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ÉTUDES DE CAS

Loïs Moulas, Directeur général de l'OID |  le 09/03/2018  |  ParisRhôneInternationalFrance entièreEurope

Montréal - Une ville intelligente et digitalisée

Montréal axe énormément son projet de ville intelligente sur le numérique à travers le développement d'infrastructures multiservices de télécommunication (voir Contexte sur le numérique aux fondements de la ville intelligente).

Le concept de ville intelligente a gagné du terrain dans le monde entier depuis le milieu des années 2000. Un nombre croissant de villes l'adoptent progressivement, en raison des avantages qu'elle offre. Mais le concept est souvent mal compris ou vu seulement en termes d'aspects technologiques.

Le concept de ville intelligente a décollé en raison d'initiatives politiques aux États-Unis, en Europe et en Océanie visant à surmonter divers défis urbains :

- Questions de gouvernance : la coordination des activités des différentes parties prenantes dans le cadre de l'action municipale fait face à différents défis : complexité des structures, diminution des budgets publics, baisse de la confiance dans les institutions et sentiment de marginalisation de certains bénéficiaires.

- Problèmes physiques et d'aménagements urbains : Toutes les villes doivent faire face, dans des proportions différentes, aux questions de transport, de rareté des ressources naturelles, de gestion des déchets, de pollution, de santé publique, de congestion et de vieillissement des infrastructures.

- Enjeux sociaux : Les grandes villes doivent également composer avec un contexte sociopolitique complexe, une polarisation sociale et un grand nombre d'acteurs capables de réagir et de se mobiliser immédiatement.

La compréhension et la lecture du paysage social sont complexes.

Le projet Smart City Montréal et l'engagement citoyen

Le développement de la ville intelligente de Montréal relève d'une démarche de planification stratégique qui se traduit par une présence forte des citoyens.

La « smartisation de la ville » se fait donc de manière ouverte et implique différentes parties prenantes, notamment les citoyens.

La conception de ce projet et sa finalité sont aussi importantes que le processus. L'idée est donc d' impliquer au maximum les parties prenantes autour d'une vision cohérente de laquelle se dégage un certain consensus en adéquation avec la réalité et l'ADN des Montréalais, qui valorisent une approche communautaire et « grassroots ».

Montréal possède de multiples ressources en matière d'innovation. La collaboration des acteurs est essentielle pour forger une vision commune d'une ville intelligente. Montréal a l'intention de saisir cette occasion pour devenir un modèle dans le domaine.

L'administration municipale est bien placée pour jouer un rôle de leadership dans la coordination des efforts visant à créer une ville intelligente par divers partenaires privés, publics et communautaires.

Pour devenir une véritable ville intelligente, Montréal doit non seulement promouvoir ce concept, mais intégrer ses activités (politiques publiques, lois, règlements, etc.) dans une culture de la co-création et de développement urbain.

L'administration de la ville de Montréal a exprimé en 2013 son intention de devenir un chef de file internationalement reconnu parmi les villes intelligentes et numériques . La ville a défini quatre domaines prioritaires : la collecte, la communication, la collaboration et la coordination. Afin de satisfaire cet objectif a donc été créé une structure responsable du développement d'une ville intelligente : Le Bureau de la Ville Intelligente et Numérique (BVIN).

En 2013, un sondage a été fait sur le projet d'une ville intelligente par le BVIN et a montré à travers les 7 601 réponses que les priorités des citoyens pour une ville intelligente étaient les suivantes 33 :

a) transports en commun (52 %) ;

b) meilleure gestion des dépenses (51 %) ;

c) gestion de la conduite d'eau et des eaux usées (49 %) ;

d) une plus grande transparence et une bonne gouvernance (48 %).

La ville de Montréal s'est donc appuyée sur les attentes des citoyens pour définir les priorités pour la planification d'une ville intelligente.

La Smart City de Montréal repose sur quatre grands piliers :

a) Une ville intelligente au service du développement économique.

b) La numérisation des services publics.

c) Une ville intelligente qui se fait dans le cadre de la diversité socioculturelle montréalaise.

d) Une ville intelligente qui favorise l'accès à l'éducation par des moyens numériques afin de rendre le savoir universellement accessible.

