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« Faire évoluer le Scot en pôle métropolitain »

- Propos recueillis par Jean-Philippe Defawe |  le 10/06/2011  |  Collectivités localesIlle-et-VilaineLoire-AtlantiqueMaine-et-LoireInternational

Interview croisée de Jean-Marc Ayrault et Joël Batteux -

Initiateurs du projet d’Ecocité, les deux élus veulent aujourd’hui insuffler une nouvelle dynamique en transformant le syndicat mixte du schéma de cohérence territoriale (Scot) en un pôle métropolitain, prévu par la réforme des collectivités territoriales.

Le projet

Comment est née cette idée d’une écocité ?

Jean-Marc Ayrault Elle est née de l’expérience d’un travail en commun que nous menons entre Nantes et Saint-Nazaire depuis plus de vingt ans. Pour nous, travailler à la bonne échelle est déterminant. L’avenir de nos territoires n’est pas la négation de l’industrie et de l’urbanisation. Au contraire, tout cela doit être maîtrisé. En ce sens nous avons lancé le Scot, qui doit être le plus grand de France. Ce document d’urbanisme préserve la biodiversité, les espaces naturels et agricoles tout en conduisant à la densification de certains espaces, ce qui permet le développement. Ensuite, nous sommes passés à la phase « projets » en donnant un label à ceux qui s’inscrivaient dans une ambition de développement, de maîtrise de l’urbanisation et de prise en compte des questions liées au développement durable. C’est la raison pour laquelle on peut parler d’écométropole.
JOël batteux Cela nous a apporté une nouvelle dynamique. Nous nous sommes tous retournés vers la Loire et des projets très intéressants sont nés. Cette démarche a permis à des petites communes, qui ne disposaient pas d’une ingénierie convenable, de faire décoller les projets dont elles rêvaient depuis longtemps.

En quoi ce projet est-il singulier ?

JOël batteux En Europe, très peu de territoires présentent cette singularité d’être à la fois bipolaire, avec une grande capitale régionale et une plate-forme industrielle et portuaire de qualité. Et tout cela se déroule sur un parcours d’une heure ! Cela représente beaucoup d’atouts.
Jean-Marc Ayrault Notre horizon ne se limite pas à ce territoire. Nous avons des relations avec Angers, et de plus en plus avec Rennes, qui joue elle-même un rôle important à l’égard du reste de la Bretagne. Il existe bel et bien un double niveau : la proximité - avec le bassin de vie de l’estuaire - et l’espace métropolitain Loire-Bretagne, qui illustre la bonne échelle pour les grands projets d’enseignement supérieurs et les projets de recherche. Dans la compétition économique des territoires, la masse critique est aussi une réalité.

Gouvernance

Quid de la gouvernance de tels territoires ?

Jean-Marc Ayrault Je réfléchis à une proposition que je vais adresser à mes collègues présidents des intercommunalités du Scot pour transformer le syndicat mixte en pôle métropolitain prévu par la nouvelle loi. Cela ne donne pas les compétences extraordinaires mais permet de se poser ensemble toutes les questions au-delà de l’aspect simplement réglementaire permis par le Scot. Nous avons commencé à faire des travaux préparatoires sur le plan administratif et nous devrons engager, avant l’été, des discussions entre les responsables du Scot et les présidents de toutes les intercommunalités. Je suis plutôt confiant. Le chemin parcouru se mesure aussi sur ce terrain-là.
JOël Batteux C’est une excellente idée. Ce pôle métropolitain pourrait être doté d’un certain nombre de compétences pointues. Ainsi, je ne vois pas l’intérêt de le doter d’une compétence générale sur les transports. En revanche, sur Métrocéane [NDLR : un seul billet permet de combiner les transports collectifs] et pour les transports interurbains très clairement oui. Il en est de même en matière culturelle avec la biennale Estuaire [NDLR : Biennale d’art contemporain entre Nantes et Saint-Nazaire, dont les œuvres, qui jouent avec l’espace public et les dimensions du fleuve, participent à l’aménagement]. C’est une gouvernance à l’échelle des projets.

Transport

Le problème majeur de ce territoire n’est-il pas l’absence d’un réel mode de transport cadencé entre les deux agglomérations ?

