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Garonne-Eiffel se joue de l'eau

Orianne Dupont |  le 20/04/2018  |  ArchitectureAménagementGironde

Bordeaux Euratlantique -

Situé en zone inondable au sein de l'OIN bordelaise, le projet d'aménagement de la ZAC sur la rive droite apporte une réponse innovante en cas de crue de la Garonne.

« Nous avons dû travailler avec des nuisances créatives qui poussent à se faire des nœuds au cerveau », raconte Vincent Hertenberger, directeur des espaces publics chez TVK et architecte urbaniste pour Garonne-Eiffel. Déclarée d'intérêt national, l'opération se devait d'être innovante. C'est la proposition de l'équipe composée de TVK architectes urbanistes (mandataire) et du bureau d'études Ingérop que retient le jury du concours en décembre 2011. Elle choisit de s'adapter au risque et « d'en faire un élément structurant », indique Carine Dunogier, responsable du département ville et mobilités de l'agence Ingérop de Bordeaux. Sur les 128 ha que compte le périmètre, 100 ha sont inondables. Le projet urbain répond à cette problématique et, en décembre 2017, l'EPA Bordeaux Euratlantique obtient l'arrêté préfectoral « loi sur l'eau » autorisant le projet.

La berge s'élève à 4-4,5 m au-dessus de la Garonne quand le pied des coteaux, à l'arrière du quartier, ne dépasse pas 3 m. En cas d'inondation, la zone pavillonnaire existante est largement impactée. « Il fallait une solution rustique qui fonctionne toute seule et dont tout le monde aura oublié l'existence dans cinquante ans », détaille Carine Dunogier. La protection et la qualité de vie du quartier proposées par le duo TVK-Ingérop reposent sur le système hydraulique : 17 ha d'espaces verts publics en réseau grâce à des noues et des cheminements doux. « Il n'y a pas de solution technique forte pour vidanger, la création de noues permet de siphonner les piscines qui pourraient se créer », confirme-t-on à Bordeaux Euratlantique.

La protection du quartier et sa qualité de vie reposent sur le système hydraulique.

30 % d'espaces verts en plus. Ingérop et TVK ont imaginé de grandes étendues ouvertes - des parcs et des jardins des îlots -qui seront les espaces paysagers du quartier. « Ce maillage sert de répartiteur de l'eau sur le territoire. Des buses la diffuseront et l'étaleront sur la plus grande surface active possible en cas d'inondation, ce qui abaissera son niveau. Les zones en creux des grands parcs la répartiront ; elle ira dans les points bas, puis dans les réseaux d'assainissement », détaille Carine Dunogier. Ces 30 % d'espaces verts supplémentaires - par rapport au plan-guide initial - « renforcent le caractère du paysage car nous avons dû travailler sur la continuité des espaces pour créer le réseau, un plus pour la biodiversité et les cheminements doux », ajoute Vincent Hertenberger. « En retrouvant ces chenaux, nous reprendrons le tracé historique et renforçons la notion de ville nature », estime Alexandre Villatte, directeur général adjoint de Bordeaux Euratlantique.

Différents scénarios ont été modélisés : le quartier est ainsi capable de s'adapter à un événement comparable à la tempête de 1999 auquel s'ajoute une surcote marine de 60 cm due au réchauffement climatique. Cette hypothèse intègre aussi la rupture des digues. Un scénario quasi impossible.

Autre contrainte : la nécessité de laisser passer un certain volume d'eau.

Le premier critère réside dans l'inconstructibilité sur une bande de 50 m minimum derrière les digues. Quant aux bâtiments, ils participeront aussi à retenir et diffuser l'eau. Si aucune forme de bâti n'est imposée, un travail est mené sur l'écartement entre les bâtiments et la pente générale des sols afin de ne pas créer de couloir. Par ailleurs, les seuils des bâtiments sont surélevés jusqu'à 70-80 cm du sol. « Un travail délicat à effectuer en raison de l'accès PMR, reconnaît Vincent Hertenberger, mais il sera possible de monter de manière douce en passant par des jardins surélevés, notamment ; c'est plus compliqué pour les maisons de plain-pied, on peut imaginer un double accès… »

« Robinet ». Une complexité qui « aide à structurer des idées fortes et à fédérer les acteurs », estime l'architecte urbaniste. L'autre contrainte imposée aux promoteurs est la nécessité de laisser circuler un certain volume d'eau, calculé pour chaque parcelle. Cette transparence hydraulique doit au moins atteindre 30 cm et son entretien figurer dans le permis de construire. « C'est le point le plus compliqué à expliquer aux opérateurs, il ne s'agit pas de faire un trou ou un bassin : l'eau doit pouvoir passer », précise Carine Dunogier. « Le projet urbain Garonne-Eiffel est un robinet qui régule la vitesse et la hauteur de l'eau », conclut-elle avec cette métaphore.

128 ha pour la ZAC Garonne-Eiffel au sein de l'OIN Bordeaux Euratlantique.

100 ha sont inondables.

966 000 m2 de surface de plancher programmés (habitat, bureaux, commerces et équipements).

2 km de façades sur la Garonne.

18 000 habitants et 10 000 emplois sont attendus à terme sur le secteur.

4 nouveaux quartiers seront créés : Deschamps, Eiffel, Souys-Richelieu, Souys-Combes.

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« Une réponse globale basée sur une pratique ancestrale et durable »

« La force de ce projet est de transformer la contrainte en opportunité pour le territoire.

A travers la prise en compte technique du risque inondation, nous apportons une réponse globale basée sur une pratique ancestrale et durable. Ainsi, revenir à ce système hydraulique paysan nous conduit à appréhender les espaces verts et la gestion de l'eau de manière différente. Au niveau du système d'assainissement, par exemple : l'eau pluviale sur le toit des bâtiments sera déversée directement dans des noues à ciel ouvert, puis dans des zones d'épandage dans nos espaces verts. Si bien que nous créons des quartiers sans tuyau.

Les espaces verts seront plus nombreux tandis que la mise en œuvre et la maintenance coûteront moins cher. Même chose pour la logique de plantation : les arbres poussent mieux dans des noues. Ce qui engendre une végétalisation plus rapide et durable du quartier et, à terme, la création d'îlots de fraîcheur. Nous renaturons le sol : en faisant de la ville, nous retrouvons la nature. »

Alexandre Villatte, directeur général adjoint de l'EPA Bordeaux Euratlantique.

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