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Expo' 98 A la reconquête du Tage

le 17/04/1998  |  BoisAménagementArchitectureEuropeImmobilier

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- Dans la fièvre des fins de chantier, Lisbonne met la dernière main à l'Expo'98 qui doit ouvrir le 21 mai. - Les 60 ha du site, le long du Tage, représentent le premier maillon d'un ambitieux projet d'urbanisation de 350 ha, destiné à rééquilibrer la capitale vers l'Est.

En 1994, lorsque la candidature de Lisbonne pour accueillir la dernière grande exposition du siècle est acceptée, les autorités portugaises ont leur plan depuis longtemps. L'événement, centré sur « L'océan, patrimoine du futur » doit donner un sérieux coup d'accélérateur au plan de modernisation de l'aire métropolitaine (voir p. 31). Surtout, il appuie un projet d'urbanisation volontariste à l'est de la capitale où une vaste friche industrielle de 350 ha le long du Tage est promise à une bonne desserte par la proximité de l'aéroport et l'extension des réseaux routiers et ferrés.

Adopté en 1993, le plan de l'architecte-urbaniste Nuno Portas fixe une stratégie de développement urbain à l'horizon 2010 dont l'Expo' 98 représente la première phase. Les principaux pavillons, dont la maîtrise d'ouvrage est assurée par la société à capitaux publics (Etat et ville) Parque Expo'98, sont conçus dans la perspective de leur usage ultérieur. Les pavillons internationaux, démontables, feront place, sitôt l'exposition finie, au nouveau quartier, dimensionné pour 25 000 habitants et 18 000 emplois. La trame viaire est conçue dans la perspective de cette quasi ville nouvelle. Ses deux avenues parallèles au fleuve, croisées de transversales plus étroites, perpétuent le tissu en damier de la ville basse de Lisbonne. Cette trame urbaine marque déjà fortement la zone de l'exposition proprement dite, concentrée sur 60 ha entre Tage et voie ferrée, autour du bassin, conservé, de l'ancien dock de Olivais. Juchés sur les puissants arcs de béton du viaduc ferré, les palmiers de verre et d'acier de la gare conçue par l'Espagnol Santiago Calatrava dominent l'enchaînement des vides et des objets construits le long du Tage

Foire internationale. Le défilé des grands pavillons commence au nord, avec une macrostructure blanche en tubes d'acier. Future foire internationale de Lisbonne, elle abritera une soixantaine de pavillons étrangers sous sa couverture en nappe tridimensionnelle.

Pavillon de l'Utopie. Suit le pavillon de l'Utopie, conçu par la firme architecturale américaine SOM, associée au Portugais Regino Cruz. On doit à des savoir-faire français la conception et la réalisation de sa couverture complexe en forme de coque. La grande salle modulable pour spectacles musicaux ou sportifs accueillera pendant l'exposition une scénographie de François Confino.

Pavillon du Portugal. Au-delà, le pavillon du Portugal, futur siège d'un ministère, est l'oeuvre du plus célèbre des architectes portugais, Alvaro Siza Vieira, avec Eduardo Souto de Moura pour l'aménagement intérieur. Le bâtiment, d'un classicisme hors du temps, joue de l'épaisseur de ses parois revêtues d'un calcaire à grain fin minutieusement calepiné et d'un portique à colonnade en surplomb sur le bassin de Olivais. Il sert de point d'ancrage à l'impressionnant voile de béton qui couvre « l'aire de cérémonies », grande fenêtre ouverte sur le Tage et la mer.

Océanorium. Planté dans le bassin comme un engin portuaire, l'Océanorium, ou pavillon des Océans, est l'oeuvre de l'américain Peter Chermayeff. Il affiche la technicité requise par son contenu : cinq aquariums, dont l'un géant, recréent les conditions d'habitat de la faune et de la flore marines de chaque partie du globe.

Pavillon de la Connaissance des mers. Plus au sud, le pavillon de la Connaissance des mers (futur musée des Océans) dresse le grand volume opaque de sa nef, dont l'intérieur évoque une cale sèche.

Pavillons internationaux. Puis, regroupés entre le môle du nouveau port de plaisance et un « jardin d'eau », les pavillons internationaux sont abrités par des ombrières de bois et d'acier laqué blanc. Dans cette deuxième zone internationale se trouve le pavillon français. La scénographie de Philippe Délis y valorisera la diversité de nos savoir-faire maritimes et occupera 2 000 m2 dans les constructions démontables types de l'Expo'. Simples et sobres, celles-ci sont constituées d'une structure modulaire en acier de 18 X 18 m sur 9 m de hauteur, avec remplissage de panneaux bois-béton (Viroc) revêtus de films à impressions colorées.

