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A leur tour, les architectes s'invitent dans le Grand débat national
Huit organisations professionnelles de l'architecture se sont pour la première fois réunis pour élaborer une longue liste de propositions dans le cadre du Grand débat national. - © Gaston

A leur tour, les architectes s'invitent dans le Grand débat national

Augustin Flepp |  le 08/03/2019  |  ImmobilierLogementProfessionAménagementTerritoires

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Huit organisations professionnelles de l’architecture ont rédigé 73 propositions axées autour de quatre grands thèmes : l’aménagement du territoire, la politique du logement, l’environnement et les nouveaux modèles de ville.

Après les propositions de 19 associations, ONG et syndicats qui font la part belle au logement, c’est au tour des architectes de contribuer au Grand débat national qui doit s'achever le 15 mars prochain. A l’initiative de l’Académie d’architecture, huit organisations professionnelles* ont présenté, le vendredi 8 mars, 73 propositions rédigées en trois semaines autour de quatre grands thèmes : l’aménagement du territoire, la politique du logement, la transition énergétique et écologique et les nouveaux modèles de ville.
Le collectif rappelle que les architectes ont été parmi les premiers à alerter les pouvoirs publics « des dangers écologiques et sociétaux d’un modèle fondé sur le zoning, la dispersion urbaine, les lotissements, les ensembles déconnectés de la ville… ». Par cette connaissance fine et ancienne de ces grands enjeux, la profession s’estime donc plus légitime à porter des solutions et à les mettre en œuvre.
« Premier scoop, nous avons tous travaillé ensemble, c’est une grande nouveauté », introduit fièrement Bertrand Lemoine, vice-président de l’Académie d’architecture. « Même si l’Ordre des architectes n’est pas signataire du texte, c’est le signe d’une relation plus apaisée entre nos différentes professions ». Associé aux huit institutions pour préparer et rédiger ces doléances, l’Ordre n’a effectivement pas souhaité se présenter comme signataire du texte. La raison ? L’organisme mène en parallèle une consultation en ligne auprès de l’ensemble de la profession qui doit s’achever le 15 mars prochain. « Nous avons participé à la production de ce texte, mais cela semblait délicat d’être signataire alors que la contribution sur notre site n’est pas encore terminée », indique une représentante de l’Ordre des architectes.

« Les architectes n’aiment pas les ronds-points »

Dans ce texte de 29 pages, le collectif dresse un constat sans concession de la crise sociétale et de la fracture territoriale qui engendrent de fortes inégalités entre les métropoles et les zones rurales. Il est clair pour ces huit institutions que les difficultés rencontrées par une partie des Français pour se loger, se déplacer, accéder à des bassins d’emplois ou à des services publics présentent un dénominateur commun : l’absence de politique d’aménagement du territoire depuis plus vingt ans.
Dès les premières lignes, les architectes s’attaquent à un symbole de l’étalement urbain, critiqué pour son absence d’humanité et de diversité et aujourd’hui transformé en espace de contestation des gilets jaunes, les ronds-points. « Les architectes et les urbanistes n’aiment pas les ronds-points », peut-on lire dans le texte.
Une des propositions vise à lancer une politique volontariste d’aménagement du territoire, dotée de mesures « positives ciblées sur les territoires et les populations concernées », telles que la détaxation des centres villes, la rénovation du bâti, le renforcement financier du plan « Action Cœur de ville »... Dans les zones urbaines denses, les architectes préconisent de supprimer le principe du « zonage » qui regroupe sur un même territoire les mêmes fonctions et utilisateurs (zone d’activité, zone commerciale…).

Faire appel aux OFS

Autre problématique abordée : la réduction du coût des logements. Les huit institutions rappellent que le coût du foncier pèse énormément dans la facture. « Jusqu’à 50 % du coût final à Paris », donne pour exemple un membre du collectif. Pourtant, il serait possible de réduire le coût des logements d’environ 30 %, estiment les architectes, en faisant davantage appel aux organismes de foncier solidaire (OFS) pour dissocier le foncier de la construction. Faire baisser les coûts mais pas au détriment de la qualité, c’est l’autre message clamé par la profession qui insiste pour que les architectes puissent disposer d’un temps nécessaire à la réflexion et à la conception des projets de construction.

Privilégier la réhabilitation

Les huit organisations se disent attachées à la réhabilitation du parc immobilier pour des raisons économies et écologiques. Elles jugent nécessaires de privilégier la rénovation de l’existant au lieu d’opérations de déconstruction/reconstruction, notamment des grands ensembles. Les architectes proposent d’élargir le champ d’action de l’Anru à la rénovation et à la reconversion des bâtiments, notamment du patrimoine social.

