« Fervam, le signe de reconnaissance d’un engagement », Hugues de Forges, président de la commission technique de l’UFME
Hugues de Forges, président de la commission technique de l'UFME. - © D.R. / UFME
Interview

« Fervam, le signe de reconnaissance d’un engagement », Hugues de Forges, président de la commission technique de l’UFME

Véronique Cottier  |  le 22/06/2021  |  ArtisansNégoceEconomie circulaireMenuiseriesFrance

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Le 27 mai dernier, l’Union des fabricants de menuiserie (UFME) a officialisé le lancement de Fervam, un marque déposée qui a pour objectif de fédérer tous les professionnels signataire de sa Charte d’engagement du syndicat pour la collecte et le recyclage des menuiseries en fin de vie. Hugues de Forges, président de la commission technique de l’UFME, revient sur près de trois ans de travaux pour la mise en place d’une économie circulaire pour la filière.

Deux ans après le lancement de la Charte d’engagement UFME pour la collecte et le recyclage des menuiseries en fin de vie, votre organisation lance une marque déposée. Pouvez-vous rappeler d’abord comment est née cette charte ?
Au départ, il y avait l’idée est d’être proactifs sur les sujets d’économie circulaire concernant la menuiserie. Nous sentions au niveau des adhérents des idées qui commençaient à s’exprimer, mais il y avait beaucoup d’acteurs à mettre en route : nos adhérents, les fabricants, qui sont dépendants de leurs fournisseurs et des circuits de récupération et de démantèlement. Il y avait aussi des partenaires, comme toute la partie vitrage, qui s’exprimaient aussi.
Cette charte, lancée fin juillet 2019, a permis de rassembler tous ces gens d’univers différents avec en commun cet intérêt pour une économie circulaire autour de la menuiserie. L’idée était d’avoir un dispositif, au départ assez léger, d’où une charte et pas un label ou une certification. C’est une démarche volontaire beaucoup restait à créer, où sur certains sujets comme le démantèlement – pour obtenir un calcin de qualité à partir du verre, ou un PVC recyclé de qualité – ou l’orientation des matériaux récupérés, il faut une expertise, partager le savoir-faire et mettre en route les circuits : les poseurs qui vont déposer les anciennes menuiseries ; les points de récupération, qui doit se faire de manière qualitative pour garder les produits les plus intègres possibles pour qu’ils soient démantelés par des spécialistes, qui ont la connaissance et qui vont être capables de conserver un haut niveau de qualité au produit issu des déchets. Un PVC de qualité qui pourra revenir dans la filière fenêtre pour refaire des fenêtres de qualité ; un calcin de qualité pour pouvoir refabriquer du verre plat qualité bâtiment. 

Ce n’est pas le cas actuellement ?
Il y a deux types de produits et deux situations distinctes. Nous n’avons pas de problème de recyclage sur les chutes de production, qui sont composées de produits “propres”. Nous sommes capables de les réinjecter assez facilement dans le circuit pour refaire des produits du bâtiment. En ce qui concerne les produits en fin de vie, en revanche, une grosse partie est enfouie et qui peut être récupéré peut à être recyclé, mais par forcément dans l’activité bâtiment, mais sur d’autre produit comme le verre emballage ou de la gaine PVC. L’idée est de conserver cette qualité initiale, c’est le principe de l’économie circulaire.

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Dans un contexte de flambée des prix des matières premières, votre démarche a d’autant plus d’intérêt et de poids ?
En tout cas, cela exacerbe les sensibilités sur le sujet. On voit bien que le sujet des matières premières finira par nous poser des problèmes. Nous avons depuis un an une première alerte, liée à la fois aux prix et aux disponibilités de certaines matières. Mais, en tendance lourde, cela ne va faire que s’accentuer. Il va nous falloir être beaucoup plus vertueux sur les matières premières, nous en avons la preuve dans la période que nous vivons aujourd’hui, dans un contexte mondialisé sur lequel on n’a plus beaucoup de pouvoir. La situation va probablement se détendre, une première fois. Mais cela se reproduira. Avoir une filière structurée sur le recyclage nous permet aussi d’avoir une capacité à choisir notre destin plutôt que de le subir.

