En direct

François Ascher, Grand Prix de l'urbanisme 2009
François Ascher, Grand Prix de l'Urbanisme 2009 - © DR

François Ascher, Grand Prix de l'urbanisme 2009

Lemoniteur.fr |  le 13/05/2009  |  ArchitectureUrbanismeRéglementationFrance entièreConcours

Enseignant à l'Institut français d'urbanisme, auteur de très nombreux articles et ouvrages (dont "Métapolis ou l'avenir des villes" et plus récemment "Les Nouveaux Compromis urbains : lexique de la ville plurielle"), François Ascher est économiste de formation et sociologue de renommée internationale. Il défend une recherche utile au service de la ville et de l'action urbaine.

Le Grand Prix de l'urbanisme 2009 a été décerné à un chercheur, François Ascher. Enseignant à l'Institut français d'urbanisme, auteur de très nombreux articles et ouvrages (dont "Métapolis ou l'avenir des villes" et plus récemment "Les Nouveaux Compromis urbains : lexique de la ville plurielle"), cet économiste de formation et sociologue de renom international défend une recherche utile au service de la ville et de l'action urbaine. C'est aussi un médiateur entre les professions et entre les disciplines, à l'origine du concours Europan, du club Ville Aménagement, et de l'Institut pour la Ville en mouvement. Il a été conseiller scientifique au PUCA, à la DATAR et au ministère de la Recherche.
Grand voyageur, François Ascher a analysé le phénomène de la métapole partout dans le monde, et inventé le concept d'hypermodernité. Il prépare actuellement un cycle d'auditions publiques sur le thème changement climatique et urbanisme.

En 2006, voici comment, dans son dossier de candidature pour le Grand Prix de l'Urbanisme, il définissait ses positions :

"De près de 40 ans d'enseignement et de recherche en France et à l'étranger, d'expertise, de gestion d'institution de formation, de pilotage de programmes de recherches, de consultance, de participation à des concours, je tire un certain nombre de thèses sur ce que je considère être les enjeux contemporains de l'urbanisme, et leurs implications en matière d'enseignement et de recherche.

Douze thèses sur l'urbanisme

1. L'urbanisme est un champ de pratiques professionnelles et sociales hétérogènes qui mobilise simultanément des connaissances scientifiques disciplinaires, de l'ingénierie, de la conception, de l'organisation, des savoir-faire, de l'imagination, de la créativité, et qui passe par toutes sortes d'interactions, de conflits, de compromis, de prises de risques. De plus, l'urbanisme s'exerce sur des réalités urbaines toujours singulières, chargées d'une histoire spécifique, et dans des contextes temporels différents. L'urbanisme ne peut donc prétendre constituer en tant que tel, ni une discipline scientifique, ni un seul métier. Mais l'urbanisme doit être en mesure de mobiliser sans cesse de nouvelles spécialités scientifiques et techniques.


2. Il fut un temps où des professionnels très expérimentés pouvaient assurer un grand nombre de tâches de natures différentes. Aujourd'hui, l'exercice de l'urbanisme nécessite la mobilisation dans la durée de savoirs très spécialisés, d'acteurs et d'expériences multiples. Le premier enjeu est de parvenir à mobiliser l'ensemble des compétences nécessaires. Le second est de parvenir à faire
travailler les divers spécialistes ensemble dans un dynamique commune. L'urbanisme contemporain passe donc à la fois par des projets, car ils peuvent agréger des compétences, par des dispositifs organisationnels qui prennent d'ailleurs une importance croissante, et par des professionnels et des décideurs capables de les initier et de les faire fonctionner.