Afin de répondre aux besoins des citoyens, la ville intelligente doit avoir un axe économique. La digitalisation de la ville permet de développer des services permettant aux petites, moyennes et grandes entreprises de croître. Dans son processus de digitalisation, le Ville de Montréal a établi un laboratoire municipal permettant aux citoyens de tester de nouveaux produits et services. L'idée derrière cet engagement suggère que la ville intelligente favoriserait une économie de partage. La Mairie a fait entendre qu'elle souhaite avoir comme fondement de la ville intelligente montréalaise « une ville qui combine ses ressources de manière plus efficace pour générer une richesse collective ».

Le projet met l'accent sur le renforcement de la numérisation culturelle et sociale. La numérisation est au cœur de ce projet de ville intelligente. Montréal veut devenir « une ville qui explore de nouvelles façons de créer, sur la base de la participation citoyenne à l'environnement, au paysage urbain, et aux différents espaces de vie » a souligné la ville de Montréal 34. Qui dit numérisation, dit usage des outils technologiques via des applications de smartphones qui permettraient de centraliser l'information culturelle et civique de Montréal.

La ville intelligente se fait également dans le cadre de la diversité communautaire qui est au cœur du tissu socioculturel montréalais. Montréal est une ville généreuse qui accueille des professionnels du monde entier. Plaque tournante économique francophone en Amérique du Nord, Montréal intelligente est une ville qui a pour vocation de soutenir les nouveaux immigrants et les demandeurs d'emploi en favorisant la participation de chacun au moyen d'outils numériques. Être au service de la diversité signifie réaménager l'espace urbain. Avec ce projet la ville a l'intention de « co-créer des stratégies de planification urbaine adaptées aux communautés multiculturelles afin de couvrir la fracture interculturelle. » La ville intelligente montréalaise doit être un vecteur de l'éducation et offrir des services accessibles et efficaces à ses citoyens. Montréal devient donc une ville qui favorise l'accès à l'éducation par des moyens numériques et qui adapte ses outils numériques pour rendre l'éducation universellement accessible. Ce projet de Montréal a pour objectif la participation citoyenne et la démocratisation du savoir. Toutefois, ce projet peut se résumer en une ville qui favorise l'accès numérique universel et qui utilise les technologies numériques pour démocratiser l'éducation.

Les acteurs du projet

Montréal a été désigné en 2014 dans le cadre du « Intelligent Community of the Year » comme un grand projet de ville intelligente. Montréal axe son projet de ville intelligente sur la numérisation des services municipaux (voir Contexte sur le numérique aux fondements de la ville intelligente).

TechnoMontréal est un des acteurs principaux de la numérisation de Montréal. Spécialisé dans les technologies de l'information et des communications, TechnoMontréal a initié en 2011 un plan Smart City : Montréal Métropole Numérique (MMN) 35. TechnoMontréal, à travers cette structure, coordonne des projets « permettant d'équiper la ville d'infrastructures et de fonctionnalités numériques innovantes touchant tous les secteurs : transport, infrastructures, sécurité, énergie, eau, etc. » Entre la mise en place de zones Wi-Fi gratuit accessibles à tous dans les espaces publics du centre-ville et des applications mobiles transmettant des informations en temps réel sur les activités municipales et l'état des routes (notamment en hiver), Montréal devrait devenir dans les années à venir une ville entièrement digitalisée.

Exemple : Une application pour faciliter l'hiver montréalais

Une application pour le déneigement INFO_NEIGE MTL. À chaque tempête de neige, les rues de Montréal doivent être déneigées. Les habitants ont alors l'interdiction de stationner le temps du déneigement des routes. Cette règle est peu respectée, et le déneigement des rues est constamment retardé par le remorquage pour stationnement interdit. La ville est donc en train de développer une application pour informer les habitants du moment précis durant lequel le déneigement aura lieu dans leur rue et réduire ainsi le nombre de remorquages.

L'ensemble de ces activités est piloté par la mairie de Montréal. La numérisation de Montréal est une initiative personnelle du Maire Denis Coderre. Ce dernier parle souvent d'une « ville intelligente et digitale construite par des citoyens, pour les citoyens ».

En mars 2014, Montréal a créé le Bureau de la ville intelligente et numérique pour devenir un leader mondial parmi les villes intelligentes et numériques. La mission du Bureau est de concevoir une stratégie autour de quatre axes : Collecte d'informations, Communication, Coordination et Collaboration.

Une nouvelle étape a été franchie l'automne dernier avec un processus de consultation qui rassemble les Montréalais de tous les quartiers de la ville pour partager des idées sur leurs besoins et leurs attentes.

