Energie

Gaz : un mix 100 % renouvelable n’est pas une utopie

Mots clés : Gaz

Dans le cadre des Assises européennes de la transition énergétique, l’Ademe, GRDF et GRTgaz ont révélé le 30 septembre à Genève une étude consacrée au méthane vert. Celle-ci démontre qu’il est possible de couvrir les consommations de gaz en 2050 uniquement avec des sources renouvelables.

Bruno Léchevin ne pouvait pas mieux conclure son mandat. Dans le cadre des Assises européennes de la transition énergétique, le président de l’Agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe) a présenté le 30 septembre à Genève une étude consacrée à l’hypothèse d’une France dont le gaz proviendrait uniquement de sources renouvelables en 2050. Pour l’occasion, il était accompagné de Thierry Trouvé, directeur général de GRTgaz, et d’Edouard Sauvage, directeur général de GRDF. Les deux entreprises et l’organisme public ont confié cette enquête aux bureaux d’études Solagro et AEC. Et les résultats s’avèrent surprenants : « Alors qu’aujourd’hui, les ressources vertes couvrent seulement 0,1 % de nos consommations en gaz, le gisement disponible suffirait à couvrir nos besoins à l’horizon 2050 », affirme Fabrice Boissier, directeur général délégué de l’Ademe.

Pour fournir le combustible nécessaire, les auteurs évoquent trois méthodes : la méthanisation de matières organiques ; la pyrogazéification qui consiste à générer le méthane à partir du chauffage à haute température de végétaux ou de déchets ; et l’électrolyse-méthanation où le gaz provient de la réaction entre de l’hydrogène produit au moyen d’un surplus d’électricité renouvelable et du dioxyde de carbone. Ce trio pourrait apporter au maximum 460 TWhpcs de gaz injectable. « Ce chiffre ne correspond pas à un idéal économique à atteindre. Nous avons cherché à évaluer la réserve si nous poussions tous les curseurs dans cette direction, précise Fabrice Boissier. La biomasse mobilisée par la pyrogazéification pourrait aussi être utilisée dans des chaufferies ou des cogénérations. » Pour Thierry Trouvé, cette valeur demeure raisonnable : « Nous ne nous sommes pas mis dos au mur, notamment au niveau de l’usage des algues. »

 

 

L’indispensable taxe carbone

 

Tout modéré qu’ils soient, ces 460 TWhpcs dépasseraient déjà largement la demande. Selon les scénarios imaginés par les rapporteurs, celle-ci serait comprise entre 276 et 361 TWh pcs . Cette analyse réjouissante comporte néanmoins plusieurs limites. En premier lieu, le prix du mégawattheure (MWh) de gaz oscillerait alors entre 116 et 153 euros, alors que celui-ci s’élève à une vingtaine d’euros. « Avec les tarifs actuels, la transition énergétique n’est pas possible, déplore le directeur général délégué de l’Ademe. Toutefois, si le MWh brut atteint 40 euros et que nous ajoutons une taxe carbone à 200 euros la tonne, nous aboutissons à un coût de 86 euros/MWh. A ce niveau, les installations de pyrogazéification et d’électrolyse-méthanation deviendraient compétitives. »

Le développement de ces deux technologies constitue un autre problème. Bien que mature, la pyrogazéification reste aujourd’hui beaucoup trop coûteuse pour convaincre les investisseurs. Quant à l’électrolyse-méthanation, il n’existe pour le moment aucun site industriel dédié à ce procédé en France.

 

Un réseau presque prêt

 

A côté de ces deux obstacles, l’adaptation du réseau à ce nouveau mix semble une formalité. La multiplication des centres de production requerrait certes de nombreux raccordements et la pose de systèmes d’échange entre les infrastructures de distribution et de transport. Toutefois, les travaux ne représenteraient que 3 euros/MWh dans les coûts finaux décrits. « Ces opérations exigent de la planification, remarque Thierry Trouvé. Néanmoins, le réseau de transport est un moyen d’acheminement d’énergie que le pays a déjà financé. » Son homologue Edouard Sauvage partage cet avis : « Ces projets doivent être anticipés, mais les technologies existent déjà. Le gaz reste le meilleur vecteur pour convoyer de l’énergie. Maintenant, il faut fixer des objectifs ambitieux pour la méthanisation. »

 

 

En effet, si cette étude reste approximative, elle pourrait alimenter de nombreuses discussions en cette année de programmation pluriannuelle des énergies. « Cette étude est destinée à faire bouger les lignes, indique Bruno Léchevin. Elle met en évidence la synergie qu’il peut exister entre l’électricité et le gaz grâce à l’électrolyse. Nous allons la porter au débat. »

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X