Quartier d'affaires. A proximité, mais hors de l'enceinte, quelques grands immeubles hôteliers ou tertiaires préfigurent le quartier d'affaires qui doit succéder aux actuels parkings de visiteurs. De même, le long du Tage, les premiers immeubles (promotion privée) sortent de terre au nord et au sud de l'exposition. Deux mille logements seraient déjà construits. Au nord, un parc de 80 ha (George Heargraves et Joao Nunes), prolongé au-delà du pont Vasco de Gama, occupera à terme la rive marécageuse.

Un quartier enclavé?

Il est encore difficile pour l'instant de se faire une idée juste de l'aspect final du site, tant sont nombreux les ouvriers - environ 6 000 - qui s'y pressent avec leurs engins. Ces signes du retard considérable pris par le chantier laissent de marbre les responsables de Parque Expo'98, sûrs que tout sera prêt pour le 21 mai. Mais on voit déjà qu'avec les nombreux vides qu'elle autorise, la trame pombalienne réussit magnifiquement à absorber la diversité des écritures architecturales tout en ménageant sans cesse des vues sur le Tage. On peut rester dubitatif en revanche sur sa capacité à franchir, en dépit de nombreux passages sous voûtes, la muraille que constitue la voie ferrée. L'enclavement serait-il le destin inéluctable des quartiers reconquis, tels Bercy ou Paris-Rive-Gauche, sur les rives de nos vieux fleuves industrieux ?

Les grands chantiers de Lisbonne

Expo'98 coïncide avec toute une série de grands travaux dans l'aire métropolitaine de Lisbonne. Cette zone, qui regroupe déjà 2,2 millions d'habitants (20 % de la population du pays), doit en effet s'adapter à de nouvelles contraintes démographiques et économiques. Les transports sont, bien entendu, la priorité.

Transports collectifs. La capitale est en train de doubler son réseau métropolitain qui devrait atteindre 34 km avant 2005 moyennant un investissement de 10,5 milliards de francs dont un tiers pour le matériel roulant. La nouvelle ligne d'Expo'98, de 5 km, s'inscrit dans ce projet. Pour faciliter l'accès au centre-ville des habitants de la rive sud du Tage, une ligne ferroviaire trans-Tage reliant Azambuja au nord à Setubal au sud, est en voie d'achèvement. Au prix d'un exploit technique remarquable, elle a été installée sous le tablier du pont suspendu construit à l'époque de Salazar. Ce chantier s'élève à 4 milliards de francs. La rive sud du Tage étant de plus en plus peuplée, il existe aussi un projet de 1,5 milliard de francs pour la construction d'un métro léger dans cette région.

Réseau routier. Lisbonne se dote de deux boulevards périphériques, l'un intérieur (CRIL) et l'autre extérieur (CREL) et d'une dizaine de parkings en centre ville.

Aéroport international. Des bureaux d'études sont déjà en cours de pré-qualification afin de concevoir un nouvel aéroport, estimé à 13 milliards de francs, qui entrera en service à partir de 2007.

Environnement. Après la dépollution de la côte d'Estoril, à l'ouest de la capitale, la nouvelle priorité est la dépollution d'un affluent du Tage, la Trancao, où trois stations d'épuration (dont l'une de 280 millions de francs) sont en cours de construction. Plusieurs municipalités de l'aire métropolitaine se sont réunies au sein de Valorsul afin d'investir dans une usine d'incinération de résidus solides urbains. Coût de cette opération confiée à Foster Wheeler France : environ 900 millions de francs.

Immobilier. Outre le boom de la construction hôtelière lié à Expo'98, les zones commerciales et les immeubles de bureaux continuent à se développer. Lisbonne a inauguré, fin 1997, le plus grand centre commercial de la péninsule ibérique, le Colombo - plus de 120 000 m2 de surface brute locative ! Plusieurs grands promoteurs européens construisent des parcs d'affaires dans les environs de la capitale. Un marché porteur sachant que de nombreuses entreprises sont encore installées dans des immeubles du centre-ville répondant de moins en moins à leurs exigences.

L'habitation est un peu le parent pauvre. Les projets prestigieux cachent mal la pénurie de logements neufs moyen de gamme. Les programmes de destruction des bidonvilles et de relogement avancent à un rythme bien lent. Enfin, l'énorme marché potentiel que représente la réhabilitation de vieux immeubles dans le centre-ville demeure embryonnaire.

