Artisans dans les îles, avec la mer pour horizon
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Artisans dans les îles, avec la mer pour horizon

Laurent Duguet |  le 13/05/2022  |  Moi, artisan MorbihanCôtes-d’ArmorVendéeCharente-Maritime

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En France métropolitaine, les îles habitées, petites ou grandes, ont également besoin d'artisans. Quatre professionnels racontent leur quotidien, entre contraintes d'approvisionnement ou d'organisation, ancrage familial, hyperproximité, et, par-dessus tout, beauté de l'exercice d'un métier ouvert sur l'horizon maritime.

« À Bréhat, je travaille avec la mer à 36O degrés »

« Après avoir été paysagiste pendant dix ans, j'ai créé en 1999, sur l'île d'où je suis originaire, l'EURL Daigre Bâtiment. À l'aide de nos deux tailleurs de pierre formés et disposant d'une réserve de 500 m3 de pierres sur place, nous refaisons deux maisons par an, sans compter environ 70 chantiers pour des terrassements, des murets et des terrasses, des reprises de toiture, etc. Je travaille uniquement sur Bréhat, majoritairement sur des habitations principales et secondaires. Certes, c'est un pays où tout est beau et où la mer est présente à 360°, mais y exercer est très particulier. Trois de nos salariés habitent le continent et prennent - pour une traversée de quinze minutes - le premier bateau de 8h15 pour repartir chez eux à 18h15. Je travaille quatre-vingts heures par semaine, et il faut avoir une connaissance parfaite du terrain. Quand vous déplacez une fosse septique de 1,90 m de large sur des routes de 1,80 m, vous avez intérêt à savoir où vous passez ! Ici, pas de centrale à béton ni de grue, mais des petits Manitou pour passer sur des chemins étroits. Pour l'approvisionnement, nous commandons sur le continent. Le transport est assuré quatre fois par semaine à partir de Paimpol, dans le cadre d'une mission de service public du conseil départemental. Sur une île de 200 ha, qui compte 750 maisons, et un afflux de touristes qui fait passer la population de 200 habitants hors saison à 10 000 personnes par jour en été, je livre mes matériaux la nuit. Au final, ceux qui habitent ici, ces amoureux du pays, nous font réaliser des choses sublimes ! »

 

Didier Daigre, EURL Daigre Bâtiment (entreprise générale), 8 salariés, Bréhat (Côtes-d’Armor)

« Après dix ans sur le continent, j'ai voulu revenir sur l'île de Ré »

« Je suis natif de Ré et, après dix ans passés comme salarié dans les établissements Ridoret sur le continent, j'ai voulu revenir ici, avec l'envie de réaliser de beaux chantiers à valeur ajoutée. C'est une aventure familiale, notamment avec mes neveux, mon épouse et ma fille Raphaëlle, 27 ans, qui reprendra le holding. En 2002, nous avons racheté Olivier SAS, en couverture-zinguerie-charpente, qui est passée de 5 à 17 salariés. En 2005, nous avons fait l'acquisition de Mouilleron, en menuiserie-charpente, passée de 4 à 8 salariés. Le territoire est composé à 98 % de résidences secondaires, boosté par l'ouverture du pont en 1988 mais protégé par une charte architecturale. La part constructible du territoire est presque atteinte, et l'activité se concentre sur la rénovation. Mais le volant d'affaires nous suffit largement. Si l'île compte des négoces, nous faisons partie d'une coopérative d'achats en Vendée, et bénéficions ainsi des prix du continent.

Certes, nous avons des contraintes. Nous sommes implantés en zone artisanale à Ars-en-Ré, où le coût astronomique du terrain doit être répercuté. Le niveau des prix empêche la plupart des salariés d'habiter l'île, certains effectuant 1 h 30 de déplacement matin et soir. Nous avons mis en place un minibus qui vient les chercher et les ramène pour leur éviter trop de frais. Il est complexe de trouver des couvreurs, et nous n'avons jamais réussi à avoir des apprentis en raison de la cherté des logements. Nous formons donc des gens motivés et idéalement domiciliés sur l'île de Ré. Nous n'avons presque pas de chantier ailleurs : connaissez-vous une sensation comparable à celle de travailler sur un toit en bord de mer ? »

 

