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Gérard Jourdan (SIM) : « Les carrières peuvent être des réserves pour la biodiversité »

A l’occasion du congrès-exposition 2008 de la Société de l’Industrie Minérale (SIM), qui s’est tenu à Limoges du 14 au 17 octobre, son président Gérard Jourdan(*) nous apporte un éclairage singulier sur les carrières.

Quelle est la mission de la SIM ?
La SIM a plus de 150 ans. C’est ce que l’on appelait une société savante qui a été créée pour diffuser une information scientifique et technique sur les matières premières et minérales. Sa création coïncide avec le développement de l’industrie minière dans notre pays, à une époque où l’on n’avait pas les moyens de diffusion actuels. Les mines ont disparu en France mais l’on extrait aujourd’hui des carrières un tonnage de matériaux supérieur à celui que l’on produisait alors.

Les carriers, qui sont des concurrents, ont-ils toujours intérêt à mutualiser leur savoir-faire ?
Ils se rendent en nombre à notre congrès annuel et se rencontrent dans les ateliers, les séminaires, les visites techniques, et interviennent dans ces assemblées. Les matériels on fait des progrès considérables, leurs puissances et leurs capacités ont été multipliées. Notre exposition leur permet de prendre connaissance de l’offre les industriels et ces derniers sont intéressés à rencontrer la demande.

Dans quelle mesure les carriers sont-ils concernés par les questions environnementales ?
On travaille aux questions de nuisances, par exemple sur l’émission des poussières, pour protéger les personnels d’une part, les riverains d’autre part. Les travaux de nos groupes de travail, sur la poussière, ou le minage, etc. servent souvent à l’élaboration des textes réglementaires. Aujourd’hui les carrières sont soumises à autorisation pour leur ouverture et à des obligations de réaménagement. Elles sont devenues des éléments de l’animation de la vie, par exemple en Région Parisienne, où elles ont donné lieu à la création de bases nautiques. On en arrive à une situation où elles ont, après exploitation, un usage public apprécié. De plus elles ont des avantages en matière environnementale. Ce sont des espaces exploités qui n’ont pas été soumis aux pesticides et qui n’ont pas été des terrains de chasse. La faune et la flore s’y développent. Certains oiseaux y viennent qu’on ne voit plus ailleurs. Elles peuvent devenir des oasis de richesse animale et végétale. Le réaménagement des carrières est entré dans les mœurs et les carriers en font une vitrine de leur activité.

Une partie des carrières appartient à de grands groupes du secteur de la construction et des matériaux, dotés de services environnement, les autres à des indépendants de plus petite dimension. Ces derniers sont-ils aussi vertueux que vous le dites à l’égard de l’environnement ?
Quel que soit le propriétaire des exploitations, j’ai l’impression que les pressions dont elles font l’objet de la part des collectivités locales les obligent à la vertu.

Les matériaux extraits par les carrières ne peuvent-ils trouver des substituts ?
Chaque français « consomme » 140 kg de granulats par semaine ! Ils servent à produire de l’enrobé pour les routes et du béton pour les bâtiments et le génie civil. Je doute que l’on puisse y substituer des végétaux ou du bois, au risque de substituer des forêts aux terres agricoles. En revanche les carriers sont de plus en plus impliqués dans la réutilisation des matériaux de démolition. De plus dans le cadre même de leur exploitation ils peuvent améliorer leur process pour valoriser au maximum le matériau dont ils disposent, par exemple en récupérant les fines.

Propos recueillis par Michel Roche (Matériels et chantiers)

(*) Gérard Jourdan, ancien élève de l’École polytechnique et de l’école des Mines de Paris, a été directeur du service des mines de Paris, directeur chargé des questions industrielles de l’Île-de-France.

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