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Green building : l’or vert existe-t-il à Dubaï ?
Dans ce pays au climat subtropical aride, les "Dubai Fontains" se déclenchent tous les soirs devant la Burdj Khalifa. - © © DR

Green building : l’or vert existe-t-il à Dubaï ?

Hugues Boulet |  le 01/12/2014  |  EnvironnementInternationalSantéEnergieTechnique

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La 35ème édition du Big 5 de Dubaï (17-20 novembre), le plus important salon sur la construction du Moyen-Orient, a été marquée par la montée en puissance de la construction verte, devenue un véritable enjeu pour l’émirat qui a fait du développement durable un des atouts de son projet pour l’Exposition universelle 2020.

Le spectacle a beau être répétitif, il n'en reste pas moins fascinant : le soir, toutes les trente minutes, juste en face de la Burj Khalifa, la tour la plus haute du monde, des masses d'eau colossales s'élèvent dans le ciel pour retomber dans un lac artificiel de 275 mètres de long, aussi transparent qu'une piscine de grand hôtel, formant un ballet rythmé par des tubes mondialement connus (le plus apprécié est le "Thriller" de Michael Jackson). Au bout de plusieurs minutes, le "light show" prend fin, les centaines de touristes se promenant ou dînant dans le quartier de Downton Dubaï applaudissent, ravis de ce "son et lumière" aquatique, sans se soucier en apparence de l'incongruité environnementale que constituent désormais ces célèbres "Dubai Fontains". Sont en effet projetés dans l'air 83 m3 d'eau, dans un pays où celle-ci manque cruellement, au climat subtropical aride et… où il pleut parfois en janvier.

De vrais besoins d’économie d’eau et d’énergie


Sorte de "Las Vegas dans le désert" sans le jeu, la plus peuplée des villes des Émirats Arabes Unis est la contrée du non-sens. Couvrir la ville de gratte-ciels vitrés de plusieurs centaines de mètres lorsque le soleil est permanent et la température proche des 50 degrés en été est une autre de ses incohérences. Alors, lorsque Andy White, le président du Big 5 de Dubaï (17-20 novembre), le principal salon de la construction des EAU et du Moyen-Orient, vous annonce que « cette année, la grande et vraie tendance, c'est le "Green Building", vous ne pouvez pas vous empêcher de sourire.

Pourtant, l’organisateur d’évènements a un argument massue : la volonté de l'émir Mohammed ben Rachid Al Maktoum, également vice-président des EAU, de faire de son royaume l'une des « dix villes les plus durables du monde d'ici 2020 », ce qui n'est pas rien dans un régime monarchique héréditaire autocratique.
Fixer l’objectif à six ans n'est pas un hasard, cette date correspondant à la tenue de l'Exposition universelle à Dubaï. Or, la municipalité a fait de la durabilité l'un de ses arguments forts lors de la présentation de sa candidature. Mais l'effort fait sur la "sustainability" ne s'arrête pas là, la "Dubai Integrated Energy Strategy" prévoyant une baisse de 30% de la demande énergétique d’ici 2030.

Cette brusque prise en compte du développement durable a tout de même de quoi interpeller dans la ville-symbole d'un pays qui a bâti sa fortune sur l'exploitation pétrolière. C'est oublier que Dubaï n'a quasiment plus "d’or noir" – à la différence d'Abu Dhabi – et qu'elle doit sa richesse à son rôle de "hub" du business international dans la région du Moyen-Orient, au carrefour de l’Afrique, de l’Asie et de l’Orient. « Ils n’ont pas tort de dire qu’ils sont au centre du Monde », confirme Stéphane Gélibert, en charge des produits pour la construction du fabricant de fixations français ARaymond, qui exposait sur le Big 5 pour la première fois.

Son succès incontestable, Dubaï le doit aussi à son attractivité touristique, y compris pour les Européens. Or, les autorités dubaillotes sont très soucieuses de leur image et ne peuvent plus faire l’impasse sur la "sustainability", devenue le leitmotiv de tous les grands projets à travers le monde, notamment immobiliers. Enfin, et surtout, la consommation d'eau et d'énergie est à ce point gigantesque dans l'émirat, et les projets pour les années à venir aussi nombreux que pharaoniques, que les questions environnementales ont dépassé le stade du marketing pour devenir un véritable enjeu économique. « Il y a ici une vraie volonté de durabilité, car ils crament une quantité farfelue de pétrole pour dessaliniser l’eau et produire de l’énergie », note Marek Varhol, directeur export d’Atlantic International, entreprise hexagonale de solutions pour chaleur, venue sur le Big 5 vendre des chauffe-eau classiques et si possible des pompes à chaleur. Pour Gaetano Nicolaci, d’IES, entreprise italienne qui vend des solutions photovoltaïques, du solaire thermique, de l’éolien et de la cogénération, « il ne faut pas croire qu’ils vont remplacer le pétrole par les énergies renouvelables, mais cela viendra en complément. Et les EAU n’auront pas toujours de pétrole ». Notons enfin que derrière les apparences trompeuses d’une reprise économique datant d’à peine deux à trois ans, l’émirat n’a pas oublié avoir frisé la banqueroute en 2009. Criblée de dettes, elle n’avait dû sa survie qu’à l’aide de la Banque centrale des Émirats Arabes Unis. Il lui faut donc se montrer prudente.