3. Les actions urbaines s'inscrivent généralement dans des durées longues. Or nos sociétés sont marquées par des incertitudes croissantes. Agir à long terme dans un monde incertain, nécessite donc de distinguer, d'une part les objectifs majeurs qui s'imposent tout au long de l'action, qui sont de l'ordre du projet d'ensemble et de la stratégie, d'autre part les objectifs particuliers et plus
ou moins circonstanciels, qui sont de l'ordre de la réactivité et de la tactique. Articuler des tactiques et des réactions à une stratégie, nécessite une forte réflexivité, c'est-à-dire de faire retour en permanence sur l'analyse des résultats des actions précédentes. L'action informe ainsi l'action, sans pour autant verser dans l'empirisme. On peut qualifier ce type d'urbanisme de
« management stratégique urbain ».


4. La réflexivité nécessaire dans des opérations urbaines longues et complexes, remet en partie en cause la chronologie ancienne qui commençait par des études préalables et allait à la réception des travaux, en passant par le diagnostic, les scénarios, le choix d'un programme, le projet, le montage financier et la réalisation. Aujourd'hui, l'urbanisme est fait de multiples itérations qui bouleversent partiellement certains découpages professionnels. L'urbanisme ne peut donc plus être limité à la planification et la conception de la ville, mais doit intégrer sa réalisation voire sa gestion.


5. Les villes étant complexes et singulières, et l'urbanisme étant constitué de multiples itérations, le projet n'est pas seulement projet, il est aussi un analyseur des situations urbaines et un révélateur de leurs potentialités. L'urbanisme doit donc s'appuyer sur une culture du projet chez l'ensemble de ses intervenants. Les sciences sociales urbaines elles-mêmes doivent se confronter à la logique du projet et de la conception.


6. L'espace urbain n'existe pas indépendamment des pratiques sociales qui y prennent place et qui le co-construisent. Les formes urbaines ne peuvent donc être abordées ni comme un réceptacle passif ou strictement fonctionnel, dont les détails seraient sans implications, ni comme un outil qui pourrait en tant que tel servir à manipuler le social. Il ne peut donc y avoir d'urbanisme qui soit
seulement spatial ou seulement programmatique. Mais le fait que le projet informe le programme comme le programme informe le projet, ne signifie pas pour autant que leurs temporalités, leurs modalités et leurs savoirs fusionnent. Ce qu'il faut donc organiser tout spécifiquement, ce sont les modalités d'échange, d'interface, entre les « projecteurs » et les « programmateurs ». Il faut noter que les spécialistes des sciences sociales comme les architectes peuvent être d'un côté ou de l'autre...


7. La production de la ville mobilise des acteurs variés, aux intérêts et aux modes de fonctionnement différents voire divergents.
Les dispositifs urbanistiques, leurs responsables et leurs donneurs d'ordre doivent donc accorder une place particulière à l'analyse des jeux des acteurs et à leurs logiques spécifiques, pour pouvoir les associer à la conception des actions urbaines et les faire converger sur des projets communs. L'intérêt général qu'il s'agit de faire émerger est de plus en plus « procédural », c'est-à-dire qu'il
se définit et se dessine de plus en plus tout au long d'un processus créatif, sociopolitique et technico-économique complexe.

8. L'urbanisation continue - y compris dans les pays déjà presque totalement urbanisés - sous la forme de la « métropolisation », c'est-à-dire de la concentration des richesses humaines et matérielles dans et autour des grandes agglomérations. La maîtrise du développement urbain, l'urbanisme à grande échelle, mais également les choix urbains de proximité, nécessitent donc la prise en compte du fonctionnement des villes à cette nouvelle échelle métropolitaine élargie. Une métropole comme une ville n'est ni une addition de villages, ni une mosaïque de quartiers. Elle est système et doit être pensée comme articulation dynamique entre le tout et les parties. L'urbanisme est donc fait d'actions simultanées à diverses échelles. Aussi nécessite-t-il aujourd'hui à la fois des pouvoirs d'agglomération forts et démocratiques, et une prise en compte des intérêts locaux au plus près des habitants et des usagers.

