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EUROPE Inquiétudes des architectes espagnols

ISABELLE MOREAU, chargée de mission au Conseil national de l'ordre des architectes. |  le 05/12/1997  |  ConjonctureArchitectureFrance entièreEuropeEducation

-Déjà touchée par la crise, la profession, jusqu'ici très protégée, doit faire face aux mutations pour être plus concurrentielle.

Après l'embellie des années 1986-1992, le retournement sensible de conjoncture notamment en 1995 et 1996 s'est traduit, en Espagne, par une forte baisse du marché de la construction. Selon une étude réalisée par l'institut d'études statistiques Metraseis, les architectes, malgré la légère reprise en 1997, sont inquiets : 40,7 % estiment leur situation professionnelle pire que les années précédentes, 22,4 % la jugent catastrophique.

Il faut dire que la profession, jusqu'ici très protégée, vient de subir, déréglementation oblige, des changements qui l'ont ébranlée : perte des barèmes professionnels obligatoires et, par voie de conséquence, affaiblissement des prérogatives d'un Ordre considéré jusqu'ici comme très puissant. 26 449 architectes, dont 4 627 femmes seulement, sont regroupés en son sein. Il est composé d'un conseil supérieur et de 18 collèges régionaux dont les architectes sont obligatoirement membres pour bénéficier du port du titre et du droit d'exercice. Selon les sources du service de l'expansion économique - ambassade de France en Espagne - le nombre des étudiants est de 25 000 ; mais sur ce total seuls 15 000 terminent leur cycle de 6 ans d'études et chaque année, 3 000 jeunes diplômés se présentent sur un marché où sévit le chômage qui atteint 30 % dans la profession.

Essentiellement regroupés à Madrid et Barcelone, les architectes espagnols exercent à 80 % à titre libéral : 55 % travaillent seuls, 26 % sont associés à d'autres confrères. 19,5 % de la profession est salariée en agence, au sein d'une société immobilière, d'une entreprise ou de l'administration, généralement locale (10,1 %). Un nombre très faible d'architectes (0,1 %) s'associent à d'autres professionnels de la maîtrise d'oeuvre. Les agences sont le plus souvent de petites structures ; l'effectif moyen par agence ne dépasse pas trois, ce qui équivaut à la situation en France.

Loi sur « l'édification »

Avant tout libérale, la profession a d'abord pour clients les particuliers (76 %), et ce notamment pour les architectes exerçant en zone rurale, dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas 5 millions de pesetas (environ 200 000 FF). Viennent ensuite les promoteurs privés (pour 36 % environ) et la commande publique. Si cette dernière, souvent organisée selon la procédure des concours (plus de 400 par an), fait vivre près de 20 % des architectes libéraux, 35 % d'entre eux n'y ont accès qu'à titre occasionnel. A l'exception des bâtiments industriels où le rôle de l'ingénieur reste traditionnel, l'intervention de l'architecte est obligatoire quel que soit le projet, y compris dans pour la réhabilitation et la maison individuelle qui constituent, selon les sources PEE, l'essentiel de la commande. Interlocuteur unique du maître d'ouvrage, l'architecte conçoit les projets et réalise des travaux auxquels il associe obligatoirement un « aparejador ».

Cette situation est confortable pour le maître d'ouvrage puisqu'elle lui permet, tout au long de la construction, de se reposer sur un seul responsable. Mais les architectes ne sont pas tous de cet avis : 77 % estiment ne pas avoir à assumer toute la responsabilité légale dudit processus. A ce titre, ils attendent beaucoup de la future loi sur « l'édification » qui devrait pondérer la responsabilité des différents acteurs de la construction. Jusqu'à ces derniers mois, l'architecte était rémunéré selon un barème fixé par décret royal et publié annuellement par les collèges. Mais la loi du 14 avril 1997 sur l'activité des ordres professionnels, d'inspiration libérale, reconnaît le régime de la libre concurrence comme cadre général d'exercice de la profession. Les collèges régionaux en perdent leur pouvoir de fixer les barèmes obligatoires.

Perte d'influence des collèges

Par cette nouvelle législation qui ne vise pas les seuls barèmes professionnels, le gouvernement espagnol entend redynamiser ce secteur des services pour l'adapter à la concurrence internationale. Les collèges vont y laisser des plumes. Leur fonction traditionnelle de recouvrement des honoraires auprès du maître d'ouvrage, reversés ensuite à l'architecte après retenue de la cotisation ordinale, n'est plus obligatoire. Seul est maintenu, à titre obligatoire, le visa du dossier de permis de construire, donné par le collège en vue de son obtention auprès des services de la commune. Privé d'une grande part de ses attributions et ressources, l'Ordre redouble d'énergie pour renouveler ses activités. Il étudie un visa non obligatoire de contrôle de qualité. Cette procédure volontaire de démarche qualité consiste pour l'architecte en un auto-contrôle de conformité technique au sein de l'agence, qui donnera lieu après vérification du collège, à la délivrance du visa.

Ces bouleversements, et surtout la mise en place de la libre concurrence, ont affecté les architectes espagnols. 56 % craignent qu'à l'avenir beaucoup de leurs confrères ne puissent plus exercer, et 50 % s'attendent à une forte diminution de l'exercice libéral. Cette réforme les oblige à une révolution culturelle : si 75 % jugent que la complexité du processus de construction fait qu'une seule personne ne peut plus tout contrôler et que l'avenir passe par des équipes pluridisciplinaires, ils sont nombreux à reconnaître y être mal préparés. chargée de mission au Conseil national de l'ordre des architectes.

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