Fusion Lafarge/Holcim : Bruno Lafont se veut rassurant
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Fusion Lafarge/Holcim : Bruno Lafont se veut rassurant

Olivier Baumann |  le 07/04/2014  |  Produits et matérielsBétonMise en concurrenceIndustrieConjoncture

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Ciment, granulats, BPE... les deux géants français et suisse des matériaux de construction ont annoncé leur fusion prochaine. Le futur champion européen totalisera un chiffre d’affaires de 32 milliards d’euros et emploiera 130 000 personnes dans le monde. Pour ne pas fausser la concurrence, les deux entreprises devront céder des actifs – pour 5 milliards d’euros au total !- là où elles sont toutes deux présentes et font doublon. La France sera concernée, mais sans détail encore sur les implantations visées.

« Nous n’avions qu’à suivre le Rhône pour nous rencontrer ! » Evoquant les berceaux historiques de l’entreprise suisse Holcim et de la rhônalpine Lafarge, née en 1833 au Teil, en Ardèche, Rolf Soiron, actuel président d’Holcim, a annoncé la naissance du n°1 mondial des matériaux de construction (sur les trois activités ciment, granulats, béton prêt à l’emploi). Le nouveau géant, baptisé simplement LafargeHolcim –un nom qui pourrait être modifié à terme – totalisera un chiffre d’affaires cumulé de 32 milliards d’euros (dont 14,7 milliards en Europe et Amérique du Nord) dans 90 pays. L’objectif de cette fusion « entre égaux », puisque les deux groupes ont des tailles comparables, est  de créer un « champion européen » capable de prendre l’ascendant sur ses concurrents mondiaux, issus notamment des pays émergents. Réalisant quelque « 60% de son activité dans des marchés à forte croissance », il entend répondre aux grands défis de l’urbanisation mondiale et à la hausse de la demande en matériaux de construction qui, selon Bruno Lafont, directeur général de Lafarge et futur directeur général de LafargeHolcim (la présidence ira à l’allemand Wolfgang Reitzle), devrait doubler dans le monde d’ici 2025.

L’annonce de cette fusion, qui prendra la forme d’une offre publique d’échange lancée par Holcim sur Lafarge, au taux d’une action Holcim pour une action Lafarge, a été bien accueillie par les marchés en fin de semaine dernière : l’action Lafarge gagnait 9% à la Bourse de Paris, celle d’Holcim 7% à celle de Zurich ! Des hausses qui  font suite à celles, spectaculaires, que Lafarge a pu enregistrer depuis deux ans. Il faut dire que l’entreprise revient de loin.

Des cessions d’actifs nécessaires

En décembre 2007, Lafarge rachetait en effet à prix d’or (8,8 milliards d’euros) Orascom,  le géant égyptien du ciment, juste avant la crise financière mondiale. Une fois la crise confirmée et le ralentissement de ses marchés acté, son niveau d’endettement est devenu critique. L’industriel français a donc cherché à le réduire à tout prix en mettant en place une stratégie de réduction des coûts (qu'il avait entamé début 2007 avec la vente de ses activités tuiles et qu'il a poursuivi avec la cession de ses activités plâtre pour se recentrer sur ses activités historiques : ciment, béton, granulats) et de limitation des investissements. La fusion avec le suisse Holcim procède de cette logique d’optimisation.  Ce rapprochement devrait en effet produire des « effets de synergies qui atteindront 1,4 milliard d’euros en année pleine au bout de trois ans, dont un tiers dès la première année », selon Rolf Soiron. Et pour ne pas fausser la concurrence là où les deux entreprises sont actuellement implantées et font « doublons », la fusion devrait aussi s’accompagner de cessions d’actifs, représentant un « désinvestissement » estimé pour l’instant à 5 milliards d’euros - soit 15 % du chiffre d’affaires cumulé du nouveau groupe- provenant pour deux tiers de l’Europe et pour un tiers des pays émergents.

Peu de détails sur la France

En anticipant l’annonce de ces cessions d’actifs, les dirigeants veulent montrer leur bonne volonté aux autorités de la concurrence de tous les pays concernés, et en particulier les autorités européennes, qui les suivront de très près, en insistant notamment sur les complémentarités entre les deux groupes. Bruno Lafont a d’emblée assuré que ce désinvestissement ne donnerait pas lieu à la fermeture d’usines et aurait, de ce fait, des effets extrêmement limités sur les emplois.  Indiquant « garder confidentielles les discussions [qu’il a pu avoir jusqu’à présent] avec le gouvernement français », Bruno Lafont n’est pas entré dans le détail des sites qu’il souhaitait céder en France. Il a seulement indiqué que ceux-ci pourraient être vendus au détail ou alors être réunis pour former un paquet cédé à un acteur unique. Des acteurs tels que HeidelbergCement ou Cemex, peu présents en France dans l’activité ciment, pourraient être intéressés.

Pour le délégué CGT central de Lafarge Ciments, Sylvain Moreno, "Il est clair qu'il y aura des cessions en France". La réorganisation pourrait se faire par des "cessions de cimenteries anciennes" ou des "transformations de cimenteries en stations de broyage", a-t-il indiqué à l’AFP craignant de voir tomber l’effectif de Lafarge Ciments (1 430 salariés sur 19 sites dont 9 cimenteries et 5 usines de broyage) de 10 à 20%. Sans parler du "risque" de voir les usines alimentées par "des matières premières importées". "Holcim importe déjà du clinker, jusqu'ici Lafarge ne le fait pas, que va-t-il se passer?", s'interroge Sylvain Moreno qui s’inquiète notamment pour la cimenterie de La Couronne (Charente), proche de la station de broyage d'Holcim, à La Rochelle (Charente-Maritime) laquelle est approvisionnée avec du "clinker importé d'Espagne".

Siège en Suisse, R&D en France

Bien que le siège de LafargeHolcim sera basé en Suisse, Bruno Lafont a assuré d’une part que le groupe restera coté au CAC40 et d’autre part que « de nombreuses fonctions centrales du groupe resteront en France », en particulier le Centre de Recherche et Développement central du groupe, qui sera situé à Lyon (le site actuel du centre de recherche de Lafarge est à l’Isle d’Abeau). Les deux groupes espèrent finaliser leur mariage au premier semestre 2015. Outre la consultation des instances représentatives du personnel, qui démarre dès le 8 avril, le grand défi consistera à obtenir toutes les autorisations réglementaires  auprès des autorités de régulation concernées. "Lafarge et Holcim sont tellement gros qu'ils ne se seraient pas engagés dans un tel projet de fusion" sans être convaincus d'obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, estime toutefois Abdelkader Benchiha, analyste chez Natixis, interrogé par l’AFP.

LafargeHolcim en chiffres

Chiffre d’affaires : 32 milliards d’euros

Bénéfice brut d'exploitation ou Ebitda : 6,4 milliards d’euros

Effectif : 130 000 salariés

Présence dans 90 pays

Lafarge France exploite 450 sites dans les activités ciments, granulats et bétons et emploie 5 300 salariés

Holcim Suisse exploite en France environ 200 sites et fait travailler 1 800 personnes.

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