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Grand Est - Conduite d'engins : Faulquemont entre crise et concurrence

Laurent Miguet, avec Pascale Braun et Christiane Perruchot |  le 15/01/2010  |  ConjonctureEntreprisesCollectivités localesBas-RhinDoubs

L'appartenance aux fédérations du BTP ne protège le centre Raymond-Bard ni des effets de la crise, ni du développement d'une concurrence de proximité à moindre coût. Sans équivalent dans le Grand Est par les moyens matériels mis au service des formations aux engins de chantier en tant qu'outils de production, l'organisme a connu une chute historique de ses activités en 2009.

«Faulquemont, c'est le Disneyland de la conduite d'engins ! Sur un site pareil et avec un tel parc, on peut tout essayer ! » L'enthousiasme d'Eric Dusseuil, secrétaire général de la fédération meusienne du BTP, reflète le sentiment de nombreux utilisateurs réguliers : « Pendant un mois et demi, les stagiaires assument l'entière responsabilité de leur machine », rappelle Fabien Bronner, directeur général de Lucien Speyser & Fils à Eschau (Bas-Rhin). Cette entreprise de 70 salariés, dont la moitié dans les canalisations d'eau et d'assainissement, cherche à renforcer la motivation de ses salariés en favorisant la formation simultanée de deux conducteurs d'engins, à raison d'un binôme tous les deux ans. « Ils reviennent plus soudés et enrichis par les expériences d'autres entreprises », se félicite Fabien Bronner. Chez Climent TP, qui emploie 278 salariés pour 47 millions d'euros de chiffre d'affaires à Voujeaucourt (Doubs), Sabine Nique, directrice des ressources humaines, souligne « le sérieux de l'accompagnement pendant la formation ».

Des stagiaires emballés

Les enthousiastes ne se recrutent pas uniquement parmi les PME : le centre Eurovia de Florange, qui emploie 160 salariés, fait appel aux formations du centre Raymond-Bard soit pour reconvertir des travailleurs âgés, soit pour parfaire la formation des jeunes dotés d'un CAP. « Les stagiaires reviennent emballés. Nous avons toujours obtenu une réponse, même à nos besoins les plus pointus », s'exclame Nicolas Vallone, directeur du centre de Florange.
Client intermittent, mais de longue date, pour ses 160 salariés, le centre Eiffage de Nancy envoie à Faulquemont certains jeunes ou nouveaux arrivants. « Le panel de machines et le terrain de manœuvre réunissent toutes les configurations que les conducteurs d'engins trouveront au quotidien », souligne Jean-Louis Grégoire, directeur du matériel.
Malgré le concert de louanges, l'argument de la proximité pèse de plus en plus en défaveur de Faulquemont. « Nous nous heurtons aux réticences liées à l'éloignement », reconnaît Denis Vogel, coprésident du directoire, avec son frère Jean-Luc, de l'entreprise Vogel TP, qui emploie une centaine de salariés dans la voirie et les réseaux à Scherwiller (Bas-Rhin).
En Lorraine même, l'implantation de Faulquemont ne fait pas l'unanimité : « Le site est certes immense, mais il n'est pas à l'abri du froid. Or, c'est précisément lorsque nos salariés sont immobilisés par les intempéries que nous souhaiterions pouvoir les envoyer en formation », souligne Thierry Lartisant, chef du centre Colas de Nancy, qui compte 160 salariés.

Formations locales

Pour perfectionner ses conducteurs et compléter leurs certificats d'aptitude à la conduite d'engins en sécurité (Caces), Vogel TP utilise les services du strasbourgeois Tryad, dont les formateurs se rendent au siège et sur les chantiers. La proximité et l'accréditation régulièrement renouvelée de l'organisme offrent des garanties aux yeux de l'employeur, qui utilise le centre Raymond-Bard essentiellement par le biais de l'apprentissage. Chez Climent TP, Sabine Nique constate une amélioration des services fournis par les prestataires de proximité : « Il y a eu de l'improvisation dans le Pays de Montbéliard aussi, mais les organismes les plus sérieux restent sur le marché. » En Bourgogne et Franche-Comté, l'argument de la proximité a poussé la profession à se doter d'un CFA sans murs qui contribue à répondre à la demande de conducteurs d'engins.
Aux concurrences locales s'ajoutent celles des structures internes aux grands groupes : Screg Est mobilise les dispositifs de formation du groupe Colas, dont le Centre de formation permanente de l'Association des anciens élèves conducteurs de travaux de Toulouse (CFPCT). Les PME aussi peuvent se doter de méthodes de management qui concurrencent les savoir-faire enseignés à Faulquemont : en phase avec l'argumentation environnementale développée par le centre Raymond-Bard sur le tri des matériaux et le recyclage des déchets, Vogel TP intègre ces pratiques dans les objectifs de son comité développement durable. Denis Vogel préside cette instance à laquelle participent des conducteurs d'engins. Par ailleurs, la récente loi sur l'emploi des seniors pourrait détourner de Faulquemont des moyens réaffectés en interne : « Je redoute un piège terrible pour nous, si les entreprises décident d'utiliser les seniors pour des formations sur le tas », avertit Martine Belgy. La directrice de Raymond-Bard s'inquiète des effets sur la qualité des formations : « Je recrute un formateur sur sa capacité d'anticipation et d'analyse des méthodes de production et d'organisation. Les seniors sans expériences pédagogiques ne peuvent répondre à de telles exigences. »

