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 «Fondés sur une volonté politique forte, les PLU peuvent dominer la croissance urbaine»,  Régis Gullon
Pour Régis Gullon, «il n’est pas nécessaire de "renverser la table" pour rendre l’espace naturel a priori inconstructible, dans la mesure où les outils existent déjà.» - © DR
Tribune

«Fondés sur une volonté politique forte, les PLU peuvent dominer la croissance urbaine», Régis Gullon

le 21/08/2020  |  Etalement urbainPLUDocument d'urbanismeProfessionFrance

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Appelant à privilégier la ville dense, l’architecte et juriste plaide pour un meilleur usage de de la réglementation en vigueur en matière d’aménagement. Lui-même auteur de nombreux documents d’urbanisme, Régis Gullon estime que les Plans locaux d’urbanisme contiennent toutes les dispositions nécessaires pour contrer l’étalement urbain. A condition que les élus s’emparent de cet outil pour porter des projets engagés.

 

 

A l’issue du confinement, l’architecte Corinne Vezzoni a proposé de «rendre inconstructible l’ensemble du territoire français». Fustigeant à juste titre les effets délétères de l’étalement urbain, elle soulignait alors que la reconquête des friches, le renouvellement des quartiers, la densification raisonnée des villes suffisent, sauf en de rares exceptions, à répondre aux besoins, quantitatifs et qualitatifs de la croissance démographique.

Sa plaidoirie, relayée par «Le Monde» et «Le Moniteur», est fondée, et la crise sanitaire la rend opportune. La période du confinement a démontré que le besoin de rapports sociaux est nécessaire à la plénitude de notre fragile humanité. L’étalement urbain dégrade les espaces naturels, et spécialise les territoires ; il accentue la fracture sociale entre ces derniers (du «quartier sensible» à la «gated community») et entre leurs habitants ; il accroît les déplacements motorisés, et amplifie les nuisances de la vie périurbaine (le bruit, la pollution, le stress) ; il multiplie également les charges collectives (les voies, les réseaux, les équipements), épuise les budgets publics et accentue la pression fiscale.

Une ville dense, renouvelée, qualitative

Avec son cortège de séquelles sociales et économiques, l’urbanisation périurbaine dénature le territoire, ce « patrimoine commun de la nation », et elle isole les hommes ; elle pénalise aussi les habitants des villes-centres, qui ne trouvent plus, dans leur environnement immédiat, les ressources naturelles de leur épanouissement.

La ville dense, la ville renouvelée, la ville qualitative, au contraire, assure une souhaitable mixité fonctionnelle et sociale, elle diminue le besoin de mobilité et optimise les investissements publics. Dans la ville dense, l’espace public, rénové et apaisé, redevient le lieu de la flânerie, de la rencontre, du débat démocratique…

Des outils existants

Si le propos de Corinne Vezzoni est bienvenu, il doit être prolongé sur les modalités du passage entre une urbanisation métastasique des confins et une densification maîtrisée des villes existantes. Mais il n’est pas nécessaire de «renverser la table» pour rendre l’espace naturel a priori inconstructible. Les outils existent.

Les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU) déterminent sur leur territoire la constructibilité ou le gel des terrains nus, le renouvellement des espaces urbanisés ou des friches, l’équilibre entre les espaces naturels et les pôles urbanisés. Ils reposent sur un principe simple : Les terres agricoles doivent être préservées «en raison de leur potentiel agronomique, biologique, ou économique» ; de même, les espaces naturels doivent être protégés «en raison de la qualité des sites, des milieux, et des paysages». Ainsi, dans les PLU, les espaces urbanisables sont déjà conçus comme le solde des espaces protégés à un titre quelconque.

Des décennies de «laisser-faire»

Certes, ces documents n’ont pas freiné une détente vertigineuse des espaces urbanisés au cours de la dernière décennie : chaque année, environ 82 000 hectares ont été distraits de leur état naturel, et artificialisés au profit de nappes pavillonnaires, de centres commerciaux et de zones logistiques, ou encore de voies souvent surdimensionnées.

Mais la divergence entre la partition affichée – la préservation des espaces naturels – et la cacophonie constatée – la poursuite de l’étalement urbain – ne découle pas des instruments utilisés. Un PLU est un simple outil juridique qui traduit en des normes opposables un projet politique. Or le projet politique est le grand absent des discours compassés sur l’aménagement du territoire, que ce soit au niveau national ou, sauf en de rares exceptions, au niveau local. Depuis cinquante ans, le «laisser-faire» a vidé les villes moyennes de leur substance urbaine, faite de lieux sociaux, de commerces, de services, au profit des périphéries métropolitaines, ces non-lieux de la vie sociale.

La nécessité de projets explicites et partagés

Les questions que les édiles doivent se poser, en la matière, sont pourtant basiques : quels sont, hors ou dans les métropoles et les villes, les espaces agricoles nécessaires à l’approvisionnement des «urbains» par des circuits courts ? Quels sont les espaces naturels utiles à leur détente ou à leur épanouissement, au maintien des liens avec leurs racines ? Quels sont les corridors indispensables à la restauration de la biodiversité ? Quelles sont les conditions d’un développement fécond des territoires urbanisés ?

Les réponses peuvent être diverses, ambitieuses ou malthusiennes, et parfois novatrices. Mais elles doivent déboucher sur des projets territoriaux explicites, adaptés aux contextes locaux et soumis au débat public. Si le territoire est le «patrimoine commun de la nation», le citoyen ne saurait être distrait de sa souveraineté, de son implication dans l’aménagement, au profit d’un «laisser-faire» désabusé des élus. Le territoire n’est pas une marchandise.

Affirmer l'autorité politique

Fondés sur de tels projets territoriaux, les PLU pourront alors protéger réellement les terres agricoles et forestières, équilibrer les espaces, travailler enfin la qualité de la ville dense. Dominer la croissance urbaine, en trois mots. Bien irriguée par des transports collectifs, la ville dense, maîtrisée, polycentrique, belle, apporte aux «urbains» une qualité de vie que les lotissements pavillonnaires leur refusent : des emplois, des commerces proches et variés, des services abordables, des activités culturelles ou sportives accessibles, des espaces publics généreux et attractifs, à quelques minutes de marche de leur logement.

Le fil du «laisser-faire» urbain doit ainsi être rompu, plus que la «table, renversée». La ville dense ne peut devenir un horizon que si, formés à cet effet et portés par les architectes, les édiles assument enfin leurs responsabilités, affirment leur autorité politique, projettent des espaces urbanisés répondant aux attentes de la société, plus que des individus, avec les outils dont déjà ils disposent. La démocratie est née dans les cités grecques, pas dans des périphéries désolées.

Commentaires

«Fondés sur une volonté politique forte, les PLU peuvent dominer la croissance urbaine», Régis Gullon

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DL

08/09/2020 23h:44

Le plus important est d'imposer aux élus Maires et Préfets les compétences des Architectes prévalant sur tout PLU généralisant destiné aux béotiens lambda. Il est inadmissible qu'un élu quelconque impose son point de vue subjectif inculte aux détenteurs d'une culture spécifique et d'un savoir faire reconnu par l'état...

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