Le bâtiment au centre de la révolution verte


Le bâtiment a un rôle central à jouer dans cette "révolution verte", tout simplement parce que le moteur du  développement de Dubaï est l’immobilier, en particulier hôtelier et de bureaux. Une des premières traductions concrètes du tournant durable est donc l’adoption, dès 2011, par la municipalité de Dubaï, de "Green building regulations", obligatoires pour les bâtiments publics à sa publication et depuis le 1er mars 2014 pour le secteur privé (voir encadré).
Cette règlementation reste pourtant largement méconnue par les exposants du Big 5. "Marketing manager international" pour le fabricant de pompes à eau coréen Dooch, Dan Hong reconnait ne pas être au courant de ces évolutions législatives. Il avoue aussi ne pas être optimiste pour son entreprise, qui expose pourtant pour la sixième année consécutive au salon du bâtiment de Dubaï : « Nous n’avons toujours pas de clients ici. Les locaux ne s’intéressent pas aux économies d’eau et d’énergie. Ils ont le pétrole. Je ne pense pas qu’ils soient prêts. » Directeur technique pour SLR, une société australienne de consultants spécialisés dans le développement durable, Neihad Al-Khalidy croyait que ces "Green building regulations" n’étaient qu’optionnels pour le secteur privé. Son entreprise, partie des EAU en 2009, en pleine crise, est revenue cette année, signe qu’elle croit aux chances de la durabilité dans le pays. « Il y a beaucoup  de bâtiments Leed. Cela prendra du temps, mais c’est le futur.» Ville Vierula, "traning manager" pour le spécialiste de l’air conditionné finlandais via les plafonds Chiller, a « entendu parler » de ces règlementations. Présent pour la deuxième année consécutive au Big 5, Chiller vise le marché des bureaux et des hôtels, ces derniers devant absolument faire des économies pour maintenir leur prix bas. Pour M. Vierula, « bien que nous n’ayons pas encore de clients, je pense que Dubaï est prête pour une basse consommation d’énergie ». « Bien sûr que nous sommes au courant de la nouvelle règlementation », réagit cette fois Gaetano Nicolaci (IES). « Elle est adoptée noir sur blanc, même si certains constructeurs ou ingénieristes disent parfois qu’elle n’a pas d’importance. » Preuve tout de même de l’acuité de la question verte au Big 5, les organisateurs ont fait un "tagage" pour les entreprises proposant des produits durables.

 Volonté officielle et inertie

Ce sont finalement les représentants des entreprises françaises qui se montrent les plus au fait de cette nouvelle règlementation et les plus optimistes sur ses effets. « La règlementation verte mise en place, c’est bien et il y a ici d’énormes économies à faire dans l’eau et l’énergie. Ainsi, dans chaque appartement, on compte quatre ou cinq chauffe-eau alors qu’un seul suffirait », note Marek Varhol (Atlantic International). « Reste qu’il manque sur place des compétences dans le domaine de l’ingénierie et du facilities management pour parvenir au respect de ces règlementations. » Il reconnait que si ses solutions de pompes à chaleur fonctionnent bien en Europe, il ne vend que des chauffe-eau classiques à Dubaï, même s’il a bon espoir que les choses changent. Pour Thiery Vivier, "marketing manager" chez Presto, spécialiste français des robinets économes en énergie pour les équipements publics, et présents depuis trois ans au Big 5,  les choses avancent : « L’objectif de la municipalité de Dubaï, c’est très clairement d’économiser de l’eau, ce n’est pas qu’un discours. Mais c’est vrai qu’il y a une inertie. Pour les officiels, c’est acquis, mais pour les personnes chargées de mettre concrètement en place les solutions économes en énergie, il y a encore un gros travail d’explication. »  

Les"Green building regulations", l’arme verte de l’émir

Les "Green building regulations", qui sont inscrites dans une circulaire n°198 (disponible uniquement en Arabe), ont été adoptées en 2011. Elles ont d’abord été obligatoires pour les bâtiments publics, ce qui a abouti à la construction de 44 édifices publics certifiés Leed. Depuis le 1er mars 2014, elles sont également obligatoires pour le secteur privé. Le document, qui n’est pas un certificat du cadre bâti comme Leed ou Breeam, vise à réduire la consommation d’énergie, d’eau et de matériaux de construction. Il prévoit aussi d’améliorer le planning, la conception, la construction et l’exploitation des bâtiments. La législation prévoit le respect d’un cahier des charges pour tous ces postes, en particulier la réflexion solaire pour l’extérieur des bâtiments, l’air conditionné et la ventilation (respect du standard américain ASHRAE) et les performances énergétiques qui se réfèrent pour partie au référentiel britannique CIBSE. Les performances au niveau de l’eau et des déchets sont également prévues.
La circulaire s’applique à tous les bâtiments nouveaux, y compris ceux situés dans des zones franches, ainsi qu’aux bâtiments existants agrandis ou rénovés quand l’ampleur des travaux exige un permis de construire de la part des autorités. Il existe toutefois des exceptions, qui n’ont rien d’anodines quand on connait le gout de Dubaï pour le gigantisme : pour les projets de grande taille, où la réglementation ne pourra pas s’appliquer facilement,  comme des centres commerciaux géants, des tours de grande hauteur, des hôpitaux… les propriétaires des bâtiments devront demander à la municipalité une dispense spéciale dans le cadre de l’obtention du permis de construire.  Une exception qui devrait permettre à l’émirat de ne pas bloquer les projets qui ont fait la célébrité de la ville, comme la Burdj Khalifa

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