« Le projet : Montréal, Smart and Digital City est un projet ambitieux qui s'appuie sur notre intelligence collective pour forger un modèle distinctif basé à Montréal » a partagé un représentant de la mairie de Montréal. Ce projet est un vrai travail de coordination entre le secteur public institutionnel et privé.

« L'acteur principal reste les citoyens de Montréal, qui dans un dialogue continu, jouent un rôle actif dans la formulation de cette stratégie » (mairie de Montréal).

La mairie a ajouté que concrètement une ville intelligente et numérique signifie « de meilleurs services pour les citoyens, une amélioration du niveau de vie et l'exploitation des ressources de notre métropole pour assurer son développement conforme aux besoins de la population et sa durabilité ».

CARTOGRAPHIE DES GRANDS ACTEURS DE LA SMART CITY MONTRÉAL

Les suites du projet

Montréal se distingue des autres villes intelligentes comme Singapour ou Dubaï dans le sens où le projet de digitalisation de la ville n'a pas pour seule finalité l'efficacité technologique.

Dans le projet de Montréal, la technologie n'est qu'un moyen, qui permettra à travers un accès plus facile à l'innovation, le développement d'un savoir-faire local qui aura un impact économique , soit en faisant émerger des entreprises basées à Montréal, soit faire croître certaines entreprises déjà implantées, et même attirer des entreprises qui veulent développer un savoir-faire exportable.

À travers cette vision, Montréal se projette dans l'avenir pour une « smartisation » de la ville : engagement citoyen, mobilité plus efficace, développement économique constituent la ligne directrice des prochaines étapes du projet.

« La grande priorité aujourd'hui est de refaire complètement la présence du numérique dans la ville » Stéphane Goyette, directeur du Bureau de la Ville intelligente et numérique de Montréal/CEO of the Smart City Office of Montréal city.

En termes de numérisation, plusieurs initiatives prennent exemple sur les villes de Boston et de New York qui ont créé une plateforme en ligne. Cette plateforme a pour objectif de mettre en avant la présence du numérique à travers la ville et en profite pour recueillir l'avis des citoyens sur leurs besoins et leur vision du numérique à travers leur quartier afin d'engager un maximum les citoyens dans les projets de la Ville.

L'Amérique du Nord connaît ce que l'on appelle le 311 service à la clientèle, un terme générique qui définit une banque de données municipale qui diffuse des renseignements sur les services et activités de la ville. Montréal est en train de développer un service mobile 311 qui permettrait au citoyen d'avoir un accès immédiat aux services municipaux via le numérique.

En termes de mobilité, la problématique qui se pose est de s'assurer que le développement se fait de façon cohérente et concertée notamment en matière de mobilité intelligente intégrée. La ville de Montréal prend à ce sujet exemple sur Helsinki et Lyon.

Une autre problématique est l'utilisation massive de l'Auto Solo. Un ou deux chantiers dont l'objectif premier est la réduction de l'Auto Solo devraient être mis en place d'ici le mois d'octobre 2017. Le projet qui s'intitule Défi sans Auto Solo est un engagement de mobilité durable qui a pour objectif d'encourager le covoiturage, le transport en commun ou les transports actifs (vélo, marche, rollers, etc.) 36.

Lyon - Le Community Energy Management System

Le projet Lyon Smart Community et le CEMS

Le projet Lyon Smart Community a été mené sur le territoire de Lyon Confluence de 2011 à 2016 et le développement de certains de ses dispositifs est à présent poursuivi dans le cadre du projet européen Smarter Together. Ce quartier a été choisi comme territoire-pilote dans l'espace lyonnais, afin d'initier et de tester des technologies japonaises (principalement celles de Toshiba), pour acquérir de l'expérience dans ce domaine et pouvoir les étendre à plus grande échelle.

Ce projet englobe quatre volets : La réalisation d'un îlot mixte à énergie positive, baptisé Hikari (voir thématique Bâtiments).

La mise en place d'une flotte de véhicules électriques en auto-partage dénommée Sunmoov' , se rechargeant sur des bornes alimentées en énergie solaire du quartier (voir thématique Transports et mobilité).

La réalisation de ConsoTab, dans le cadre de la rénovation de la Cité Perrache, proposant aux habitants des logements sociaux de visualiser directement leur consommation sur une tablette (voir thématique Bâtiments).