JOël Batteux Nous sommes répartis sur un espace important, c’est un avantage certain. L’inconvénient majeur reste celui de la mobilité. Mais nous progressons. Depuis longtemps, Nantes a fait des efforts importants sur les transports collectifs et nous mettons en place cette année notre bus à haut niveau de service Hélyce. Reste la liaison entre les deux villes. En 1989, nous rêvions avec Jean?Marc Ayrault d’une sorte de RER entre Nantes et Saint-Nazaire. C’est ainsi qu’est née l’offre de tarification combinée Métrocéane avec la SNCF, Nantes, Saint-Nazaire, le département et la région.Jean-Marc Ayrault Partout, la question de la mobilité est un point central. L’avenir est à l’augmentation de la part des transports collectifs. Le train est une opportunité mais, avec Métrocéane, des progrès restent à faire pour que l’offre de transport soit suffisante. Il faut négocier avec la SNCF en ce sens.
Le transport fluvial de marchandises peut lui aussi bénéficier d’améliorations. Je suis d’ailleurs un fervent partisan du développement du « barging » [NDLR : transport fluvial] le long de l’estuaire pour le fret et les déchets. Le bon modèle économique est encore à trouver. Cela va dans le même sens que les autoroutes de la mer dont le début, avec la liaison Saint-Nazaire - Gijon, est prometteur.

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne risque-t-il pas d’accentuer le déséquilibre entre le sud et le nord de la Loire ?

Jean-Marc Ayrault Tout dépend comment on voit les choses. Le départ de l’aéroport actuel, au sud, représente aussi l’opportunité de dégager entre 300 à 500 hectares au bord de Nantes. C’est une chance à saisir pour le territoire. Oslo était exactement dans la même situation avec un aéroport en bord de la ville déplacé au nord, encore plus loin que nous. Sur l’ancien site, un écoquartier et un centre d’activité économique se sont développés dans des conditions écologiques remarquables. Aujourd’hui, on dénombre plus d’emplois qu’il n’y en avait à l’époque de l’aéroport.
JOël Batteux La discussion inter-Scot fonctionne bien avec nos voisins du sud, tel Saint-Brévin ou Paimboeuf. Il est question d’un nouveau franchissement de la Loire et nous discutons avec le préfet qui cherche à créer des zones d’intérêt national. Aujourd’hui, outre le problème du financement, on ne saurait pas où faire passer ce pont, les endroits possibles sur la rive nord ne correspondant pas à ceux de la rive sud. Dans le cadre du Scot, nous travaillons sur un schéma logistique métropolitain : routier, fret, transports en commun… Nous regardons la cohérence de l’ensemble et les zones naturelles éventuelles ne doivent pas venir à l’encontre de tout ça. Limiter la consommation des transports en énergie, c’est aussi cela l’environnement.

Appartenance

Comment faire pour que cette notion d’écocité soit une réalité vécue par les habitants ?

JOël Batteux Nous travaillons pour trouver un nom, une marque à cette écocité. Mais, de fait, les gens vivent la métropole au quotidien : nombre de familles ont un pied dans chacune des villes.
Jean-Marc Ayrault L’espace commun Nantes - Saint-Nazaire est une évidence. Ce sentiment d’appartenance a sans doute été révélé au grand public grâce à l’opération Estuaire qui a accéléré cette notion d’écométropole.

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Parcours

Jean-Marc Ayrault, député-maire (PS) de Nantes, président de Nantes Métropole.
- 1950 : naissance à Maulévrier (Maine-et-Loire).
- 1973-1986 : professeur d’allemand.
- 1976-1982 : conseiller général de Loire-Atlantique.
- 1977-1989 : maire de Saint-Herblain.
- Depuis 1986 : député de Loire-Atlantique.
- Depuis 1989 : maire de Nantes.
- Depuis 1997 : président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.
- Depuis 2002 : président de Nantes Métropole.

Parcours

Joël Batteux, maire (PS) de Saint-Nazaire, président de la communauté d’agglomération de la région nazairienne et de l’estuaire (Carene).
- 1943 : naissance à Vitré (Ille-et-Vilaine).
- 1972-1974 : ingénieur chimiste, il monte une entreprise d’ingénierie-conseil.
- 1974-1983 : enseignant à l’IUT de Saint-Nazaire.
- 1977-1983 : adjoint à l’urbanisme, puis premier adjoint au maire de Saint-Nazaire.
- Depuis 1983 : maire de Saint-Nazaire.
- 1983- 2010 : conseiller régional des Pays de la Loire.
- Depuis 2001 : président de la Carene.
- 2004-2010 : vice-président du conseil régional, chargé de l’Economie.

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