En direct

Grands sites Comment les préserver en développant le tourisme

NORA HACHACHE |  le 19/03/1999  |  Collectivités localesArchitectureAménagementUrbanismeRéglementation

La démarche de gestion des flux touristiques et d'entretien des sites pourrait être étendue à l'ensemble des sites classés. Jugée exemplaire, contribuant à impulser d'autres projets de développement, elle a été présentée à Arles du 18 au 20 mars, lors d'un colloque international.

En initiant, en 1976, des opérations grands sites (OGS), la Datar se donnait le pari (au titre de la loi du 2 mai 1930) de préserver certains sites classés remarquables, fragilisés par une surfréquentation, tout en assurant localement de réelles retombées économiques. Une trentaine de sites relèvent aujourd'hui de ce type d'opérations, auparavant sous tutelle du ministère de l'Equipement, mais pilotées depuis deux ans par le ministère de l'Environnement (sous-direction des sites et des paysages). Le ministère du Tourisme (délégation aux investissements et produits touristiques) y est associé.

A l'avenir, le ministère de l'Environnement compte s'inspirer de ces opérations grands sites pour en généraliser la démarche et réformer la gestion des sites classés, 2 700 en France. Une circulaire en cours d'élaboration sera adressée aux préfets, et des expériences se déroulent actuellement dans les parcs nationaux des Ecrins et des Pyrénées et sur le massif des calanques de Marseille et de Cassis.

En outre, le ministère a confié à l'Icomos (section Internationale pour la conservation et la restauration des monuments et des sites) une étude comparative des politiques de protection des sites dans l'Union européenne.

« Loin de se limiter à une démarche réglementaire de protection, une OGS propose un vrai programme d'aménagement et de gestion qui prend en compte les préoccupations d'ordre touristique », explique Anne-Françoise Pillias, chargée de mission pour les opérations grands sites.

Estimer à partir de quel seuil un site est menacé

Dans un premier temps, des études diagnostic permettent d'estimer à partir de quel seuil de fréquentation un site est menacé. Ensuite, il s'agit de proposer un aménagement des flux judicieux, pour limiter l'accès aux endroits les plus fragiles et éviter les concentrations excessives. Les moyens : réaliser une dispersion en éloignant le parking comme à la pointe du Raz, ou des itinéraires secondaires d'accès comme à Gavarnie.

Une OGS contribue également à créer un accueil approprié pour les touristes afin d'éviter les installations qui défigurent les lieux. Elle se concrétise la plupart du temps par des travaux. Les bâtiments, installations muséographiques ou parkings doivent présenter des garanties architecturales et d'intégration dans le paysage. Pour les parkings, tout est fait pour éviter l'aspect rébarbatif du surdimensionnement en période creuse.

Des actions précises et un partenariat financier identifié

« Mais l'opération grand site ne consiste pas seulement à un aménagement in situ, elle associe des mesures d'ordre économique en direction des riverains », souligne Anne-Françoise Pillias. Hors OGS, des aides peuvent ainsi être apportées, par l'intermédiaire de subventions pour la remise aux normes des hôtels et des commerces (Gavarnie), à des particuliers pour remettre leur bâti en état ou à des exploitants pour préserver une activité (paludiers des marais salants de Guérande). Ainsi la Diren Basse-Normandie a choisi de ne subventionner que la réfection des toits en schiste bleu du secteur de l'opération grand site du cap de la Hague. « Par ailleurs, poursuit Anne-Françoise Pillias, une OGS lie parfois plusieurs sites classés. Pour exemple : la Petite Camargue. »

Anne-Françoise Pillias estime que les premières opérations ont manqué d'ampleur par rapport aux ambitions affichées. Cela explique pourquoi aujourd'hui on entame une seconde phase pour des OGS de la première heure, comme la montagne Sainte-Victoire ou les jardins du Rayol. Il est vrai qu'avant 1989, le financement de l'Etat se limitait en moyenne à 500 000 francs. A partir de cette date (communication sites et paysage, le 22 novembre 1989, en Conseil des ministres), l'Etat décide d'augmenter la mise sur le plan financier.

Aujourd'hui la seule part du ministère de l'Environnement se monte en moyenne à 5 millions de francs. Par ailleurs, depuis 1989, en plus de la Culture, d'autres ministères (Agriculture, Commerce et Artisanat) peuvent être associés aux OGS, sans compter la contribution européenne et le mécénat.

Et l'on peut voir à travers les programmes du pont du Gard (160,4 millions de francs, dont 50,5 millions CCI, 52,5 millions Europe, 24,3 millions ministère de la Culture, 15,5 millions conseil général du Gard, 15 millions conseil régional, 8 millions ministère de l'Environnement), de la pointe du Raz (55 millions de francs, dont 11,4 millions de l'Etat et 9 millions mécénat) ou du mont Saint-Michel (50 millions de francs dont 25 millions de francs de l'Etat) que l'on peut arriver à des montages financiers ambitieux.

Une structure de gestion exigée pour l'affectation des ressources

Autre constat tiré de l'expérience : le ministère s'est aperçu que sur certaines opérations, par exemple la dune du Pilat gérée par la commune de La Teste, il avait peu de contrôle sur l'affectation des ressources et la gestion du site. Dorénavant le ministère exige la création d'une structure de gestion spécifique, de préférence intercommunale, un syndicat mixte dans la plupart des cas, pour contractualiser l'affectation des ressources à la protection du milieu et à l'amélioration constante de l'accueil.