La quatrième dimension, celle sur laquelle nous nous focalisons, le Community Energy Management System (CEMS) permet de combiner toutes les données des volets précédents et du quartier Confluence sur une plateforme dans le but d'évaluer la performance énergétique de chaque aspect.

« Bien réfléchir aux objectifs et surtout anticiper la suite pour ne pas développer une innovation-test qui s'arrête dès la fin du projet » , Étienne Vignali, chargé de mission développement durable à la SPL Lyon Confluence.

Le CEMS a pour objectif final d'améliorer la performance énergétique des bâtiments et équipements en permettant d'étudier les données qu'ils transmettent, pour savoir d'où viennent les écarts entre les prévisions de consommations et la consommation effective, et pouvoir les corriger. Ces données sont combinées sur une plate-forme de données sous forme de prototype industriel présentant cinq objectifs :

- Évaluer la performance énergétique des bâtiments neufs construits.

- Évaluer la performance énergétique des bâtiments éco-rénovés.

- - Permettre aux habitants de visualiser leur consommation d'énergie.

- Visualiser la production et la consommation d'énergie dans le quartier.

- Évaluer la consommation d'énergie des voitures électriques.

Les acteurs du projet

Parce qu'ils impliquent des parties prenantes très différentes, les projets de villes intelligentes requièrent de faire face à des défis liés à une information disséminée et à une multiplicité d'enjeux selon les acteurs.

Dans le cadre de Lyon Smart Community, un accord de financement a initié le projet entre le NEDO (New Energy and Industrial Technology Developement Organization, agence gouvernementale japonaise en charge des technologies et de l'énergie), qui subventionne le projet à hauteur de 50 millions d'euros, et la métropole du Grand Lyon , à fois signataire et commanditaire. À la suite d'un appel d'offres adressé aux entreprises japonaises, Toshiba a été choisi par le NEDO pour mettre en avant les technologies japonaises en France, plaçant Lyon Confluence comme démonstrateur. Toshiba a donc développé la plate-forme de données du CEMS, ainsi que les technologies des trois autres volets du projet. La Société Publique Locale (SPL) Lyon Confluence est aménageur du quartier, et a été chargée par la métropole de coordonner le projet Lyon Smart Community, avec Hespul comme assistant à la maîtrise d'ouvrage, puisqu'il avait déjà collaboré avec la SPL sur un projet européen précédent.

« Apprendre, améliorer et continuer » sont les 3 mots-clés de la smart city selon Pamela Vennin, cheffe de projet Grands projets d'expérimentation et réplication dans le domaine de la Métropole Intelligente à la métropole du Grand Lyon.

Ce projet a été initié à partir d'une visite des responsables de la Métropole au Japon, permettant une mise en relation avec le NEDO qui recherchait des territoires-démonstrateurs en Europe.

Pour chacun des volets de Lyon Smart Community, les entreprises et parties prenantes ont été approchées ou sélectionnées par des appels d'offres suite à l'accord de financement, qui cadre les rôles de chacun. Bouygues Immobilier a donc coordonné le projet Hikari, Grand Lyon Habitat celui de ConsoTab à la Cité Perrache, Transdev et le service de mobilité du Grand Lyon ont coopéré pour superviser Sunmoov', mobilisant chacun les multiples parties prenantes de chacun des différents projets.

Lyon Smart Community étant un projet relativement long, de nouveaux acteurs à impliquer ont été identifiés en cours de projet du fait de l'évolution des technologies et des collectivités (développement des plateformes d'open data par exemple), d'autant plus qu'il s'agit d'un projet expérimental.

Ainsi, sur le projet Hikari, le besoin d'une entreprise spécialisée dans le raccordement des flux d'énergie a été identifié après le démarrage du prototype.

De même, la plateforme de données Data Grand Lyon s'est créée en cours de projet et y a été associée plus tardivement.

« Les projets de smart city sont très porteurs pour le public et pour le privé, car ce sont des partenaires complémentaires », Pamela Vennin.

Les modalités d'implication des parties prenantes ont varié selon les volets du projet, même si une mission de coordination entre la SPL, les services spécialisés du Grand Lyon et l'entreprise Hespul a principalement été chargée de l'animation, pour faire le lien entre acteurs.

Concernant le CEMS, la SPL et Hespul ont coordonné les parties prenantes tout au long du projet, tandis que différents services de la Métropole ont été impliqués pour s'adapter aux évolutions du CEMS, passant de la mission énergie fixant les objectifs, au service numérique pour peaufiner les systèmes en coordination avec Data Grand Lyon.