Pavillon du Portugal

La vue prise en mars ne donne qu'une idée partielle de l'édifice conçu par Alvaro Siza, avec Eduardo Souto de Moura pour l'aménagement intérieur. Il est scindé en deux parties, un bâtiment institutionnel doublé d'une colonnade vers le Tage, et un parvis des cérémonies (ci-dessous) abrité sous un voile mince, en béton armé de câbles tendus entre le bâtiment principal et un portique perpendiculaire au bassin de Olivais.

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Gare d'Oriente

Santiago Calatrava superpose les trafics - train, terminal routier, métro en souterrain - et règle la question des perméabilités transversales à l'aide d'un puissant viaduc de béton porté par une série d'arcs surbaissés. Long de 340 m, l'ouvrage supporte 60 « palmiers » d'acier de 25 m pesant chacun 45 tonnes, qui abritent les quais.

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Pavillon de l'Utopie

Cet espace polyvalent (Skidmore, Owings & Merril, avec Regino Cruz, architectes) réunit une grande salle à gradins et une salle de 16 000 places. La coque ovoïde sur charpente bois (Weisrock) éclairée zénithalement, est calculée par les ingénieurs lyonnais d'Agibat-MTI, les 24 000 m2 de zinc quartz gris (Vieille Montagne) posés par le français UTB.

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Pavillon de la Connaissance des mers

Le futur musée des Océans est du à Joao Luis Carrilho de Graça, par ailleurs concepteur du système de kiosques modulaires de l'Expo' (restaurants, services, etc.) visibles à l'arrière-plan. C'est un monument calme et introverti, centré sur le parcours intérieur déroulé en rampes autour du patio intérieur jusqu'au vide toute hauteur de la « nef » d'où l'on pourra contempler des éléments de coques de navire. La scénographie intérieure est conçue par l'équipe portugaise Arx.

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Zone urbaine sud

En limite sud, le quartier résidentiel de Parque Expo bénéficie de la proximité du nouveau port de plaisance. Derrière les immeubles bas du front de Tage (ci-dessous, et détail du « paquebot » ci-contre), le quartier sera organisé en îlots denses. Pas de prescriptions architecturales contraignantes, en revanche les hauteurs sont limitées à R + 12.

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L'Océanorium

Conçu par un spécialiste de ce type de programmes, l'américain Chermayeff, l'aquarium géant enrichit la ville d'un pôle d'attraction durable. Sa couverture de verre ondulé suggère la houle, les mâts et les câbles qui la soutiennent, un voilier. A l'intérieur, cinq bassins accueillent déjà pour les acclimater une partie des 15 000 poissons et animaux marins qu'il peut accueillir.

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Zone urbaine nord

Le quartier nord de Parque Expo se développera à terme jusqu'au nouveau pont sur le Tage. Quelques immeubles déjà réalisés témoignent de la vocation mixte, habitat, bureaux et activités, de cette zone qui bénéficiera aussi de la présence du futur parc urbain : 80 ha le long du Tage jusqu'au-delà du pont, dessinés par le paysagiste américain Heargraves.

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Zones internationales

Les 140 pays participant à l'Expo' investissent à partir d'avril les constructions qui leur sont réservées, conçues sur un même principe (ossature métallique et remplissage en Viroc) et regroupées au nord et au sud. Ces pavillons sont abrités au nord (ci-dessus) sous les quatre halles de la Foire internationale, mégastructure en acier de 100 000 m2 conçue par les architectes Antonio Barreios Ferreira et Alberto França.

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Espaces publics

Les voiries principales sont plantées. Les abords des pavillons, les trottoirs et terre-pleins revêtent les mêmes petits pavés clairs. La gamme du mobilier urbain est volontairement restreinte, de conception rustique : kiosques modulaires en acier peint en blanc et ombrières en lames de bois, bancs et jardinières en béton peint. La promenade le long du Tage est bordée de jardins et de pergolas.

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Signaux

Dans un continuum urbain relativement horizontal et bas émergent deux signaux verticaux forts : au sud, la tour (70 m) de l'ancienne raffinerie réhabilitée par Graça Dias et Vieira rappelle la mémoire des lieux ; au nord, la tour (100 m) Vasco-de-Gama, socle en étrave planté dans le fleuve, offrira une terrasse et un restaurant panoramique aux visiteurs.

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