9. Les métropoles se développent par croissance interne, en se densifiant et en s'étendant à leur immédiate périphérie et en se recomposant, et par croissance externe, en absorbant dans leur aire de fonctionnement des villes et des bourgs, des villages et des zones rurales. Elles forment ainsi un nouveau type de ville, les métapoles, distendues, discontinues, hétérogènes et multipolarisées.
L'urbanisme métapolitain est donc nécessairement varié et non doctrinal, car il doit faire la ville dans des contextes diversifiés et répondre à des demandes sociales disparates.


10. Le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC) ne substitue pas simplement des télécommunications aux déplacements physiques, mais il suscite de nouvelles mobilités et provoque diverses recompositions spatiales. Il contribue notamment à modifier le contenu, les localisations et les formes des « polarisations » fonctionnelles et sociales.
Le développement des TIC a aussi des effets paradoxaux : tout ce qui se médiatise audiovisuellement tend à se banaliser grâce au développement accéléré des performances dans ce secteur. Cela donne une valeur économique et symbolique accrue à tout ce qui ne se télécommunique pas, à ce qui se touche, se sent, se goûte, se vit dans le face-à-face, en direct. Il en résulte deux conséquences majeures du point de vue de l'urbanisme : d'une part, la qualité sensible des lieux importe de plus en plus, la notion d'ambiance multi-sensorielle revêtant une importance accrue ; d'autre part, l'urbanisme doit être capable de jouer avec les événements et
avec « l'être-ensemble » pour donner du sens aux lieux.


11. Le développement d'une ville dépend pour une bonne part du dynamisme des acteurs. Son potentiel dépend aussi de toutes sortes de richesses immatérielles, de l'intensité des réseaux sociaux locaux à l'image de marque de la ville. L'urbanisme doit donc être capable de jouer non seulement sur le hard de la ville, mais également sur le soft, que ce soit dans les tâches de développement, dans l'invention programmatique liée à la conception de projets urbains, dans la production d'événements susceptibles de laisser des traces urbaines, dans la cristallisation spatiale des potentiels culturels et sociaux.


12. Dans une société où la très grande majorité de la population vit ou travaille dans des villes, l'urbanisme a des responsabilités accrues en matière économique (le développement dépend pour une bonne part de la qualité des villes), en matière sociale (les différenciations spatiales menacent toujours d'accroître les inégalités sociales), en matière environnementale (les villes constituent
aujourd'hui des éléments clefs des éco-systèmes). L'urbanisme doit donc s'inscrire dans la problématique du développement durable, qui implique de rendre aussi conciliables que possibles, les exigences de développement économique qui sont de l'ordre de la « performance », les exigences d'équité sociale qui sont de l'ordre de la « justice », et les exigences environnementales
qui sont de l'ordre de « l'éthique ». Il s'agit d' « axiomatiques » différentes, irréductibles les unes aux autres.
L'urbanisme nécessite donc inévitablement des compromis, mais il est aussi potentiellement un outil possible pour concevoir ces compromis. Il est à ce titre un instrument clef dans la gouvernance locale.

Commentaires

François Ascher, Grand Prix de l'urbanisme 2009

Votre e-mail ne sera pas publié

Éditions du Moniteur

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

AMC N°270 - SPÉCIAL INTÉRIEURS 2018

Presse - Vente au n°

Prix : 29.00 €

Voir

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Opérations Immobilières n°106 - Loi ELAN

Presse - Vente au n°

Prix : 37.00 €

Voir

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Aménager sans exclure, faire la ville incluante

Livre

Prix : 24.00 €

Auteur : Éditions du Moniteur

Voir

Accéder à la Boutique

Les bonnes raisons de s’abonnerAu Moniteur

  • La veille 24h/24 sur les marchés publics et privés
  • L’actualité nationale et régionale du secteur du BTP
  • La boite à outils réglementaire : marchés, urbanismes, environnement
  • Les services indices-index
Je m’abonne
Supports Moniteur
Les cookies assurent le bon fonctionnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookiesOKEn savoir plusX