Différents formats d'implication des acteurs ont été mis en place, avec environ deux réunions formelles par an (comités de pilotage) réunissant tous les acteurs du projet pour le pilotage global de Lyon Smart Community (par exemple pour l'évaluation du CEMS par un acteur externe), et des réunions plus fréquentes en petit comité pour la gestion quotidienne.

Si le projet Lyon Smart Community s'inscrit principalement dans une « démarche BtoB », ou business to business, selon Pamela Vennin, certains riverains se sont saisis de ces sujets, comme les habitants de l'îlot Hikari qui se sont constitués en association.

Les habitants de la Cité Perrache ont été impliqués et informés lors du déploiement de ConsoTab pour les accompagner dans l'usage de leur tablette, afin de permettre une meilleure exploitation des données dans le CEMS.

LE PILOTAGE DE LYON SMART COMMUNITY

FOCUS SUR LA GESTION DE L'ÉNERGIE : LES ACTEURS IMPLIQUÉS DANS LE COMMUNITY ENERGY MANAGEMENT SYSTEM

Le projet a fait face à des imprévus lors de sa mise en place du fait de son caractère expérimental. Il s'agit donc d'un processus évolutif d'apprentissage, pour déterminer l'avenir de chaque volet après la phase d'expérimentation, certains étant prolongés et d'autres arrêtés, tels que Sunmoov'. En effet, la flotte de véhicules en autopartage a été confrontée à des difficultés d'appropriation par les riverains, son périmètre d'usage étant relativement restreint puisque les voitures ne pouvaient se recharger que dans les stations Sunmoov', uniquement implantées dans le quartier. Ce dispositif a donc été remplacé par le nouveau « Bluely » de Bolloré après la fin de l'expérimentation, qui s'étend sur tout le territoire du Grand Lyon. De plus, le CEMS a été confronté à un problème de disponibilité des données, puisque celles-ci n'ont pu être collectées qu'une fois les autres volets mis en place, fin 2015, laissant un délai court pour le réglage et l'analyse des résultats du CEMS, le projet se terminant fin 2016.

« Ne pas penser seulement à l'investissement ponctuel. Les coûts de maintenance du projet à moyen terme sont à évaluer assez tôt pour trouver des solutions de financement et, éventuellement, adapter le projet », Étienne Vignali.

Par ailleurs, la collaboration entre des parties prenantes françaises et japonaises a nécessité un temps d'adaptation de chacun des acteurs aux pratiques des autres, notamment concernant la gestion de projet. Toutefois, la présence d'interlocuteurs français chez Toshiba France et NEDO ont permis de surmonter cet obstacle et de construire un socle de pratiques communes, avec une acculturation progressive entre les acteurs. Ce processus a notamment été possible en anticipant la préparation des réunions, pour aplanir les points divergents au préalable , la réunion devenant le moment de confirmation du consensus.

Sur un aspect plus juridique, le projet a également eu à composer avec les règles strictes en matière de collecte de données, puisque l'agrégation de celles-ci ne peut se faire qu'en respectant un certain pas de temps entre chaque collecte. Il faut donc vérifier que la convention de partage des données soit conforme à la réglementation, impliquant de trouver un équilibre entre ce qui est techniquement possible de collecter, ce qui est légal et ce qui est intéressant pour la collectivité. Concernant la législation également, la métropole n'a pas renouvelé le prototype de CEMS avec Toshiba car dans sa première version, la plateforme ne pouvait être répliquée sans passer par l'entreprise japonaise, menant à un service engageant dans la durée, ce qui est interdit par la réglementation européenne. Cela a nécessité une adaptation, une reformulation et un approfondissement du CEMS après l'expérimentation, dans le cadre du projet Smarter Together, comme le présente la partie suivante.

Bilan et suites du projet

Ce projet expérimental a permis de pérenniser certains projets et collaborations. Surtout, cela a constitué un gain d'expérience pour tout le territoire et les parties prenantes, afin de pouvoir étendre les dispositifs à toute la métropole après la fin de l'expérimentation, notamment dans le cadre de Smarter Together. De même, Lyon Smart Community a permis de renforcer les liens du Grand Lyon avec les firmes japonaises de haute technologie et d'accroître la visibilité de la Métropole à l'international. Cela a aussi approfondi les relations de la Métropole avec des acteurs français qui ne se seraient pas nécessairement engagés dans un tel projet expérimental sans l'expérience du NEDO et de Toshiba, permettant à toutes les parties prenantes d'envisager des projets plus ambitieux sur le plan environnemental dans l'avenir.

