Profession

Frédéric Druot ou la stratégie du pas de côté

Mots clés : Architecte - Bois - Communication - marketing - Maîtrise d'œuvre - Prix d'architecture

Co-maître d’œuvre de la métamorphose de la tour Bois-le-Prêtre et donc co-lauréat de l’Equerre d’argent 2011, avec Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, l’architecte sort, une fois n’est pas coutume, de son rôle d’homme discret.  Enfin presque. Frédéric Druot cultive en effet l’art de la mise à distance.

«Pour bien voir une étoile, il faut se mettre un peu de côté », dit Frédéric Druot. Ah bon ? L’architecte explique alors: « Sinon elle se plaque sur la fovéa, dans la rétine, et vous en voyez plus qu’un machin qui brillotte. »  Cette règle – faire un pas de côté de manière à trouver le meilleur point de vue -, l’architecte qui recevra le 6 février l’Equerre d’argent, avec Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, pour la réhabilitation de la tour Bois-le-Prêtre à Paris (17e), l’observe dans bien des domaines.  A commencer dans sa propre discipline. L’attitude permet d’avoir « une vision plus large que l’idée de l’architecture », dit celui qui depuis quelque trente ans aime à « manipuler les idées».

Né en 1958 à Bordeaux, Frédéric Druot était « intéressé par le rapport à l’espace et par l’idée de projet ». Si l’on ajoute à cela, une appétence pour les arts et un goût plus certain encore pour l’indépendance, voilà qui l’a mené à l’architecture. Et à l’école de Bordeaux, dont il est sorti diplômé en 1984. L’établissement dispensait un enseignement « assez déstructuré », ce qui faisait bien son affaire: « J’y ai trouvé la liberté que je cherchais. »  En la matière, il a aussi eu, en dehors de l’école, un bon professeur  – « Un gourou sans dogmes», comme il le décrit – en la personne de Jacques Hondelatte.

L’architecte, disparu en 2002, était connu pour son ouverture d’esprit et  a influencé nombre de ses jeunes confrères, dont Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. « Il nous a fait comprendre qu’on a le droit de penser, explique Frédéric Druot, de se remettre en cause, de se tromper. »  Jacques Hondelatte et Frédéric Druot ont eu l’occasion de travailler ensemble du temps de la première agence que le second a créé en 1987 avec une bande d’autres jeunes intrépides, Jean-Luc Goulesque, Patrick Jean, Jacques Robert ou encore Jean-Charles Zebo. Le groupe avait choisi de s’appeler « Epinard Bleu ». Etait-ce bien raisonnable ? Ça n’était justement pas le but dans une profession qui, laisse entendre Frédéric Druot, se prend tellement au sérieux. C’était un moyen aussi d’attaquer le milieu par la bande, en faisant de l’architecture mais aussi du design, de la mode ou de la musique. L’aventure s’est poursuivie jusqu’en 1992. L’année précédente, Frédéric Druot avait créé sa propre agence, à Paris.

Francis Soler avait fait appel à lui pour travailler sur le centre international de Congrès de Branly. Le projet s’est enlisé pour cause d’imbroglio politique mais pour le critique Patrice Goulet, il faudrait « ressortir les dessins que Frédéric Druot a fait à l’époque. Ils révèlent à quel point il est incroyable de précision ». L’affaire montre aussi qu’être un architecte « de côté », pour Frédéric Druot, ce peut aussi être parfois un homme caché. Que ce soit pour la réalisation des bureaux du ministère la Culture dans l’îlot des Bons-Enfants, livrés en 2004, toujours avec Francis Soler mais en association cette fois, comme pour sa participation à la grande rénovation du centre Pompidou, jusqu’en 2000, l’architecte a tenu souvent un rôle très discret.

Jean-Jacques Aillagon a été son maître d’ouvrage quand il a été tour à tour à la tête de Beaubourg, du ministère de la Culture ou du château de Versailles et il lui reconnaît d’être « toujours sur la réserve. Il y a chez lui une grande humilité ». Patrice Goulet ajoute une touche au portrait : « Quand on va à Bois-le-Prêtre avec lui, il connaît tout le monde. Il est attentif aux autres, incroyablement gentil ». Mais l’ancien ministre de la Culture complète: « Ce ne va absolument pas à l’encontre de la fermeté de son esprit critique ». Frédéric Druot reconnaît, lui, que son art de cultiver la position de côté lui permet justement « d’être extrêmement critique sur l’architecture. Ce qui me vaut une étiquette d’emmerdeur ».  Cela dit d’une voix toujours très calme.

Dès lors, on n’est guère étonné qu’il reconnaisse que, si l’attribution de l’Equerre l’a ému, « le côté « promo » est un forme obligée qui ne m’amuse pas. Ce prix est surtout bien pour la tour Bois-le-Prêtre, un immeuble qui veut dire quelque chose ». C’est une reconnaissance bienvenue pour un travail qu’il mène depuis longtemps avec Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sur le logement et sur l’absurdité de la politique de la table rase. La vraie preuve sera, bien sûr, que ce chantier unanimement salué ne demeure pas une exception mais que « la générosité » et « le plaisir » dont il aime parler deviennent la règle.  Ce combat est lourd, de ceux qui font dire à Frédéric Druot combien il lui est important «  de ne pas être relié seulement à l’architecture ». Au détour d’un mail de vœux, il glisse: « La nuit je fais de la peinture ».

www.druot.net

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