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Grande guerre : objectif 2018 pour le patrimoine mondial
La carte des sites de la Grande guerre - © © Paysage et sites de mémoire de la Grande guerre

Grande guerre : objectif 2018 pour le patrimoine mondial

Laurent Miguet (Bureau de Strasbourg du Moniteur) |  le 13/06/2013  |  Haut-RhinMarneMeuseMoselleFrance entière

De la mer du nord à la frontière franco-suisse, l’enthousiasme monte, parmi les territoires candidats à l’inscription des sites et paysages de la grande guerre au patrimoine mondial de l’humanité.

300 passionnés de la Grande guerre ont posé les jalons d’un projet territorial, le 8 juin à Paris, lors du colloque sur l’avenir des paysages et sites de mémoire de la Grande guerre. Emanation des départements du nord-est, bénéficiaires, en 1919, des indemnités accordées par l’Etat pour réparer les dommages, l’association porteuse du projet d’inscription au patrimoine mondial a profité de la rencontre pour marquer un point, sur le front de la cohésion institutionnelle : la convention signée avec la Mission du centenaire, groupement d’intérêt public rattaché au ministère de la Défense, ouvre la voie à l’inscription des sites sur la liste indicative officiellement approuvée par la France, en vue d’une homologation par les Nations unies.

La Belgique en avance

Forte des soutiens exprimés par la ministre de la Culture Aurélie Filipetti, et par celui du ministre délégué aux Anciens combattants Kader Arif, l’association espère franchir ce premier obstacle entre septembre 2013 et janvier 2014. Elle vise l’horizon 2018 pour la victoire finale.

« L’adhésion massive des Français, à l’occasion des festivités du centenaire, conditionne le succès », estime Serge Barcellini, conseiller du ministre délégué aux Anciens combattants et secrétaire général de l’association « Paysages et sites de mémoire de la Grande guerre ».

L’inscription sur la liste indicative nationale mettrait la France au diapason de la Belgique, qui a franchi cette étape dès 2002, avant d’enrichir son dossier en 2008, puis de doter de 15 millions d’euros son « fonds d’impulsion du Grand centenaire ». Plusieurs projets transfrontaliers ont approfondi la coopération franco-belge sur le sujet, et ouvert la voie à l’internationalisation du dossier, qui constitue l’un des  arguments majeurs à faire valoir auprès de l’Unesco : 80 Etats ont laissé des soldats le long de « la balafre de 700 km, entre la mer du nord et la frontière franco-suisse », selon l’expression du général Elrick Irastorza, président de la Mission du centenaire et ancien chef d’Etat-major de l’Armée de terre.

Bataille de la Marne

La cohésion progresse aussi dans les rangs des 12 départements concernés. Le Haut-Rhin a récemment adhéré à l’association, et des négociations en bonne voie se poursuivent avec les Vosges. Seule la Marne résiste encore, préoccupée par la concurrence entre la candidature des sites de la Grande guerre et celle du vignoble champenois. Mais à l’approche du centenaire, l’enthousiasme des acteurs locaux n’épargne pas ce département : « Si vous acceptez mon adhésion, je signe tout de suite », a par exemple lancé Jean-Claude Robert, président du mémorial de Dormans, le 8 juin aux dirigeants de l’association. Face à l’effritement des pierres qui ceinturent l’ossature métallique de ce monument national et aux fuites qui affaiblissent sa toiture, la fondation fondée par le maréchal Foch et la duchesse d’Etissac de La Rochefoucault ne dispose pas des moyens appropriés : « Nous avons déposé un dossier auprès du président de la République », confie Jean-Claude Robert. Une partie du territoire marnais se trouve aussi engagée dans le projet « Argonne 2015 », piloté par la Meuse, et auquel s’associent de nombreux sponsors, dont le cimentier Holcim.

Pour accueillir de nouvelles adhésions comme celle du mémorial de Dormans ou de la puissante Union française des associations de combattants, forte d’1,5 million d’adhérents, l’association interdépartementale prépare une évolution de ses statuts qui préservera la souveraineté des conseils généraux. A partir des centaines d’initiatives, l’émergence d’un projet territorial cohérent imposera une méthode. « Evitons la commémorite aigüe. Il n’y a pas forcément d’intérêt à montrer systématiquement le ènième morceau de tranchée », prévient l’historien lorrain Laurent Jalabert.

Territoire d’appartenance

Les volets paysagers et environnementaux des plans de gestion offrent des pistes validées par le géographe Jean-Paul Amat, professeur à la Sorbonne. Frappé par la convergence entre la carte des combats et celle des zones protégées au titre des directives européennes Natura 2000, l’universitaire pressent l’émergence « d’un territoire d’appartenance et d’appropriation, avec un périmètre différent de celui qui ressort du mortier administratif ». Jean-Paul Amat résume sa pensée d’une formule : « L’avenir a une histoire ». Plus pragmatique, Serge Barcellini pose la définition d’une signalétique comme l’une des conditions de visibilité de l’unité du projet. Cette unité résultera aussi des deux critères de l’Unesco qui structureront le dossier franco-belge : le IV, qui privilégie l’unité architecturale et paysagère, et le VI, centré sur la vitalité d’une culture commune.

Dans l’immédiat, le travail d’inventaire coordonné par Marie-Madeleine Damien, professeur de géographie à l’université de Lille I, montre les menaces qui pèsent sur de nombreux sites confrontés à l’oubli ou au mitage urbain, voire au vol : « Je suis tombé récemment sur des jeunes qui dégradaient en moto-cross les restes des tranchées où sont tombés 200 canadiens, en Moselle. Ils ont découvert l’histoire à cette occasion », raconte-t-elle.

L’inventaire en cours d’achèvement recense 32 sites français, soit une cinquantaine à soumettre à l’Unesco dans le cadre d’une candidature franco-belge. Ce recensement précède la définition de zones centrales (appelées « cœur ») et périphériques (dites « d’interprétation »), selon la méthodologie de l’Etat, reconnue par l’Unesco. Restera alors à définir les plans de gestion adaptés aux traces des combats, aux monuments commémoratifs et aux paysages.

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