Le projet européen Smarter Together est piloté par Lyon, en partenariat avec Munich et Vienne. Le consortium de 30 partenaires (dont Toshiba) s'est fixé pour objectif de proposer des solutions intelligentes reproductibles à l'échelle mondiale pour améliorer la performance énergétique des villes et la qualité de vie des citoyens . Ce projet est une reconnaissance de l'expertise des acteurs de Lyon Smart Community, puisque ce projet s'inscrit dans son prolongement.

Un CEMS nouvelle génération est approfondi à partir du prototype industriel de Lyon Smart Community, et élargi à l'ensemble du territoire lyonnais . Dans un souci de capitalisation, une partie des informations est disponible librement sur data Grand Lyon. Ce CEMS nouvelle version est également développé en partenariat avec Toshiba, et reprend les objectifs initiaux pour les approfondir, par exemple à l'aide des compteurs communicants Linky.

Quelques grandes recommandations sont mises en avant par les acteurs de ce projet. Sur la question des plate-formes de données , deux aspects sont centraux. Avec le recul, ils soulignent l'importance d' impliquer le plus tôt possible les services numériques en charge de la gestion des plateformes de données pour bénéficier de leur savoir-faire. Par ailleurs, il est nécessaire d'avoir une plate-forme adaptée et correspondant aux objectifs du projet avant de l'étendre à grande échelle , car il est plus difficile de modifier un outil mis en place sur tout le territoire, nécessairement plus lourd.

Sur la question des coopérations d'acteurs, les parties prenantes mettent en exergue l'importance de réaliser des points réguliers pour faire remonter les dysfonctionnements et pouvoir les rectifier rapidement. De plus, ils soulignent l'importance de la préparation avant le lancement du projet. D'une part, dans les projets de ville intelligente, généralement expérimentaux, il faut anticiper dès le lancement que certains aspects pourraient ne pas complètement répondre aux objectifs. De même, selon Étienne Vignali, il est indispensable de bien réfléchir au préalable aux objectifs du projet afin de garder en vue la post-expérimentation , et pouvoir approfondir et/ou agrandir à plus grande échelle les dispositifs, en anticipant les coûts de fonctionnement et de maintenance à moyen terme.

Paris - Le programme et la plateforme idee.paris.fr de la ville

Théorisée dans les années 1960, la démocratie participative a trouvé de nombreuses applications dans les collectivités depuis les années 1970. La France a quant à elle institué les conseils de quartier en 2002, qui sont obligatoires pour les villes de plus de 80 000 habitants. Le Conseil de Paris a ainsi créé 122 conseils de quartiers, qui sont sous la responsabilité des mairies d'arrondissement.

La mise en place de dispositifs de démocratie participative s'est grandement accélérée lors du mandat de la Maire de Paris Anne Hidalgo, qui avait affirmé lors de sa campagne municipale sa volonté de mettre à contribution les Parisiens dans l'élaboration de projets pour la capitale. Dans cette optique, la Ville de Paris a mis en place un budget participatif, qui donne aux Parisiens l'opportunité de proposer et de choisir des projets qui seront réalisés par les services de la Mairie. La part du budget de la Ville allouée à ce programme est de 5 % du budget d'investissement sur la période 2014-2020, soit 500 millions d'euros.

Pour favoriser l'implication des citoyens dans la politique de la ville , la Ville a mis en place en 2015 la pla-teforme en ligne idee.paris.fr, qui permet aux citoyens d'émettre des avis et de proposer leurs idées sur des politiques publiques impulsées par la Ville.

Le projet - La plateforme idee.paris.fr

La plateforme en ligne idee.paris.fr permet aux directions et aux services gérant des projets de la Ville de Paris d'avoir un lien direct avec les citoyens. Les directions de la Ville de Paris peuvent présenter leur projet sur une page dédiée et poser des questions ouvertes auxquelles les citoyens peuvent répondre en proposant des idées. Ces idées peuvent également être des suggestions de correction ou d'amélioration d'un service ou de projets concrets sur des zones spécifiques. Les citoyens peuvent également réagir aux idées proposées par les autres habitants.

