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Flash-back sur trente ans d’Equerre d’argent avec le critique d’architecture François Chaslin
François Chaslin, critique d’architecture - © © Bruno Levy/Le Moniteur

Flash-back sur trente ans d’Equerre d’argent avec le critique d’architecture François Chaslin

Propos recueillis par Milena Chessa et Cyrille Véran |  le 05/09/2013  |  Richard RogersFrance entièreArchitectureERPCommunication

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Retour sur ce prix décerné par le Groupe Moniteur, qui récompense conjointement un architecte et un maître d’ouvrage, les œuvres les plus marquantes et les grands absents de ce palmarès. Sans oublier la polémique de 2007, relative au groupe scolaire Nuyens, à Bordeaux.

Quel regard portez-vous sur le prix de l’Equerre d’argent ?

L’Equerre d’argent est un prix utile. Dans un monde confus, on a besoin de classement, de bilan annuel et aussi de polémique. Même si, depuis trente ans, l’Equerre s’efforce de ne pas faire de vagues. Peut-être parce qu’il s’agit d’un prix officieux, organisé par un grand groupe de presse, mais remis selon les années par le ministre de l’Equipement, de l’Environnement ou de la Culture. Cela dit, la prudence fait partie des qualités du prix.

Les bâtiments primés sont-ils le reflet des évolutions architecturales des 30 dernières années ?

Oui, à l’exception de deux courants qui ont pourtant joué un rôle très important en France dans les années 1980 : le postmodernisme et le high-tech. Il est frappant qu’aucun bâtiment de l’architecte catalan Ricardo Bofill n’ait décroché de prix ou de mention. Il devait alors exister une sorte de réticence à l’encontre du postmodernisme dans les rouages du Groupe Moniteur et du ministère. Le high-tech, incarné par Renzo Piano, Richard Rogers, Norman Foster ou François Deslaugiers, est peu ou pas représenté au palmarès de l’Equerre d’argent. Etonnant car c’était, d’une certaine manière, le style officiel sous la présidence de François Mitterrand.

Y a-t-il des manques au palmarès ?

Disons qu’il y a un certain nombre d’absents, notamment des lauréats du Grand Prix national de l’architecture comme Paul Andreu, Francis Soler, Christian Hauvette, Jacques Hondelatte ou Frédéric Borel. Et puis, certains architectes ont été récompensés pour des bâtiments qui n’étaient pas les plus marquants de leur carrière. C’était le cas d’Henri Ciriani, qui a reçu l’Equerre d’argent en 1983 pour une crèche, alors que sa force résidait à l’époque dans ses « pièces urbaines ». Idem pour Dominique Perrault, qui n’a pas été distingué pour la Bibliothèque nationale de France (1995), un objet architectural majeur sujet à controverses, mais pour l’hôtel industriel Berlier, à Paris, en 1990.

Certaines Equerres d’argent ont-elles marqué un moment de la pensée architecturale ?

La médiathèque de Troyes (Equerre 2002), des architectes Pierre du Besset et Dominique Lyon, est représentative d’une pensée post-high-tech teintée d’ironie, renvoyant à une architecture d’emballage avec son grand plafond métallique doré. Quant à la réhabilitation-extension de la tour Bois-le-Prêtre à Paris (Equerre 2011), des architectes Frédéric Druot, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, elle incarne une tendance spécifiquement française, qui renvoie à une vision politique, sociale et économique du bâtiment. Cette architecture veut offrir soit plus d’espace, soit plus de qualité d’usage, au prix d’une réduction de la pérennité de l’ouvrage et de la qualité des matériaux mis en œuvre.

Des bâtiments ont-ils été surévalués ?

On n’est pas là pour refaire les jurys. Néanmoins, certaines réalisations qu’on trouvait alors méritantes, ne l’étaient peut-être pas tant que ça. Il y a des années où la production architecturale est moyenne. Et d’autres où certaines démarches valent d’être saluées même s’il ne s’agit pas de chefs-d’œuvre. Dans l’histoire de l’Equerre d’argent, il y a eu aussi des erreurs d’attribution du prix liées, par exemple, à des effets de mode. Et en 2007, grand trou ! Le jury constitué par le Groupe Moniteur n’a pas été capable de distinguer le bâtiment le plus frappant de l’année - le centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence - et de saluer l’apparition de celui qu’on peut penser être, aujourd’hui, le plus grand architecte français du moment, Rudy Ricciotti. Ça a fait polémique.

Avec le recul, comment analysez-vous cette controverse ?

La polémique est née lorsque, suite au choix du jury qui s’est porté sur le groupe scolaire Nuyens, à Bordeaux, de Nathalie Franck et Yves Ballot, le débat s’est focalisé sur l’opposition entre architecture ordinaire et « gesticulatoire ». Cela a suscité une sorte de tumulte dans certains milieux architecturaux. Le collectif d’architectes French Touch s’est formé, revendiquant une plus grande expressivité, plus de couleurs, des volumétries différentes et, plus généralement, ce qu’il rangeait sous les flambeaux de l’optimisme et de la générosité. Mais, à mon avis, son pôle de réflexion était mal encadré au plan théorique et intellectuel. Cette polémique aura été un grand moment de débat dans une période assez plate de l’histoire de l’architecture.

Quels sont aujourd’hui les clivages qui poussent les architectes à prendre position ?

Le débat philosophique entre les modernes et les postmodernes a traversé le XXe siècle et le monde occidental, mais il n’a plus guère de raison d’être. Même si, aujourd’hui, de nouvelles questions se posent, sur l’écologie ou le logement social par exemple, il n’existe pas de débats aussi intenses qui induisent des clivages dans la population des architectes. Non pas que les jeunes générations soient moins capables d’argumenter. Au contraire, elles sont gorgées de culture théorique, historique et réflexive. Je crois qu’il n’y a pas d’enjeux extérieurs à notre monde architectural qui les fassent se regrouper derrière des bannières critiques.

Pourquoi y a-t-il eu si peu de programmes de logements récompensés et autant d’équipements culturels ?

L’expressivité artistique est demandée pour les équipements culturels. Il y a une dimension de propagande, de marketing municipal/régional/national. Et les budgets sont plus élevés. Le logement est un genre très contraint aujourd’hui. Il est plus conventionnel qu’à l’époque d’un Jean Renaudie ou d’une Renée Gailhoustet chez qui l’on sentait une liberté de création. Le logement n’introduit pas de révolution, à l’exception récente de l’équipe Druot/Lacaton-Vassal.

Quels nouveaux critères d’évaluation tiendraient compte des évolutions du monde contemporain ?

Ils sont très difficiles à élaborer parce qu’ils sont inconscients à chaque époque. Personne n’a de vision prospective, on ne fait que prolonger ceux du passé. Regardez la maison individuelle à Floirac (Gironde) de l’architecte Rem Koolhaas, elle renverse tous les critères de goût, de statique, de déploiement du corps dans l’espace et remporte l’Equerre d’argent 1998 ! Donc, je suis contre les critères établis trop a priori, qui sont souvent débordés par l’invention.

Entretien paru dans « Le Moniteur » n°5720 du 12/07/2013, pp. 20-22.

Retrouvez la liste des lauréats de l’Equerre d’argent sur le site Internet : www.lesprixarchitecturemoniteur.fr

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