquences seront désastreuses". On attend désormais l'avis de Jean-Louis Borloo et Nathalie Kosciusko-Morizet.

Adrien Pouthier

Extrait du communiqué "Au secours Ollier m'a tuer !"



L’objectif de l’amendement est clair : ne pas handicaper le chauffage par convecteurs électriques, qui représente 80 % de la construction neuve. Pourtant, reposant sur trois postulats faux, ses conséquences
seront désastreuses :

1- Postulat N°1 :"nous n'avons qu'un seul problème : la lutte contre le réchauffement climatique par la réduction des émissions de gaz à effet de serre";
Faux ! L’efficacité énergétique est reconnue par l’Union Européenne comme un enjeu tout aussi
important : nous devons réduire toutes nos consommations d’énergie parce que la pénurie des
ressources est proche. L’électricité ne peut échapper à cette règle, qui représente la part la plus importante de la consommation des bâtiments performants (éclairage, eau-chaude, ventilation, électrodomestique). Les usages hors chauffage de l'électricité augmentent: il faut donc réduire la consommation électrique pour le chauffage car notre capacité de production d’électricité n’est pas extensible à l’infini.
2- Postulat N°2 : "l’énergie électrique doit être privilégiée car elle n’émet pas de CO2 et garantit l’indépendance énergétique de la France" ;
Vrai en théorie, faux en pratique ! L’électricité d’origine nucléaire ne permet pas de couvrir les besoins lorsque le chauffage électrique génère les pointes dans la demande. Pour couvrir ces besoins en période de pointe, notre pays consomme de l’électricité produite dans des centrales thermiques, en France ou importée d’Allemagne. Cette électricité d’origine thermique émet en moyenne 600 g de CO2/kWh, soit trois fois plus qu’une chaudière à gaz.
3- Postulat N°3 : "Si l’on ne favorise pas le conv ecteur électrique, on tue le chauffage électrique au profit du chauffage au gaz":
Faux ! Ce n’est pas le chauffage électrique qui est en cause mais uniquement l’utilisation archaïque et spécifiquement française du convecteur. En effet, pour chauffer des logements très bien isolés, des pompes à chaleur de très faible puissance existent : l’avenir est là, dans ces systèmes thermodynamiques capables de consommations ridiculement faibles en hiver, et capables aussi d’apporter un confort supplémentaire en été. L’usage des équipements de chauffage par énergie électrique directe trouverait parfaitement sa place dans le cadre des 50 kWhep/m²an s’il est associé à un niveau d’isolation des bâtiments important tel que celui des constructions passives.

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