De janvier 2015 à avril 2017, cette plateforme a permis aux citoyens de s'exprimer sur les sujets suivants, la concertation faisant parfois partie intégrante de la politique publique :

PROJETS

La concertation sur le futur Plan Climat Air Énergie a été particulièrement active : 30 ateliers thématiques ont été organisés pour un total de 100 heures de débat et de rencontres, ce qui a permis la mobilisation de 700 personnes issues du monde économique, associatif et académique. La majorité des citoyens ont fait des propositions en matière de mobilité et de consommation, comme par exemple le développement de plateformes d'échanges de vélos et de trottinettes.

Une fois que les citoyens ont écrit leurs idées et/ou réagi aux autres idées pendant la période d'ouverture des pages-projets, la page est fermée et peut s'engager une phase d'animation et de co-construction des idées entre les directions de la ville et les citoyens. Pendant la phase d'animation, les pilotes de projets prennent connaissance des propositions des internautes puis elles peuvent faire un

retour aux citoyens qui ont proposé leurs idées. Les porteurs de projet sont libres de choisir la forme que pourra prendra leur collaboration avec les citoyens ainsi que la forme de la restitution finale des travaux (par exemple, un livre blanc sur la Métropole du Grand Paris). Les ateliers de discussion physiques et en ligne sont encouragés, ce qui permet d'engager un véritable dialogue : par exemple, lors de la campagne Faites vos jeux , un dialogue constant entre les citoyens, les équipes administratives et l'Adjoint au maire chargé des sports et du tourisme Jean-François Martins a permis de faire participer activement les citoyens au brainstorming sur la communication de la candidature de la Ville de Paris pour les Jeux Olympiques de 2024, avec par exemple des propositions de logos.

Cette plateforme en ligne permet de créer un recueil permanent des idées des parisiens sur les politiques de la ville ainsi qu'une plateforme d'interaction entre les citoyens, ce qui n'était pas toujours évident par les procédures existant jusqu'alors, qu'elles soient dédiées à la démocratie participative, comme les conseils de quartier , parfois être peu fréquentés, ou non, comme la ligne téléphonique ou les réseaux sociaux de la Ville de Paris, où les remarques des citoyens pouvaient se perdre dans la circulation d'information entre les services.

La plateforme répond également à une volonté d'amélioration et d'adaptation de l'interaction avec les citoyens aux nouvelles technologies. Le programme idee.paris permet alors d'exploiter pleinement l'une des caractéristiques du numérique, à savoir son interface, différente de celle de l'administration et des moyens de communication classiques ainsi que sa dimension beaucoup plus globale que les services de la mairie pris isolément les uns des autres. L'usager du service public a ici accès à plus d'informations sur un plus grand éventail de politiques publiques en cours d'élaboration et peut s'exprimer sur un plus grand nombre de sujets. Cette plateforme est un outil mais elle permet également de repenser la manière d'associer les personnes vivant dans un même espace géographique.

En effet, le temps d'animation et de mise en relation des citoyens avec les acteurs des politiques publiques permet de créer un lien plus personnel entre les citoyens et les services et élus de la Ville. Par exemple, les projets Plan biodiversité et l'Objectif d'une ville neutre en carbone ont permis aux citoyens de participer à des conférences en ligne de l'Agence d'Écologie Urbaine et à des échanges, des réunions avec les professionnels du domaine et les services de la Ville. À l'avenir, l'objectif est de mettre en relation ces citoyens engagés avec les directions pilotes d'autres projets pour créer une circulation des idées.

En outre, cette circulation des initiatives des citoyens permet également de rendre plus visibles les actions de la Mairie de Paris dans les quartiers (en plus des réunions publiques de bilan) et ainsi d'optimiser leur application.

Les acteurs du projet

Cette plateforme a été mise en place grâce à un marché public pour la fourniture d'une plateforme informatique clés en main (front et back office), qui est gérée en régie par les services de la commune. L'appel d'offres lancé par Paris Numérique, entité rattachée à la Direction de l'Information et de la Communication de la Ville de Paris, a été remporté en 2015 et 2016 par l' agence de communication La Netscouade.

