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Gérard Penot, un Grand prix à hauteur d’homme

Marie-Douce Albert |  le 27/11/2015  |  ArchitectureAménagementLoire

Urbanisme -

Salué pour la justesse de ses aménagements, le fondateur de l’Atelier Ruelle plaide pour des villes bienveillantes.

«J’ai en horreur l’hostilité des villes. » Les aversions de l’urbaniste Gérard Penot sont concrètes… Au ras du pavé, même. Le fondateur de l’Atelier Ruelle les fait défiler sur son écran d’ordinateur, sous la forme d’une série de photos de lieux moches : des rez-de-chaussée désolés, des cheminements troués et encombrés de rambardes et de poteaux malvenus. Pour celui qui devait recevoir le 25 novembre le Grand prix de l’urbanisme, décerné par le ministère du Logement, de l’Egalité des territoires et de la Ruralité, il ne s’agit tant de parler de l’esthétique de la bordure de trottoir, que de se préoccuper des citadins et de la considération qu’on leur porte. Ou non. « Comme tout le monde, j’apprécie les beaux skylines mais la ville n’est pas faite que pour être vue de loin. Si le sol n’est pas accueillant, ce sont les piétons que l’on méprise, les usages que l’on néglige. Je le vis comme une agression », s’agace-t-il.

Ulcéré.

Son histoire d’urbaniste avait déjà commencé en réaction à une agression urbaine, la brutale transformation de la place des Fêtes, dans le XIXe arrondissement de Paris, dans les années 1970. Né en 1949, Gérard Penot avait grandi du côté de République, où ses parents tenaient une épicerie. Adulte, il travaillait dans l’industrie agroalimentaire - « dans une entreprise où on fabriquait des machines à paner les poissons ou à fendre les têtes de porcs » - quand il a emménagé à Belleville, près de la place des Fêtes. Ce morceau du « vieux Paris populaire », fait de maisons et de petits immeubles, était alors sacrifié sur l’autel de la modernisation pour laisser place à des tours.
« Quelque chose s’échappait, raconte-t-il. J’étais ulcéré et férocement contre le milieu qui produisait cela. Je n’en comprenais pas les logiques. » Le jeune homme a commencé par militer au sein d’associations. Puis, pour comprendre l’origine de ce mal urbain, avec un ami, il est allé étudier la question à l’université, à Vincennes. « Bon an, mal an, je me suis retrouvé avec une licence d’urbanisme. » En revanche, il n’est pas architecte. S’il a fréquenté UP6, l’école d’architecture de la Villette, pour acquérir « les connaissances spatiales » qui lui faisaient défaut, il n’a jamais passé le diplôme. Il n’en avait plus le temps, puisqu’il avait déjà créé, avec l’architecte Alain Fournier à l’époque, l’Atelier Ruelle.

Intransigeant.

Trente-cinq ans plus tard, Gérard Penot n’a pas une réputation de théoricien. « Il écoute et transforme par petites touches. Il n’est pas dogmatique mais il a des convictions fortes », témoigne Eric Bazard qui a eu « le plaisir absolu » d’être un de ses maîtres d’ouvrage publics, à Saint-Etienne. Et en premier lieu, Gérard Penot plaide pour que la ville soit « aimable ». Il dit « son souci de faciliter la vie des gens. » Et en revient ainsi à ce fameux niveau du trottoir, le lieu du piéton, de l’usager de la ville par excellence. Gérard Penot pense ses projets à hauteur d’homme, réfléchit à des rez-de-chaussée accueillants, ouverts sur l’espace public. « Là-dessus, il est intransigeant », confirme-t-on du côté de ses maîtres d’ouvrage nantais, avec lesquels il travaille à aménager autant qu’à rénover un territoire de 164 hectares entre gare et Loire (lire page 72) depuis 2000. Car Gérard Penot, piéton de l’urbain, est aussi un marathonien. Il aime travailler dans la durée. « Le métier, tel que je le pratique, est un processus », explique-t-il.
Il reconnaît toutefois un moyen d’obtenir des résultats plus rapidement visibles : « Je suis devenu concepteur d’espaces publics car ils sont un accélérateur de qualité urbaine. » Le jury du Grand prix a d’ailleurs salué sa manière de fabriquer des aménagements « frugaux, justes et efficaces ». A entendre l’intéressé, cette simplicité lui est venue avec le temps. « Au départ, j’ai été tenté de surdessiner les espaces. Ce n’était pas nécessaire. Désormais, je préfère maintenir une certaine neutralité. » L’espace public, tel qu’il le crée, n’impose aucun usage et ne force à aucune attitude, permet la rencontre autant qu’il autorise la distance. Et respecte le citadin, puisque c’est bien là, la moindre des choses.

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