Gel et dégel : le dispositif routier

- En première ligne devant la vague de froid, les DDE vont revoir leur organisation dès 1998. - Les points à améliorer : l'information des usagers, la coordination des services et l'interdépartementalité des actions mises en oeuvre.

Partager

La vague de froid qui a sévi sur la France entre le 20 décembre 1996 et la première semaine de janvier a désorganisé les transports, tant sur le réseau SNCF, où 15 000 à 30 000 personnes se sont retrouvées bloquées, que sur les réseaux routiers et autoroutiers. Retour de vacances épique : 700 000 personnes sur les routes, fermetures de l'A10 le 3 janvier et de l'autoroute A7, la veille. Dans la vallée du Rhône ; les files d'automobiles bloquées sur les voies verglacées de la RN7 et de la RN86, ont obligé le préfet de la Drôme à déclencher le plan Orsec...

Traditionnellement, les campagnes de « viabilité hivernale », c'est-à-dire de déneigement et d'entretien des routes, sont prises en charge, selon la nature du réseau, par les personnels des directions départementales de l'Equipement (DDE) ou par ceux des municipalités et des sociétés d'autoroutes. Comme il serait impossible de rendre carrossables les quelque 400 000 km de routes nationales, voies rapides et autres routes départementales (voir encadré chiffres-clés), le réseau routier français fait l'objet d'un classement en trois niveaux (de N1 à N3) qui définit, en fonction de leur utilité socio-économique, les axes à rendre prioritairement au trafic. Parallèlement, dès que le mercure frôle zéro, le permanent de la DDE, véritable coeur du dispositif, a un oeil rivé sur les trois seuils d'alerte (voir encadré circulation), l'autre sur son DOVH (dossier d'organisation de la viabilité hivernale), à partir duquel les services opérationnels de l'Equipement (1) procèdent aux opérations « préventives ou curatives » (voir les techniques de salage, page 45). Ainsi, à la DDE de Savoie, 400 personnes sont à pied d'oeuvre, 24/24 h et 7/7 jours. « Trente sept équipes peuvent se mobiliser en même temps. Objectif : un retour à la normale dans un délai maximum de trois à quatre heures », explique le directeur de la communication, Michel Folliet.

Haute-Savoie : la coordination comme clé du succès

En Haute-Savoie, la campagne hivernale a débuté très fort, dès le 18 décembre où les « babycrab » et autres « alpicrab », matériels spécifiques pour la haute montagne, sont entrés en action. La DDE dispose à elle seule, d'un budget de 17 millions de francs. « Mais, avec les personnels du conseil général, nous disposons de 400 personnes et d'un parc de 400 engins pour veiller sur les 28 000 km du réseau », explique Jean-Pierre Redon, adjoint au directeur départemental de l'Equipement. Un réseau qui compte également 514 km d'autoroutes sur lequel le trafic est multiplié par 1,5 ou 2 durant la période des fêtes.

Si, malgré les conditions météo, les retours de vacances d'hiver se sont bien passés, c'est parce que la coopération entre la DDE, le département de Haute-Savoie (1) et les sociétés d'autoroutes, AREA et ATMB, a été bien organisée. « Des points de coordination ont été mis en place et l'information circule en temps réel, quel que soit le réseau emprunté », se réjouit Michel Folliet. Il est vital que la continuité des réseaux soit utilisable en permanence.

Dans la Drôme, en revanche, malgré un exercice d'alerte en grandeur réelle il y a quatre semaines, les retours ont viré à la catastrophe. A la hauteur de la Coucourde, des automobilistes sont restés bloqués deux jours ! La raison ? Le manque de coordination entre les services d'Autoroutes du Sud de la France et ceux de la DDE. « Si vous délestez le trafic autoroutier, c'est-à-dire trois voies dans chaque sens, sur la RN7 qui comporte de nombreux secteurs à deux voies ; cela pose des problèmes, même en plein été », explique Philippe Tardy, directeur départemental de l'Equipement de la Drôme. Par temps de neige, associée à des pluies verglaçantes, au moindre incident les engins de déneigement ne peuvent plus circuler.

Alors que le 10 janvier, les barrières de dégel (2) - qui interdisent aux poids lourds de 7,5 à 12 t, de circuler sur les routes départementales - étaient mises en place dans plusieurs départements, Yves Robichon, sous-directeur à la direction des Routes, chargé de l'entretien, tirait le bilan : « La gestion de la crise a péché par manque de coordination, notamment au plan interdépartemental. » Pour l'avenir, la gestion par grands bassins de déplacements, testée depuis trois ans, va se substituer au découpage par DDE. Car l'automobiliste, lui, se moque de savoir quel réseau « administratif » il emprunte. Parfois mal équipé, souvent ignorant des prouesses accomplies par les équipes d'intervention (un homme de 26 ans s'est récemment tué au volant de son chasse-neige en Haute-Savoie), il demande à être informé et surtout, à rouler par tous temps.

Du côté des syndicats de l'Equipement, on pointe le sous-effectif. « Mille emplois sont supprimés en moyenne chaque année à l'Equipement. Parmi eux, 570 emplois liés directement à l'entretien des routes ont été supprimés au 1er janvier par le ministre de l'Equipement, Bernard Pons. Pire, 1 000 autres sont "gelés" en ce début d'année (...). Des chasse-neige restent au garage faute de conducteurs », écrit la CGT. Dans la Drôme , les spécialistes estiment que l'on ne saurait descendre sans risque sous la barre des sept agents par centre d'exploitation affectés à la viabilité hivernale.