Aujourd’hui, avec Fervam – pour Filière Engagée pour le Recyclage et la VAlorisation des Menuiseries – vous créez une marque. Quel est votre objectif ?
Au bout de trois ans de travail, d’échanges et plus de 55 signataires venus d’univers assez différents, nous avons estimés que nous étions suffisamment mûrs pour entamer une phase de communication. La logique de l’UFME est toujours d’asseoir des bases techniques concrètes assez fortes avant d’engager les communications. Nous sommes donc partis sur une marque qui s’appuie sur la charte et se veut assez explicite, dans son logo – une menuiserie encerclé du symbole de l’économie circulaire – qui est une synthèse de notre démarche et un nom qui n’est pas une marque de green bashing, mais celle d’une filière engagée, de manière volontaire autour de la valorisation de la menuiserie en fin de vie.

Pourquoi une marque, terme qui a une connotation un peu commerciale, plutôt d’un label ou une certification ?
Qui dit label, dit un certain nombre d’exigences et de contraintes. Et une certification encore plus, car dans ce cas on s’inscrit dans le cadre du code de la consommation, avec l’intervention d’un organisme tiers. Il n’y avait pas la volonté d’aller vers quelque chose d’ultra-contraignant puisque les contrainte arrivent par la réglementation. L’idée était d’avoir quelque chose d’assez souple et fédérateur pour pouvoir s’engager de manière volontaire avant que n’arrivent sous forme de loi les contraintes de manière réglementaires, dès 2022 à travers la loi AGEC (NDLR. Pour Anti-gaspillage pour une économie circulaire). C’est une façon de rentrer dans le concret de ce que va générer la loi AGEC. Par l’expérience acquise au travers de la Charte, de la mise en route des acteurs tout au long de cette boucle, nous avons un certain nombre de principes pratiques très concrets qui nous aident à avancer des arguments autour de la construction de ce que va être l’éco-organisme et ses exigences.

Quels sont ces grands principes ?
D’abord avoir une approche “menuiserie”, alors que la loi a une approche “matériaux”. Les artisans ne vont pas séparer les matériaux avant de les déposer dans les points de collectes. Si nous voulons conserver une qualité forte des matériaux, il faut que les menuiseries soient démantelées proprement, donc il faut que l’on ait des points de collecte pour la menuiserie et non pas des points de collectes pour le PVC, pour le verre, etc. L’artisan, ce n’est pas son métier de démanteler. Il y aura des points de collectes de proximité gratuits pour les artisans, puisque la loi exige un maillage de 15 km. On n’aura pas la compétence dans tous les points de collecte pour le démantèlement. Ces produits récupérés seront orientés vers des démanteleurs ayant une compétence spécifique liée à la compréhension de ces produits et des éléments qui peuvent être récupérés pour bien les orienter. Parmi les autres principes, il y aura la mise en valeur des démanteleurs qui ont l’habitude de travailler avec un certain nombre de principes qui satisfont à la fois ceux qui vont récupérer le PVC pour en faire du granulé PVC recyclé, les floatiers pour la partie verre. Pour toute la partie métallique, les matière ayant un peu de valeur, les filières existent déjà.

Logo Fervam 2
Logo Fervam 2 - © D.R./ UFME

Quelles sont les conditions nécessaires pour utiliser la marque Fervam ?
Il faut être signataire de la Charte, mais pas forcément être adhérent à l’UFME. C’est le cas des organisme de collecte et de démantèlement. Notre charte est ouverte à tous les acteurs qui s’implique dans cette logique . Nous avons effectivement un certain nombre de fabricants de menuiseries, des structures de collecte, des structures de démantèlement, les recycleurs de matières premières. Fervam est une bannière pour ce groupe d’acteurs très différents, d’univers assez différents, mais liés entre eux par cette chaîne de la valeurs. Un signe de reconnaissance qui permette à chacun, à sa mesure, d’avoir un élément de communication dans la démarche engagée.