Désormais un comité scientifique, sous l'égide du préfet, est associé à la structure de gestion et conseille sur l'entretien du site. « Il faut arriver à une gestion pérenne soutenue par des recettes. Le visiteur doit contribuer financièrement à l'entretien du site mais il faut que la structure de gestion puisse être aidée si nécessaire par des collectivités locales solides, d'où l'intérêt des syndicats mixtes qui associent département et région », insiste Anne-Françoise Pillias.

Il est d'ailleurs prévu que l'Agence française d'ingénierie touristique (Afit) présente une étude sur la contribution du tourisme à la gestion des sites naturels, lors du colloque international sur l'accueil, l'aménagement et la gestion dans les grands sites qui se tient en ce moment à Arles (18 au 20 mars).

Les expériences menées à travers les OGS sont jugées suffisamment exemplaires pour que le ministère envisage de s'en inspirer pour la gestion des sites classés. De leur côté, les collectivités locales semblent également apprécier la démarche tout en estimant insuffisants les fonds apportés par l'Etat. Certaines demandent l'élargissement du territoire d'intervention comme à Saint-Ghilhem-le-Désert, tandis que d'autres espèrent le classement de leur site (Saut-du-Doubs) pour s'engager dans une OGS.

Celle-ci a le mérite de mettre autour de la table élus et administrations, et s'avère un bon instrument pour accompagner ou entraîner des investissements touristiques ou d'aménagement.

Une grande partie se superpose à l'OGS et est opérée par les collectivités locales qui savent rechercher des fonds complémentaires. Ainsi le district de la Hague qui, sur la commune d'Omonville-La-Rogue va aménager le manoir de Tour en maison de la Hague. Et des projets émergent bien après la clôture d'une OGS.

Il arrive cependant que des OGS n'aboutissent qu'après une longue période pour des raisons liées au contexte local : difficulté à se mettre d'accord sur un programme (par exemple, le grand site du pont d'Arc et des gorges de l'Ardèche) ou commune ne disposant pas des moyens de mise en oeuvre.

CARTE DES OPERATIONS GRANDS SITES

POUR EN SAVOIR PLUS...

Ouvrage de référence

-L'Atelier technique des espaces naturels (Aten) et la section française de l'Icomos publient « Vaut le détour » d'Anne Vourc'h. L'auteur du bureau d'études Urbanis, qui a travaillé à la réhabilitation de grands sites, s'inspire de cinq grands sites français et étrangers pour faire des propositions sur leur gestion.

Prix 100 F. Disponible à GIP Aten, 2 place Viala, 34060 Montpellier, tél. : 04.67.04.30.30, www.espaces-naturels.fr/ATEN

Le montage d'une opération grand site

Constitution d'un comité de pilotage (élus locaux et les différents services déconcentrés concernés) sous l'égide du préfet. Un service de coordinations techniques, Diren ou DDE, est désigné par le préfet.

Analyse-diagnostic du site, enquête de fréquentation, analyse du bâti, paysage... et des relations économiques avec les communes environnantes.

Document d'orientation pour un projet de réhabilitation à adresser au ministère de l'Environnement pour un accord de principe sur la réalisation d'une OGS.

Après accord, le comité de pilotage établit un programme général de réhabilitation et de mise en valeur avec un schéma global de fonctionnement, les travaux nécessaires et un plan de financement détaillé. L'avis de la commission départementale des sites est sollicité.

Le comité de pilotage propose une structure de gestion et d'animation disposant de moyens de fonctionnement et d'une structure de maîtrise d'ouvrage. Signature d'un cahier de gestion.

Le programme général (choix de la structure de gestion et plan de financement) est examiné pour avis par les services de la direction de la nature et des paysages (sous-direction des sites et paysages).

Signature d'une convention préparée par le comité de pilotage entre collectivités, autres partenaires financiers et préfet.

Le maître d'ouvrage demande au ministère de l'Environnement l'autorisation de réaliser les travaux définis dans le programme général. Un dossier présente le projet au regard des dispositions d'urbanisme, de la loi littoral ou montagne. L'autorisation accordée, l'Etat débloque les fonds conformément au calendrier retenu.

Le projet du Canigou

Le projet grand site pour le Canigou est en cours de validation par les instances locales avant de passer en commission départementale des sites. Il prévoit les aménagements suivants :

Paysage : réhabilitation aux abords des abbayes de Saint-Martin-du-Canigou (photo ci-dessous), Saint-Michel-de-Cuxa et Serrabonne, et des abords de routes de Piemont. Enfouissement des réseaux aériens.

Mise en valeur des patrimoines : aménagement de sites naturels, mise en valeur des sites miniers (fer), intervention sur les refuges et les « oris » (cabanes de berger), restauration et mise en valeur de certains éléments du bâti non protégé.

Protection du milieu naturel : réhabilitation de sites sensibles, désignation du massif dans l'inventaire Natura 2000, extension du site classé.

Maîtrise des flux de la circulation : aménagement de parkings dissuasifs au bas des pistes les plus fréquentées, valorisation d'un itinéraire de traversée du massif en piémont, réhabilitation de sentiers de randonnée.

Promotion touristique du site.

Porteur du projet :

le syndicat intercommunal pour la protection et l'aménagement rationnel du Canigou. Il devrait se transformer en syndicat mixte.

Montant estimé :

18 millions de francs dont Etat 35 %, région 15 %, département 25 %, Europe 5 %, autofinancement 15 %, autres 5 %. Investissements prévus pour 1999-2001.

%%GALLERIE_PHOTO:0%%

Commentaires

Grands sites Comment les préserver en développant le tourisme

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX