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Europe Les atouts des architectes irlandais

ISABELLE MOREAU, chargée de mission au Conseil national de l'ordre des architectes. |  le 27/11/1998  |  Droit de l'urbanismeArchitectureEuropeFrance entièreUrbanisme

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-La bonne santé de la construction soutient l'activité des architectes irlandais. -Sans protection du titre ni de la fonction, mais mieux assurés que les autres professionnels du secteur, ils demeurent les leaders appréciés du projet architectural ou urbain.

Après les années noires qui marquent le pays de 1980 à 1988, l'Irlande, plus particulièrement depuis 1994, a relevé la tête. La mise en oeuvre par l'Etat, dès 1994, du plan national de développement visant à l'amélioration des performances économiques du pays et à la baisse du chômage, ainsi que l'impact des fonds structurels européens (4,5 milliards de livres irlandaises sur la période 1994-1999) sont les facteurs essentiels de ce dynamisme.

L'Irlande aujourd'hui bénéficie d'atouts : un faible taux d'inflation, une augmentation importante de la production et de l'emploi, et surtout, une population active jeune (44,5 % de la population a moins de 25 ans, 26 % entre 25 et 44 ans) et d'un haut niveau de formation.

La stabilité économique semble bien ancrée. En outre, l'un des éléments favorisant le succès du pays tient à sa base non industrielle. Si les Irlandais reconnaissent avoir laissé passer la révolution industrielle en raison d'une population essentiellement agricole, ils sont en train de réussir leur révolution technologique. Il ne faut pas oublier que Microsoft, Apple, IBM, Motorola, etc., sont implantés en Irlande.

Cette santé économique, les architectes la ressentent : le secteur de la construction connaît une forte croissance, notamment dans le domaine du logement (y compris la rénovation et l'entretien) et des bâtiments commerciaux. Qui sont-ils ? Les deux écoles (National University of Ireland et Dublin Institute of Technology) dispensent un enseignement de haut niveau : 5 années d'études accompagnées de stages pratiques. Elles accueillent en permanence 350 à 400 étudiants, et produisent chaque année environ 100 diplômés.

L'Irlande compte ainsi, sur une population de 3,5 millions d'habitants, 3 600 architectes diplômés. Seuls cependant, 1 500 d'entre eux sont inscrits au Royal Institute of the Architects of Ireland (RIAI), principale organisation, non obligatoire, chargée de représenter la profession auprès des pouvoirs publics.

Excellente insertion dans la société

Le RIAI, fondé en 1839, joue un rôle actif : il veille au respect par ses membres du Code des devoirs professionnels, publie de nombreux documents (annuaire, journal, contrats types, recommandations d'honoraires etc.), participe à l'organisation des concours et, est enfin chargé de la promotion de l'architecture. A ce titre il décerne des prix nationaux tous les trois ans. Les architectes irlandais ne disposent d'aucune protection : ni du titre ni de la fonction. Mais, selon Adrian Joyce, architecte MRIAI, l'activité de lobbying du Royal Institute a fortement participé à la bonne image dont bénéficie la profession auprès du grand public. L'émission de télévision « Our house » a ainsi récemment popularisé les oeuvres (maisons, collectifs résidentiels) des membres du RIAI. Parmi ceux-ci, 50 % exercent leur profession à titre libéral, 25 % sont salariés du secteur privé, 25 % du secteur public. De manière générale, les agences sont de petite taille (trois personnes, ce qui correspond à la moyenne européenne). Celles employant six personnes sont considérées comme de bonne taille et l'effectif maximum ne dépasse pas 20 salariés.

L'absence de recours obligatoire a pour conséquence qu'aux côtés de l'architecte, l'ingénieur et le « surveyor » sont les acteurs essentiels du secteur de la construction. Néanmoins, et même si rien n'oblige le maître d'ouvrage à soumettre un permis de construire à l'architecte, celui-ci reste, dans la majorité des cas, le consultant principal et leader du projet, apprécié tant des collectivités publiques que des grands maîtres d'ouvrage privés. Il intervient à tous les stades de l'opération : il est désigné comme représentant du client, chargé de veiller à la bonne exécution des clauses du contrat. Il contrôle la conformité des travaux, le respect du planning et l'avancement des travaux

Responsabilité professionnelle

Un autre élément joue en faveur de l'architecte : si les professionnels de la construction ne sont pas tenus, légalement, de contracter une assurance, les architectes membres de RIAI doivent obligatoirement souscrire une assurance couvrant leur responsabilité professionnelle. Enfin, les architectes sont de plus en plus présents dans le domaine de l'urbanisme. Très au fait des techniques de protection de l'environnement (ils sont, comme tout Irlandais, très attentifs à l'image de l'Irlande « île verte »), ils participent activement à la politique menée en faveur de l'habitat, destinée à attribuer aux citoyens, dans la limite de leurs ressources, un habitat de bonne qualité, à un prix raisonnable et dans un environnement convenable.

La concurrence des ingénieurs et « surveyors »

Alors que pourraient-ils craindre ? Les architectes irlandais ne se plaignent pas de leur niveau de vie (en moyenne 20000 livres irlandaises/an pour un membre du RIAI, 28000 livres pour un architecte senior) et ne semblent pas inquiets de la concurrence internationale que pourraient leur porter leurs confrères étrangers. Les difficultés viendraient plutôt, selon Adrian Joyce, des autres professionnels du secteur : les promoteurs d'abord, plus soucieux de rendement financier que de qualité architecturale, les ingénieurs et surveyors ensuite, très présents dans les zones rurales.

A ces derniers, il faut ajouter le lobbying acharné mené ces derniers mois par des professionnels maîtres d'oeuvre qui cherchent, au titre des droits acquis, à intégrer la directive européenne 85/384/CE qui permet aux architectes reconnus par celle-ci de circuler librement au sein de l'Union européenne. Le succès de ces 180 professionnels n'est pas assuré, le RIAI y veille.

PHOTO :

Le Irish Film Center à Dublin,

une restructuration-construction signée par les architectes O'Donnel et Tuomey, 1992.

La bibliothèque de l'université de Cork (Irlande), réalisée par les architectes de Blacam et Meagher, 1995.

Sources : Poste d'expansion économique de l'ambassade de France à Dublin : « Les marchés de l'architecture en Irlande », mai 1996. RIAI : « The Architectural Profession in the Republic of Ireland ». Remerciements : Adrian Joyce, architecte, MRIAI.

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