Yannick Palvadeau, Holding Palvadeau (couverture-zinguerie-charpente), 17 salariés, île de Ré (Charente-Maritime)

« À Noirmoutier, je suis à quinze minutes maximum de mes chantiers »

« Je suis natif de Noirmoutier, un enfant du pays ! Après un BEP finition, un BP peinture et une mention déco suivis en alternance au BTP CFA Aforbat, à La Roche-sur-Yon, j'ai travaillé au sein d'entreprises de l'île. Quand j'ai créé la mienne il y a trois ans, il était évident que je le ferais à Noirmoutier. Mon métier me permet de rester ici. D'entrée, j'ai été soutenu par mes anciens patrons et par les fournisseurs. J'avais constitué un réseau pour réaliser majoritairement des chantiers en rénovation auprès de particuliers. Avec la vue sur la mer et un maximum de quinze minutes pour me rendre sur mon lieu de travail, le cadre me plaît beaucoup ! Au début, je me suis installé à Barbâtre, près du passage du Gois ; désormais, je suis un peu plus loin, sur la route de L'Herbaudière. Bien que je ne sois fermé à rien, je ne réalise en moyenne qu'un chantier par an à l'extérieur de Noirmoutier.

Je suis pointilleux en matière de travail et il importe de très bien connaître ses produits et les techniques pour rénover les murs extérieurs, tous soumis à l'air salin. Aucun problème avec les fournisseurs : je commande le matin et je suis livré l'après-midi, le lendemain au plus tard. Je mène l'entreprise avec ma femme et nous essayons d'évoluer avec notre temps en proposant, par exemple, travaux de revêtements de sols et murs, décorations et interventions sur plans de travail et crédences. Je n'ai pas encore embauché, mais j'y pense pour plus tard. Pour l'instant, j'ai trouvé une vie équilibrée, une liberté d'organisation. J'emmène mon fils à l'école, je choisis mes chantiers et mes horaires. De plus, je n'ai pas l'impression de subir la concurrence ; en tout cas, mon carnet de commandes est rempli. Petites ou plus grandes entreprises, je trouve que celles qui sont implantées ici ont leur place. »

 

Yohan Caiveau, artisan peintre, Noirmoutier-en-l’Ile (Vendée)

« À Groix, le plaisir d'assister à un coucher de soleil en travaillant »

« Mon père est arrivé à Groix en août 1973, avant la Révolution des Œillets au Portugal, j'avais 6 mois. La création de l'entreprise familiale FAEL, tous corps d'état, hors plomberie et électricité, date de 1979. Sur cette île de 2 300 habitants, à quarante-cinq minutes de bateau de Lorient, la population croît et l'on compte trois entreprises du bâtiment de notre taille. Nous réalisons des travaux de rénovation, des chantiers neufs mais aussi de la restauration, uniquement pour des particuliers : je suis conseiller municipal, donc pas question de répondre à des appels d'offres publics. À de rares exceptions près, nous avons toujours uniquement travaillé sur l'île. Sur ce territoire de 32 km², il faut anticiper, notamment en matière d'approvisionnement. Je cherche par exemple des voliges pour toiture et je dois appeler plusieurs fournisseurs pour en trouver. Nous apprenons à stocker pour ne pas être en rupture, même si cela joue sur notre trésorerie.

Quant à l'organisation des chantiers, le réseau routier a été refait, mais il est préférable d'utiliser des 19-tonnes plutôt que des 26-tonnes. Enfin, sur nos 18 salariés, 3 effectuent l'aller-retour quotidien vers le continent, dont notre chef d'équipe second œuvre et une secrétaire. Ils quittent Lorient à 8h15, arrivent à Groix à 8h50 et repartent par le bateau de 17h30, ce qui les oblige à un temps de pause plus court à midi. Le troisième était notre métreur depuis onze ans, qui vient de partir. Du coup, je cherche un métreur économiste, diplômé ou avec de l'expérience, mais il est difficile de trouver de la main-d'œuvre. J'aime cette île qui m'a vu faire mes premiers pas et, depuis mon dépôt, depuis nos chantiers, de partout, on voit la mer et il n'y a rien de plus agréable qu'assister à un coucher de soleil lorsque l'on travaille ! »

 

Victor Da Silva, FAEL (entreprise générale du bâtiment), 18 salariés, Groix (Morbihan)

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