Des financements plus rares

Le tarissement des financements de la formation assombrit le tableau : « On ne peut plus compter sur l'Aref », regrette Denis Vogel. Le propos mérite des nuances : en 2009, les financements de l'Association régionale de formation (Aref) du BTP et du fonds social européen ont réduit à 45 % la part de l'investissement à la charge de Speyser. « Pour compenser les ponctions de l'Etat sur la collecte, notre conseil d'administration a décidé de concentrer ses moyens sur les actions éligibles à d'autres financements. Les formations engagées par Speyser à Faulquemont entrent dans ce cadre », précise Bernard Mougel, secrétaire administratif de l'Aref Alsace. Si la conjoncture incitait les entreprises à recourir au chômage partiel, l'Aref solliciterait les crédits proposés par la région dans ce cas de figure, mais ce lot de consolation ne suffirait sans doute pas à sortir Faulquemont de l'ornière.

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Fiche technique du centre Raymond-Bard

Date de création : 1972.
Statut : association émanant des fédérations lorraines du BTP.
Nombre d'engins : plus de 40, essentiellement de marques Liebherr et Caterpillar.
Terrains d'entraînement : 55 ha.
Offre : 80 formations, 40 modules.
Hébergement : 60 chambres.
Chiffre d'affaires 2008 : 1,58 million d'euros, soit 43 000 heures, dont 50 % amenés par les groupes nationaux, 10 % par les indépendants, 30 % par des salariés en reconversion, et 10 % de divers.
Tendance 2009 : décroissance à deux chiffres.

Stéphane Cordier, reconverti aux TP grâce à Raymond-Bard

Le centre Raymond-Bard a joué un rôle clé dans la reconversion de Stéphane Cordier. Huit ans après son arrivée dans les travaux publics, l'ancien opérateur de presse dans l'industrie devient le numéro deux de la Sarl Besançon Enrobés, société commune aux trois routiers Screg, Eurovia et Sacer. Un congé individuel de formation de deux mois lui a ouvert la voie des TP, via le centre Raymond-Bard. La société Travaux du Doubs, filiale de Screg à Chemaudin, qui l'embauche en 2002, remarque ses facultés d'adaptation et ses compétences en mécanique. Deux ans plus tard, il prend le statut d'Etam, à l'occasion de la création d'un quatrième poste dans la centrale d'enrobés. « J'ai hésité car je me plaisais sur les chantiers, finalement la diversité des tâches m'a convaincu », se souvient le Vosgien de 38 ans.

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Ne confondons pas coduire et produire GEORGES LINGENHELD, président du centre de formation du BTP Raymond-Bard à Faulquemont. - La crise incite-t-elle les entreprises de TP à investir dans la formation de leurs conducteurs d'engins ?

Il y a là un paradoxe : quand les carnets de commandes chutent, les entreprises pourraient en profiter pour éviter de se retrouver au pied du mur, le jour de la reprise. Or, c'est l'inverse : elles attendent que les chantiers repartent pour recruter et former ! L'esprit de la formation tout au long de la vie n'est pas ancré dans les TP. Résultat : les huit centres de la profession, comme celui de Faulquemont, enregistrent en 2009 une chute d'activité de près de 10 % par rapport à 2008. L'assèchement des fonds des Aref aggrave la situation qui pénalise surtout les PME dont les budgets de formation restent au niveau du minimum légal.

- Souffrez-vous également d'une forme de concurrence déloyale ?

Pour satisfaire leurs obligations légales, beaucoup d'entreprises se sont tournées vers d'autres organismes dont des auto-écoles qui délivrent des certificats d'aptitude à la conduite d'engins après deux jours sur des petites machines. Autant se former sur un simulateur ! Il ne faut pas confondre apprendre à conduire et apprendre à produire. Au centre Raymond-Bard où nous garantissons un engin par stagiaire, la réflexion sur la production spécifique à chaque machine, entraîne une économie de carburant jusqu'à 10 %. J'en ai fait récemment l'expérience avec un conducteur de chargeuses qui, malgré cinq ans d'ancienneté, est revenu différent d'une semaine de stage.

- La formation à la conduite d'engins contribue-t-elle au Grenelle de l'environnement ?

L'optimisation du rendement du matériel, l'écoconduite et le gain de sécurité du personnel font bien partie du développement durable.
Je rappelle qu'à l'horizon 2020, la FNTP a fixé un objectif de 100 % de recyclage des terrassements. Nous axons nos formations sur la culture de la déconstruction sélective des chaussées, indispensable pour tous ceux qui veulent rester bons dans dix ans. Cela a un prix.

Propos recueillis par Laurent Miguet -

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