Les pistes de réflexion pour améliorer le dispositif

Les problèmes rencontrés dans la vallée du Rhône ont été analysés au ministère de l'Equipement dès les 5 et 6 janvier. De là, trois pistes de réflexion : « Dès l'an prochain, explique Yves Robichon, il faudra mieux anticiper les risques de fermeture sur les autoroutes ; définir les moments critiques et mettre en place un dispositif de pré-alerte afin de préparer les DDE à faire face. Ensuite, il faut améliorer l'information sur toute la chaîne et, sans doute, désigner un responsable unique de l'information "tous réseaux", placé sous l'autorité du préfet : une idée développée également par le président de la SNCF. Enfin, il faut une priorité de circulation pour les véhicules légers. Quant aux poids lourds, nous allons, avec les fédérations de routiers, définir à partir de quand on leur interdit de circuler ou bien, à quel moment ils devront suivre des "convois blancs" : cortège de véhicules suivant les engins de déneigement. »

(1) Une douzaine de DDE dispose d'un DOVH. Toutes l'auront en 1998.

(2) La quasi totalité des axes principaux des routes nationales est aujourd'hui «hors gel » du fait des investissements réalisés ces vingt dernières années. Les barrières concernent désormais certains axes secondaires du réseau départemental.

Chiffres-clés de la viabilité hivernale

Réseau routier : 8 500 km d'autoroutes et de voies rapides ; 28 560 km de routes nationales ; 365 000 km de routes départementales et 560 000 km de voies communales.

Coût : le budget de l'Etat pour le réseau non concédé (31 000 km de routes et d'autoroutes) est de 300 millions de francs au total ; un chiffre qui devra être revu à la hausse cette année. Ventilés entre les DDE, il s'impute sur la ligne «entretien» (hors achat de sel).

Moyens humains : DDE (35 000 personnes), sociétés d'autoroutes (3 500), personnels communaux et, en cas de besoin, appel à des sociétés privées.

Parc d'engins de déneigement : 6 000 dans les DDE ; 2 000 dans les communes et 1 000 dans les sociétés d'autoroutes.

Salage : de 300 000 à 400 000 tonnes de sel (hiver doux) à plus de 1 million de tonnes si l'hiver est rigoureux. La campagne 1996/97 dépassera le record de 1,4 million de tonnes de l'hiver 1986/1987. Une DDE utilise, en moyenne, 7 000 tonnes par campagne.

DDE : veille et interventions

Basé au sein de la « cellule opérationnelle de coordination routière », le permanent est au coeur du dispositif d'action hivernale des DDE. Il centralise les informations et décide d'engager ou non les interventions, selon les informations transmises du terrain par les « patrouilleurs » . En cas de crise, il informe en temps réel les sociétés d'autoroutes, les autres DDE ; les médias, la gendarmerie et les CRICR (centres régionaux d'information et de circulation routière). A la DDE de la Somme, par exemple, huit permanents volontaires sont mobilisés. En cas de crise, ils évoluent en binôme.

Les patrouilleurs sont rattachés, au moment de la mise sous astreinte, à la cellule de coordination. Ils peuvent être envoyés à tout moment sur le terrain pour observer la formation et l'évolution des phénomènes.

Les responsables d'intervention et leurs équipes de conducteurs d'engins sont appelés dans les subdivisions territoriales de l'Equipement. Ils peuvent être appelés à tout moment sur le terrain.

Le budget moyen d'une DDE pour la viabilité hivernale (hommes et matériels seulement) varie de 0,5 à 30 millions de francs, selon la nature de son territoire. La durée moyenne d'une campagne est de 14 jours et mobilise au plan national 35 000 agents de l'Equipement soumis à un régime d'astreinte. Les interventions ont lieu deux fois plus souvent le nuit que le jour.

Schéma : Hiver les DDE en ordre de bataille, exemple de schéma d'organisation d'une DDE

%%GALLERIE_PHOTO:0%%
Circulation : Trois niveaux d'alerte

-1. Conditions délicates : brouillard givrant ou verglas local difficilement perceptible.

-2. Conditions difficiles : dangers généralement étendus : neige, grésil, pluie sur sol gelé. Les risques de blocage de la circulation sont importants.

-3. Conditions « impossibles » : paralysie complète du trafic accompagnée de fortes chutes de neige, de températures très basses (à partir de -10°C le salage devient inefficace), de vent entraînant la formation de congères ou encore de « pluie en surfusion » - la pluie tombe mais sa température étant inférieure à 0°, elle se transforme en glace dès qu'elle touche le sol.

Mon actualité personnalisable

Suivez vos informations clés avec votre newsletter et votre fil d'actualité personnalisable.
Choisissez vos thèmes favoris parmi ceux de cet article :

Tous les thèmes de cet article sont déjà sélectionnés.

  • Vos thèmes favoris ont bien été mis à jour.

Sujets associés

Les formations LE MONITEUR

Toutes les formations

LES EDITIONS LE MONITEUR

Tous les livres Tous les magazines

Les services de LE MONITEUR

La solution en ligne pour bien construire !

KHEOX

Le service d'information réglementaire et technique en ligne par Afnor et Le Moniteur

JE M'ABONNE EN LIGNE

+ 2 500 textes officiels

Tout voir
Proposé par

Détectez vos opportunités d’affaires

75 - PARIS HABITAT OPH

Fourniture de bois et de matériel de menuiserie

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS

Ajouter Le Moniteur à l'écran d'accueil