Le collectif plaide également pour une refonte du code de la construction qu’il qualifie d’illisible et de contre-productif, en particulier dans l’immobilier ancien. « Nous proposons d’aller plus loin dans un souci de clarté et de compréhension en adoptant un nouveau code « à la suisse » de 60 pages, limité aux règles de base essentielles et écartant les détails superflus », explique Bertrand Lemoine, vice-président de l’Académie d’architecture.

Simplifier les normes environnementales

Sur le volet écologique, le texte préconise, entre autre, de développer des productions d’énergies renouvelables de proximité, de simplifier les normes environnementales, d’améliorer l’enseignement des architectes dans les domaines de l’environnement et de l’efficacité énergétique et de renforcer l’efficacité des aides de l’Etat en conditionnant leur délivrance à l’obligation d’études préalables.
La profession profite de ce grand débat national pour faire ressortir des revendications anciennes comme la création d’un grand ministère de l’architecture, l’obligation de faire appel à un architecte pour toute construction, quelle que soit sa surface, ou encore la reconnaissance de leur nécessaire compétence.

Les 73 propositions seront prochainement publiées sur le site du Grand débat national.

*Les huit organisations professionnelles se composent de :

– l’Union nationale des syndicats français d’architectes (Unsfa) ;

– le Syndicat de l’architecture ;

– la Société française des architectes (SFA) ;

– la Mutuelle des architectes français (MAF) ;

– la Maison de l’architecture ;

– l’association Architectes et maîtres d’ouvrage (AMO) ;

– l’association Architectes français à l’export (Afex) ;

– le Pôle de formation Environnement, ville & architecture (Pôle EVA) d’Ile-de-France.