Pour l’instant, sur la liste des signataires, moins de la moitié sont des fabricants. C’est peu ?
Pour les fabricants, c’est un sujet de réflexion sur leur position dans la chaîne. Ils s’interrogent sur l’utilisation renforcée de matières premières, sur la notion de points de collectes. Aujourd’hui, un certain nombre de distributeurs ont une benne qui rend service à leurs clients artisans mais qui n’est pas entièrement traitée. S’engager dans une démarche qui dit « mon point de vente va devenir un point de collecte », c’est quelque chose de difficile.

Il faut donc que tout le circuit que vous avez expliqué plus haut soit mis en place pour qu’ils se joignent au mouvement ?
La plupart des adhérents UFME qui n’ont pas encore signé sont en réflexion sur le sujet : comment on interprète la Charte ? oui, on peut la signer et on est bien dans cette démarche-là ou c’est encore un peu tôt. Mais je ne suis pas tellement inquiet sur le fait que ça mûrisse et que le nombre de fabricant aille en augmentant. Il reste quelques précisions qu’il reste à apporter. Nous avons engagé deux permanents sur le sujet qui effectuent le travail pour leur expliquer la souplesse de la charte, pour signer et faire les progrès nécessaires. Nous avons tous des progrès à faire y compris parmi les signataires. Par exemple, sur le décompte des menuiseries recyclées. Quand on n’a jamais compté, c’est une organisation à mettre en place. Liés à cette problématique se sont intégrés certains développeurs de logiciels professionnels, qui dans l’enregistrement du flux d’informations, dans les devis par exemple, peuvent intégrer une ligne récupération de déchets. Ils peuvent contribuer au comptage et contribuer à la mesure des progrès effectués.

Vous parliez d’éléments de communication. Cela signifie-t-il que vous allez lancer des campagnes, sur quels médias, à quelle échéance ?
Aujourd’hui, il n’y a encore rien de programmé sur le sujet. Il s’agit de lancer la marque, la charte graphique avec ses règles, et de communique sur ce lancement. Ensuite, il y aura l’appropriation de la marque par les signataires pour qu’ils l’utilisent et que l’on commence à la voir dans la communication des signataires. Une campagne spécifique à la marque Fervam, nous n’y avons pas encore travaillé. Il s’agit d’abord de lancer la marque avec sa charte graphique, ses règles, communiquer sur ce lancement et ensuite de permettre l'appropriation de la marque par les signataires. Une campagne ne pourrait venir que quand tout le circuit sera en place, que les signataires se sentiront membres d'un même collectif. Je ne sais pas s’il y aura une communication spécifique. Dans le contexte actuel, la priorité est de faire exister cette marque et la Charte, plutôt dans le cadre de nos discussions autour de la loi AGEC, les travaux et l'expérience acquise. L'objectif 2022 ça va venir vite. Les bonnes pratiques et les bonnes expériences vont contribuer à répondre à l'exigence réglementaire de manière plus efficace que de partir de la feuille blanche. Certains signataires se sont approprié très vite la marque et communiquent déjà sur leur site internet sur leur engagement dans la démarche. Nous allons continuer à rassembler autour de de cette dynamique pour faire gagner du temps à ceux qui rentreraient dans la démarche, partager très vite l'ensemble des éléments déjà rassemblés.

Finalement, les premiers signataires font le gros du travail pour ceux qui rejoindront plus tard le mouvement ?
Ceux qui arriveront vont effectivement aller plus vite et bénéficieront du travail effectué par la suite. Aujourd’hui, nous sommes au démarrage d’un mouvement. L'enjeu est de massifier ce sujet de de récupération des produits en fin de vie. Cela va faire émerger d'autres choses encore, par exemple une certaine industrialisation du démantèlement. Aujourd'hui, cela reste quand même très artisanal. Avec un volume beaucoup plus important, d'autres moyens pourront être mis en place.
 

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