Le site est administré par la Mission E-citoyenneté appartenant au service de la Participation citoyenne au sein de la Direction Démocratie, citoyenneté et territoires (DDCT). Cette mission est en charge de la création des pages projets, des visuels, de la communication et vient en appui des directions de la Ville pour animer les pages projet . Cependant, la plateforme est pensée comme une interface que les directions de la Ville pourraient animer elles-mêmes , ce qui à terme pourrait occasionner un chevauchement avec la mission E-citoyenneté. Un chantier d'amélioration de la plateforme serait alors une meilleure « Gestion de la Relation Citoyen » (par rapport à la Gestion de la Relation Client très importante dans les entreprises), derrière le canal supplémentaire que constitue la plateforme. Cela implique une formation des directions à la concertation et au travail avec des citoyens qui n'ont pas la même vision du service public et du domaine sur lequel ils ont fait des propositions.

La volonté politique est très importante dans la mise en place de cette plateforme, car c'est elle qui impose l'innovation et l'adaptation au numérique en activant des ressources qui permettent de gérer ces nouveaux outils. Ce paramètre sera déterminant dans la pérennité de ce dispositif, dans sa forme actuelle et dans son approfondissement grâce à de nouveaux outils après 2020. De plus, le choix des projets où les citoyens sont mis à contribution dépend également de la volonté politique, selon qu'elle souhaite être plus ou moins inclusive pour les citoyens ou qu'elle souhaite privilégier une thématique plus qu'une autre. Par exemple, le choix de publier une concertation sur l'aménagement des berges de Seine fait suite à la décision de piétonisation des quais de Seine qui a fait polémique en septembre 2016.

Bilan et suites du projet

Les réflexions sur l'avenir de la plateforme idee.paris sont nombreuses en raison de la nouveauté du dispositif, ce qui a fait émerger plusieurs orientations d'amélioration. D'un point de vue technique, la plateforme actuellement en service ne répond pas à toutes les attentes des services qui l'utilisent. Les directions pilotes des projets souhaitent pouvoir personnaliser les pages et disposer d'une plus grande liberté dans la gestion des contenus afin de mieux les différencier.

De plus, afin d' accroître la visibilité de cette initiative auprès d'autres utilisateurs et d'ainsi augmenter les possibilités de contribution des citoyens, des projets d'intégration de la plateforme idee.paris au site de la Ville de Paris paris.fr sont en cours. En effet, le site de la Ville de Paris touche un plus grand public qui se renseigne sur les politiques de la Ville et qui pourrait donc être intéressé de réagir par rapport aux contenus qu'il consulte.

De plus, les internautes visitant ce site sont en moyenne plus jeunes , ce qui pourra favoriser l'émergence d'idées innovantes et tournées vers le numérique. La faisabilité technique de ce projet reste à être déterminée par les services numériques qui gèrent les médias digitaux de la capitale.

Une autre piste de travail est l'extension de la plate-forme à d'autres projets de participation citoyenne, de façon à ce que ce module soit appropriable et utilisable par d'autres dispositifs de participation citoyenne. Il s'agit par exemple des conseils de quartier , pour faire participer les habitants au-delà des réunions, ou faire participer les citoyens à une plus grande échelle comme l'arrondissement ou la Ville. Une extension du dispositif permettra d'impliquer plus de citoyens et de permettre plus de coopération et un lien durable entre les habitants et l'administration.

En effet, le recours à des plateformes se développe dans d'autres domaines de la participation citoyenne, dans une acceptation de plus en plus large. Par exemple, la plateforme jemengage.paris permet de s'engager dans des missions de bénévolat en visualisant les missions proches de soi par géolocalisation. Cette plateforme est le résultat d'un partenariat innovant entre la Mairie de Paris et la start-up Hacktiv, qui travaille également avec d'autres collectivités dans la mise en place de plateformes numériques d'engagement citoyen.

Un travail avec les administrations et les agences spécialisées dans le numérique (Agence du numérique, etc.) est également envisagé afin de mettre en réseau les villes. Cela permettrait le partage de connaissances en matière de numérique et de gouvernance et d'aller encore plus loin dans la dynamique d' intelligence collective.

33) Source : Ville de Montréal, 2013. Montreal, a smart and digital city, http://villeintelligente.montreal.ca/sites/villeintelligente.montreal.ca/files/montreal-strategy-smart-and-digital-city-an.pdf.

34) Source : Ville de Montréal, 2013. Montreal, a smart and digital city, http://villeintelligente.montreal.ca/sites/villeintelligente.montreal.ca/files/montreal-strategy-smart-and-digital-city-an.pdf.

35) Source : Techno Montréal, http://www.technomontreal.com/fr/technomontreal/actions-projets/montreal-metropole-numerique.

36) Source : Le projet Défi sans Auto Solo, 2017- http://www.defisansauto.com/index.

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