Commentaires

A leur tour, les architectes s'invitent dans le Grand débat national

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Michel BOURDEAU Architecte

08/03/2019 16h:16

LE GRAND DEBAT NATIONALL’URBANISME EN FRANCE DEPUIS QUATRE DECENNIESPOUR UNE ARCHITECTURE DU TERRITOIRE-------Extrait de la Lettre du Président de la République : « Quelles sont les solutions pour se déplacer, se loger, se chauffer, se nourrir qui doivent être conçues plutôt au niveau local que national ? Quelles propositions concrètes feriez-vous pour accélérer notre transition environnementale ? »Thème 1 du GRAND DEBAT NATIONAL : LA TRANSITION ECOLOGIQUE Question 16 : « Que pourrait faire la France pour faire partager ses choix en matière d’environnement au niveau européen et international ? »-------Le mouvement des Gilets Jaunes peut être regardé comme l’une des manifestations de tous nos échecs en matière d’urbanisme et d’aménagement du territoire.Depuis les années 80, nos gouvernements successifs ont fait le choix de nous imposer un mode de vie dénué de toute humanité, affranchi de toute mesure. Centres commerciaux hors d’échelle, autoroutes abstraites des paysages, banlieues infinies, petites villes et villages abandonnés, tissus industriels désertés, parcs de loisirs imposés, agriculture sacrifiée, animaux emprisonnés, air et eau pollués. La laideur est partout, sauf dans les traces aujourd’hui quasi archéologiques des anciens centres historiques, préservés pour le tourisme de masse et marchandisés aux chinois et aux européens du nord. Il était inévitable qu’un si grand saccage, mené à une telle échelle, conduise l’homme le plus ordinaire, le plus instinctif, à se révolter et à dire stop. Nous y sommes.Contrairement aux 2 siècles précédents, un architecte n’a plus aujourd’hui aucune opportunité de proposer des projets d’aménagement de nos espaces et de nos territoires. Si nous en avions l’occasion, nous le ferions à partir de ces 7 invariants :1. COMMERCES / GRANDES SURFACES Le consumérisme outrancier plonge le monde occidental dans une impasse écologique. Les grandes surfaces constituent une rente majoritairement pour 3 grands groupes (certes pourvoyeurs d’emplois mais souvent à temps-partiel). Les hypermarchés ont faussés le marché concurrentiel et ont détruit une très grande partie des commerces de proximité, indispensables aux liens et à l’échange. Nous proposons de stopper tous les permis de construire actuellement délivrés pour les grandes surfaces, pour les sites urbains, mais aussi pour les sites péri-urbains et ruraux.2. ROUTES / AUTOROUTES La vitesse n’est plus ni une nécessité, ni un plaisir. Favoriser les ralentissements mécaniques ne doit pas se faire par l’amende ou par l’augmentation des taxes. Le temps du transport doit être intégré au temps du travail. Les routes doivent être à nouveau bien entretenues, mieux sécurisées et végétalisées. Nous proposons de consacrer 1/3 de la rente autoroutière à la redynamisation du réseau des routes nationales et départementales. Et ensuite de déconstruire toutes les autoroutes à 2 décimales. Seules les grandes autoroutes d’intérêt national et international seront préservées.3. PETITE ECHELLE / GROSSE ECHELLE Depuis plus de trente ans la commande publique ne jure que par les gros chantiers : gros équipements, gros hôpitaux, gros musées, gros lycées, grosses universités, gros tribunaux,…Tout est devenu gros, impotent et pachydermique. Ce syndrome néo-gaullien (LE France, LE Concorde, LES Centrales,…) est en fait un titanic territorial et financier. Nous proposons que plus aucun programme public ou privé n’excède 10 000 M2 de surface nette et ne dépasse 10 mètres de hauteur. Au-delà de cette surface optimale, nous demandons que chaque M2 de plancher bâti soit accompagné de 10 M2 de jardin et de 100 M2 de culture agricole ou vivrière.4. NATURE / VILLE Historiquement, nature et ville ne se sont jamais opposées. Par son intelligence, son bon sens et sa patience, l’homme savait organiser le naturel et l’artificiel de manière harmonieuse. A partir des années 50, la ville n’a plus été circonscrite. L’impératif de la quantité et de l’uniformité a fait sombrer notre pays dans l’amnésie et la laideur. Les sols sont bitumés et imperméables aux eaux des pluies. Les objectifs financiers court-termistes dictent les zones : industrielles, artisanales, commerciales, résidentielles, éducatives,…Pourtant, sur une vue satellite nocturne, la ville demeure heureusement très minoritaire par rapport à la nature. Nous demandons de stopper toutes les formes d’extensions urbaines en cours : métropoles, villes, banlieues, villages. Elles peuvent encore être densifiées sans dépasser leurs limites actuelles. Il faut en même temps satisfaire les demandes de nombreux habitants qui aspirent à vivre dans des lieux isolés de tout. La dispersion, la très faible densité à l’hectare est une liberté primitive fondamentale. D’ici peu d’années, les nouvelles techniques de déplacements autonomes et propres permettront de dé-centrer la ville et de re-naturaliser l’ensemble du territoire.5. VEGETAL / MINERAL L’animal n’est pas fait pour vivre en ville. L’homme non plus. L’industrialisation, d’abord ferroviaire puis automobile, nous a contraint à vivre cet enfermement. Le télé-travail, la numérisation et la robotique sont entrain de faire sauter ce carcan biséculaire. Très bientôt, nous vivrons tous au calme, entourés d’oiseaux, d’arbres et de rivières. Nous demandons que chaque nouvel emploi créé soit situé en dehors des villes. Que chaque départ en retraite soit remplacé par un poste de travail à distance. Nous proposons que l’empreinte carbone de toute nouvelle construction du secteur tertiaire soit de zéro : matériaux, énergies, durabilité, luminosité, maintenance.6. PROXIMITE / LOINTAIN L’exclusion ressentie aujourd’hui par beaucoup de français, si elle est effectivement économique, est avant tout psychologique. Se savoir loin de tout s’accompagne d’un sentiment d’abandon. Loin du savoir, loin de l’information, loin de la dynamique collective. Nous pouvons être physiquement proches de nos voisins mais très éloignés du monde. Nous demandons que chacun soit relié à chacun. Que chaque habitant de tout point du territoire puisse accéder en langue française aux richesses du commun national : histoire, littérature, philosophie, sciences, arts, théâtre, cinéma, musique, gastronomie. Tout lointain sera intégré comme proche.7. LIEUX / NULLE PART Les lieux sont la condition première de l’établissement de l’homme dans l’espace. Les lieux c’est ici et maintenant : ils sont bornés, limités, identifiables. L’espace c’est nulle part : il est infini, a-humain, hors des temps. La condition post-moderne a généré une rupture dans nos tréfonds archaïques et anthropologiques. Elle est la source de souffrances quotidiennes. Nous proposons que les architectes, pour chacun de leurs édifices, créent des intériorités de silence, des cloîtres de paix, des lumières de silence. Ils doivent pour cela s’interroger sur la justesse de leurs actions : lieux, programmes, coûts, échelle, solidité, symboles, images.Michel BOURDEAU Architecte – MARS 2019

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