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François Amblard : « L’innovation est l’ADN de l’ingénierie »
François Amblard, président de Cinov, fédération d'ingénieristes et de conseils - © PHOTOS : BRUNO LEVY/LE MONITEUR

François Amblard : « L’innovation est l’ADN de l’ingénierie »

DOMINIQUE ERRARD |  le 23/11/2012  |  cinovcentansMise en concurrenceFiscalitéInnovationEnergie

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100 ans après sa création, la Chambre de l'ingénierie et du conseil de France (Cicf) affirme l’ancrage de ses adhérents dans l’innovation et adopte la nouvelle appellation Cinov. Son président, François Amblard, évoque cette évolution, mais également l’actualité de la profession : concurrence déloyale des agences locales créées par les conseils généraux, futur crédit d’impôt « compétitivité », et rôle des bureaux de contrôle dans l’audit énergétique.

La Cicf fête son centenaire le 23 novembre. L’histoire de votre organisation professionnelle vous éclaire-t-elle sur son avenir ?

Un centenaire d’organisation professionnelle est inévitablement l’occasion de s’interroger sur son identité. Et son avenir. Créée en 1912, la Chambre des ingénieurs-conseils et ingénieurs experts de France (Cicief) avait pour ambition d’aboutir à la création d’un ordre professionnel. Cette ambition marquée par la rédaction dès l’origine d’un code de déontologie a définitivement été écartée en 1954, après quelques tentatives. Aujourd’hui, notre organisation assume pleinement son rôle syndical et franchit une nouvelle étape dans son positionnement.

Quelle nouvelle ère débute pour la Cicf ?

Notre organisation change de nom et devient Cinov qui signifie Conseil, ingénierie et numérique en innovation. Cet acronyme réaffirme l’ancrage de nos adhérents dans l’innovation. C’est notre ADN. Plus que jamais, l’ingénierie doit inventer les systèmes qui permettent de répondre aux évolutions techniques et technologiques actuelles. Plus que jamais, l’homme a besoin d’un environnement technique très performant et à la fois peu intrusif dans la vie quotidienne. Cinov est là, en particulier pour organiser la profession par la formation.

Je souligne également que le numérique, présent dans tous les métiers de l’ingénierie et du conseil, fait son entrée dans notre enseigne. Enfin, chacun de nos 12 syndicats adhérents et chacune des régions de notre organisation déclinent désormais l’appellation Cinov.

Vous vous apprêtez d’ailleurs à communiquer sur les innovations élaborées par vos adhérents…

En effet, à notre prochain congrès -fin mai 2013- nous annoncerons le lancement des prix de l’innovation de Cinov. Ces prix nous aideront à capitaliser et partager les connaissances. C’est une des clés de l’innovation : on est plus fort à plusieurs. En particulier pour transformer certains échecs en succès. Un peu comme un rugbyman tombé à terre s’en remet à son coéquipier pour reprendre le ballon si chèrement défendu… et le porter jusqu’à l’embut adverse. La profession doit accepter de partager sa recherche appliquée. De manière organisée. La création de réseaux d’échange, la reconnaissance des plus belles inventions, la mise à disposition d’une plate-forme de dialogue telle que notre organisation syndicale, sont les vecteurs d’un nouvel élan dans nos métiers.

Cet appel à un nouvel élan n’est-il pas contrarié par une crise économique sévère ?

Cinov ne relâche pas ses efforts pour défendre ses adhérents. Nous sommes particulièrement inquiets de la concurrence déloyale qui s’opère actuellement dans le secteur de la construction. En effet, la maîtrise d’ouvrage publique est en train de reconstituer sa maîtrise d’œuvre à travers des agences locales qui se présentent comme des bureaux d’études. Outre l’absence de mise en concurrence et de qualifications professionnelles, ces agences créées par certains conseils généraux bénéficient de financements publics. A l’heure du débat sur la compétitivité, ces pratiques déloyales nous font marcher sur la tête. Si l’on associe à cela le dumping sur les honoraires largement encouragé par certains maîtres d’ouvrage, nous avons là un joli cocktail destructeur d’entreprises et d’emplois.

La reconstitution de cette ingénierie publique ne montre-t-elle pas l’incapacité de l’ingénierie privée à répondre aux attentes de la maîtrise d’ouvrage publique ?

Sans doute, mais l’ingénierie privée ne peut pas donner ce qu’on ne lui demande pas. Et pas non plus, ce pour quoi elle n’est pas payée. Nous avons dénoncé depuis quelques années ce manque de courage politique d’acheter à la vraie valeur. J’ajoute qu’en France, les collectivités locales -comme les particuliers- ont du mal à acheter de la prestation intellectuelle. Et pourtant, tout produit contient une part importante de sa valeur en conception. Cinov communiquera en 2013 sur ce sujet.

A propos de compétitivité, comment réagissez-vous aux mesures annoncées par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sur l’allègement des charges à partir de 2014 ?

Le crédit d’impôt annoncé paraît compliqué. Et puis, si je comprends bien, une entreprise en difficulté qui ne fait pas de bénéfices ne peut pas profiter de ce dispositif… Bien sûr, on ne peut que se satisfaire de la baisse des charges qui est annoncée, mais pour ma part j’estime que le taux réduit de 10% encouragera le retour du travail au noir. Etait-ce bien nécessaire de détricoter le dispositif concernant l’exonération de charges sur les heures supplémentaires ? En ingénierie comme en politique, les seules solutions qui marchent sont les solutions simples.

Quelles autres actualités mobilisent actuellement l’ingénierie ?

L’audit énergétique mobilise actuellement l’ingénierie. D’une part, parce qu’il est l’étape préalable et incontournable de la rénovation thermique dont le parc immobilier existant a tant besoin. D’autre part, parce qu’une clarification doit être apportée sur le rôle des bureaux de contrôle. Je rappelle que selon la loi MOP, le diagnostic préalable des ouvrages existants est une mission d’ingénierie incompatible avec l’activité de contrôle technique. Ces missions doivent être confiées aux bureaux d’études. En revanche, c’est bien aux contrôleurs techniques qu’il revient d’attester de la conformité à la réglementation des ouvrages.

Je peux également évoquer la réglementation sur l’amiante : les désamiantages préalables aux projets de rénovation thermique siphonnent actuellement les budgets difficilement constitués pour ces opérations, jusqu’à souvent les remettre en question. Est-il bien nécessaire d’exiger tant ? Pour ne pas freiner leur ambition écologique sur les « passoires thermiques », les hommes politiques doivent revoir leurs exigences réglementaires. Un peu comme pour l’accessibilité des bâtiments.

Centenaire et mariée une seule fois

Cinov est née de la création, il y a un siècle, de la Chambre des ingénieurs conseils et ingénieurs experts de France (Cicief). Premier président, Louis Prangey devient également le président de la Fédération internationale des ingénieurs-conseils (Fidic) créée à l’occasion de l’exposition universelle de Gand (Belgique), en 1913.

En 1942, 1948 et 1954, plusieurs tentatives de création d’un ordre à partir de la Cicief sont lancées, sans succès. Mariée à 39?ans avec le Syndicat général des ingénieurs-conseils, qui a vu le jour en 1946, la Cicief devient la Chambre des ingénieurs-conseils en 1951. A partir de 1957, les groupements professionnels se structurent et l’organisation devient une fédération avec constitution de syndicats. Dans les années 1960, les Unions régionales couvrent toute la France. En 2003, l’appellation Chambre de l’ingénierie et du conseil de France (CICF) est adoptée. Sept ans plus tard, l’organisation devient Cinov à l’occasion de son centenaire.

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