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Feuilleton 1/7 - Une machine mobile en verre et métal

Marie-Douce Albert |  le 13/07/2012  |  Hauts-de-SeineArchitectureInternational

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Pour leur projet ultramodulable de Maison du peuple à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, les architectes Beaudouin et Lods ont fait appel au génie inventif de Jean Prouvé. Le constructeur y a notamment mis au point un des tout premiers murs-rideaux industrialisés.

«Je n’aime pas que l’on dise que je suis l’inventeur du mur-rideau, car, ce faisant, on dissocie cette façade de l’ensemble construit. Or c’est un tout », protestait Jean Prouvé à la fin de sa vie (1). Il n’empêche qu’à Clichy, la Maison du peuple, pour laquelle il a mis au point les façades non-porteuses, passe pour être l’un des premiers ouvrages dotés d’un mur-rideau industrialisé. L’édifice dans son ensemble est célèbre pour son incroyable capacité de transformation. En 1935, la mairie de Clichy ne souhaite pourtant qu’un marché couvert. Mais les architectes Beaudouin et Lods, chargés de la commande, proposent d’ajouter à l’étage une salle capable d’accueillir tout autant une extension du marché qu’une salle de cinéma ou un théâtre. Cette grande polyvalence est permise par des cloisons escamotables et un plancher mobile. Toutes les activités pourront même s’y dérouler au grand air puisque le toit doit s’ouvrir. Séduite par ce moyen de rentabiliser le terrain tout en faisant accéder le prolétariat à la culture, la Ville adopte le projet.

Si Beaudouin et Lods imaginent le concept, Jean Prouvé invente des systèmes constructifs qui participent à faire du bâtiment un grand cube translucide, tout en verre et métal argentés. Pour les façades pleines des bureaux, il conçoit et fait fabriquer en usine des panneaux composés de deux tôles légèrement bombées, enserrant un isolant maintenu en place par des ressorts à matelas. Il crée aussi des profils en tôle pliée, « raidisseurs » des façades vitrées, et la cloison mobile qui permet de moduler la taille de la grande salle. Mais à son grand dam, il doit renoncer à son projet pour la structure. « Prouvé avait proposé de la construire également en tôle pliée et l’avait imaginé, de manière empirique, comme un grand tabouret. Il serait intéressant de vérifier aujourd’hui par le calcul si cette proposition était réalisable », note l’architecte Christian Enjolras, qui connaît bien l’œuvre de Prouvé. Le squelette de la Maison du peuple est finalement un assemblage classique de poteaux et de poutres. Achevé en 1939, le bâtiment connaît de grandes heures, de meetings en représentations théâtrales, avec notamment des spectacles du TNP de Jean Vilar. Son architecture suscite aussi une certaine admiration, dont celle de l’architecte américain Frank Lloyd Wright qui vient la voir.

Restauration du clos et du couvert

Mais avec le temps, l’édifice se dégrade par manque d’entretien ou du fait d’interventions malencontreuses : son grand balcon est démonté, les façades du rez-de-chaussée remplacées par de la brique, et le plancher mobile immobilisé entre une couche de béton et des poteaux dressés dans le marché. Et, jamais repeinte, la Maison rouille. A partir de 1995, douze ans après son classement au titre des monuments historiques, des travaux sont enfin lancés. « La priorité était de la mettre hors d’eau », note Hervé Baptiste, architecte en chef des monuments historiques en charge du chantier. Outre la restauration du clos et du couvert, les travaux ont permis de restituer le balcon et les façades basses ou de remettre en route le toit ouvrant. Toutefois, si le marché se tient toujours au rez-de-chaussée, l’étage reste tristement vide avec sa cloison mobile quasi désossée et son plancher toujours bloqué. Mais la restauration intérieure est un sujet épineux, car il faut décider du futur usage du lieu. Si à la mairie de Clichy plusieurs hypothèses ont été étudiées, il faut aussi trouver comment financer cette renaissance.

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PHOTO - 657472.BR.jpg - © photos : DANIEL ROUSSELOT/LE MONITEUR
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PHOTO - 657439.BR.jpg - © Académie d’architecture/Cité de l’architecture et du patrimoine/Archives d’architecture du XX e siècle
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PHOTO - 657471.BR.jpg - ©

FICHE TECHNIQUE

CONSTRUCTION
Maîtrise d’ouvrage : mairie de Clichy-la-Garenne. Maîtrise d’œuvre : Eugène Beaudouin et Marcel Lods, architectes ; Vladimir Bodiansky, ingénieur ; Jean Prouvé, concepteur-constructeur. Calendrier : livré en 1939 et classé monument historique en 1983. Coût de construction : 8 250 000 francs (1 257 704 euros). Entreprises : Schwartz-Haumont (charpente métallique, comble roulant), Les Ateliers Jean Prouvé (menuiseries métalliques, cloisons mobiles, escaliers).
RESTAURATION Propriétaire : mairie de Clichy-la-Garenne. Maîtrise d’ouvrage : ministère de la Culture et de la Communication. Maître d’œuvre : Hervé Baptiste, ACMH. Calendrier : 1995-1998 (toiture et façades sauf RDC), 2002-2003 (façades du RDC), 2005 (désamiantage). Coût : environ 6 M€ HT. Entreprises (1 re phase) : Gueble ; Constructions métalliques savoyardes ; Gallozzi-UTB ; Van Mullem ; Stores Belzacq ; Trouvé ; Sotrasi ; Luca-Réha ; Amica.

(1) « Jean Prouvé par lui-même », propos recueillis par Armelle Lavalou, éditions du Linteau, 2001.

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