L'Actu

« Finissons-en avec le mythe des 3 petits cochons ! « 

Michel Perrin, directeur du Comité national pour le développement du bois (CNDB), à l’occasion de la semaine européenne des forêts, dresse un bilan du marché du bois dans la construction, nous éclaire sur les freins à son développement et nous explique pourquoi le Grenelle devrait l’encourager.


Que représente le bois sur le marché de la construction ?

Depuis 10 ans, le bois représenterait de 10 à 11 % du marché de la construction, mais aujourd’hui il semble que l’on tende au delà.
On manque d’indicateurs pour connaître avec précision la part que représente le bois. Nous avons un peu plus de précision pour le nombre d’unités de construction de maisons et logements bois : autour de 11 à 12.000/an, soit environ 5%. Mais les extensions et les surélévations ne sont pas comptabilisées alors que c’est un marché très important sur lequel la construction bois progresse. Les travaux ne nécessitant pas de permis de construire, il n’y a donc pas d’obligation de signaler les matériaux utilisés, la part du bois n’y est pas comptabilisée.


Comment se répercute le ralentissement du marché de la construction sur le secteur du bois ?

On observe des signaux qui nous prouvent que le bois résiste très bien à la crise. Malgré un marché de la construction en fort ralentissement, le négoce des produits en bois ne montre pas de signe d’essoufflement. Les carnets de commandes des entreprises sont remplis pour 4 à 6 mois.
Toutefois, chez les scieurs et les fabricants de fermettes industrielles, on constate tout de même des difficultés, ce qui s’explique pour les ouvrages bois posés sur les constructions maçonnées, qui elles ont subies une nette baisse d’activité ces derniers mois.


Le bois utilisé pour la construction française est-il principalement un bois d’importation ?

Il faut distinguer le bois destiné à la fabrication de charpentes traditionnelles de celui des panneaux à ossatures bois.
Pour les charpentes traditionnelles, il y a plus de bois français que d’importations. En revanche, les bois employés pour la fabrication des panneaux à ossature bois sont encore principalement issus des forêts scandinaves, allemandes et autrichiennes. Néanmoins, la proportion du bois français progresse assez rapidement.


Pourquoi le bois français n’est pas davantage utilisé ?

En France, les forêts couvrent 16 millions d’hectares de la surface du pays, elles produisent environ 85 millions de m3 de bois chaque année, dont un peu plus de 50 millions sont récoltés. Donc les réserves augmentent.
Mais les caractéristiques de la forêt française complexifient son exploitation. La forêt française est riche en diversités d’essences (plus de 130 espèces différentes avec une majorité de feuillus). Elle est à 75% privée et très morcelée.
A titre de comparaison, en Scandinavie, on ne trouve quasiment que des résineux de qualité assez homogène, ce qui facilite une production standardisée et industrielle, nécessaire au marché de la construction.


Et dans la construction, quels freins observez-vous au développement du bois ?

Le premier frein est culturel. Il faut en finir avec l’idée reçue des trois petits cochons, selon laquelle la maison en bois de Nif-Nif ne résiste pas longtemps aux assauts du Grand Méchant Loup, qui souffle et souffle jusqu’à ce qu’elle s’envole.

Ensuite vient l’obstacle économique. Il faut davantage développer l’industrialisation dans le secteur du bois pour pouvoir rivaliser avec le béton, matériau au prix très compétitif.

Des freins réglementaires entravent également ce développement : une grande partie de la réglementation a été élaborée autour du béton, ce qui rend compliqué l’utilisation du bois et amènent quelques réticences de la part des assureurs et des bureaux de contrôle.

Enfin, les professionnels du bâtiment spécialistes de la construction bois sont encore en nombre insuffisants face à une demande forte, ce qui ne rassure pas toujours les maîtres d’ouvrages, notamment pour la construction publique, qui ont besoin de sentir une concurrence possible. Il est nécessaire d’accroître les connaissances des entreprises de la construction bois, des ingénieurs généralistes, et faire connaître encore plus ce matériau auprès des architectes et maîtres d’œuvre.


En tant que défenseur du bois, quel regard portez-vous sur le Grenelle de l’environnement?

Le Grenelle a fait prendre conscience que les ressources de la terre sont épuisables. Le secteur du bâtiment est très énergivore. Or, le bois est un matériau naturel, rapidement renouvelable, qui non seulement demande peu d’énergie pour être transformé en matériau de construction, et qui stocke ce fameux CO2 responsable principal du réchauffement climatique, puisqu’un arbre pousse en absorbant du CO2 (1m3 de bois = 1tonne de CO2 stocké)

Le Grenelle veut réduire la consommation énergétique pour le chauffage des bâtiments. La construction en bois développe facilement des systèmes constructifs réduisant sensiblement la consommation énergétique des constructions.

Bref, le bois est particulièrement adapté aux objectifs issus du Grenelle.

Propos recueillis par Eric Leysens

Focus

Les forêts en Europe



En 2005, les forêts et autres surfaces boisées représentaient 177 millions d’hectares au niveau de l’UE27, soit 42% de sa superficie. Les plus grandes zones forestières et autres surfaces boisées se situaient en Suède (31 millions hectares, soit 75% de sa superficie), en Espagne (28 millions, soit 57%), en Finlande (23 millions, soit 77%), en France (17 millions, soit 31%), en Allemagne (11 millions, soit 32%) et en Italie (11 millions, soit 37%). Au total, ces six États membres comptaient pour plus des deux tiers de la superficie totale de forêts de l’UE27.

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