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« Face au risque incendie, redéfinissons l’interface entre la ville et la forêt »
Brice Dacheux-Auzière, paysagiste DPLG, urbaniste, doctorant ENSP/LAREP et porte-parole du collectif - © © Brice Dacheux-Auzière

« Face au risque incendie, redéfinissons l’interface entre la ville et la forêt »

Propos recueillis par Christiane Wanaverbecq |  le 25/08/2017  |  FormationPaysageArchitecture

Réunis au sein d'un collectif, une quinzaine de paysagistes formés en grande partie à l'antenne marseillaise de l'Ecole du paysage de Versailles ont rendu publique une tribune pour interpeller les pouvoirs publics sur la récurrence des incendies en PACA. Ils proposent de modifier l'organisation spatiale des territoires en agissant notamment sur l'interface "habitat-forêt". Un des porte-paroles, Brice Dacheux-Auzière, paysagiste DPLG, urbaniste, doctorant ENSP/LAREP, explique leur engagement.

Pourquoi cette tribune publiée le 22 août dans Marsactu ?

Le collectif a un peu plus d’une semaine. Nous sommes tous paysagistes, concepteurs, diplômés par le gouvernement (DPLG). C'est une réaction à chaud face à une actualité brûlante. Ces dernières semaines, près de 3 000 hectares ont brûlé sur la façade méditerranéenne de la région Provence Alpes Côte d’Azur. Nous avons écrit la tribune pour interpeller les élus et les représentants de l’Etat. Nous ne sommes pas dans la dénonciation de la gestion actuelle des incendies. Cependant, il faut arrêter de réagir dans l’urgence, et éviter d’adopter une attitude fataliste qui consiste à attendre l’événement. Les moyens mobilisés pour éteindre ces incendies coûtent déjà cher à la collectivité.

Quel est votre constat ?

Le réchauffement climatique ne favorise pas seul les incendies. Est en cause un phénomène depuis la fin du XIXème siècle qui est l’abandon progressif de nos campagnes et la fin du triptyque « ager-saltus-silva » hérité des Romains.  Entre l’ager, la zone cultivée, et la silva, la forêt, il y avait le saltus, une terre non cultivée plus ensauvagée, généralement vouée à l'élevage et au pacage. Dans nos territoires méditerranéens, ces milieux ouverts (ager : champs, vergers ; saltus : pâtures) sont peu à peu remplacés par la forêt, notamment de pins, essence particulièrement inflammable. Et l'urbanisation galopante, se concrétisant notamment par les lotissements clôturés par des haies ornementales facilitant l’avancée du feu, n’arrange pas la situation. Cette conjonction de phénomènes génère des situations dangereuses pour les vies humaines au moindre départ de feu. Par ailleurs, dans un contexte de forte spéculation foncière, les derniers agriculteurs sont tentés d’abandonner les terrains à la friche et la forêt, et attendre que le maire autorise la construction. Et je ne parle pas des phénomènes de ruissellement sur des terrains brûlés !

Vous avez titré votre tribune « Sans les paysans je crame... signé la terre !”. Est-ce un appel au travail de la terre ?

Compte-tenu du constat que je viens d'évoquer, nous proposons une politique d’anticipation qui passe par la recomposition des territoires, et notamment par la redéfinition de l’interface entre la ville et la forêt pour protéger les habitations du risque incendie. Il ne s'agit pas seulement d'intervenir sur la forme paysagère. Il faut aussi prendre en compte l'aspect économique. Se pose ainsi la question de comment faire venir durablement des agriculteurs et des éleveurs pour entretenir ces interfaces agro-sylvo-pastorales, voire même agro-énergétiques.

Nous proposons de nous mettre en situation de projet de paysage. Nous avons les outils, que ce soient les schémas de cohérence territoriale, les plans de paysage, les chartes de parcs régionaux et nationaux…Il nous faut maintenant des commandes publiques. Pour faire ce travail, nous avons besoin des urbanistes, des écologues, des agronomes, ainsi que des agriculteurs et des éleveurs… Le risque incendie doit aussi être pris de façon globale et pensé à toutes les échelles, de la commune au pourtour méditerranéen avec l'ensemble des acteurs : élus, représentants de l'Etat, propriétaires privés, Office national de la forêt, Safer.

Votre collectif vient de naître. Vous venez de faire paraître une tribune. Avez-vous d'autres actions programmées ?

Nous avons écrit la tribune pour faire réagir. Notre objectif est de créer une dynamique. Tout reste à construire. Nous allons nous structurer davantage, gagner de nouveaux membres, écrire d'autres articles. Nous avons moins de 40 ans et avons été nourris par la loi Grenelle de l'environnement. Nous sommes appelés à projeter le futur d'espaces très différents, à la ville comme à la campagne, mais nous sommes un maillon de la chaîne.

Retrouvez l'intégralité de la tribune à cette adresse : https://marsactu.fr/agora/sans-les-paysans-je-crame

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